"Mentalist", le sourire et le piège

Pourquoi un tel succès ? A défaut d'expliquer, essayons de comprendre comment fonctionnent les épisodes.
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« Smiley face » (référence au film léger – un peu faussement – de Gregg Araki)

Le grand sourire de Patrick Jane n’a rien de constant ou d’arrêté. Le générique nous le confirme : on y voit son sourire apparaître, grandir, se mouvoir. Le plan coupe à l’extrême des zygomatiques et résume parfaitement tout épisode : l’agrandissement du sourire, entre le sourire en coin (qu’est-ce qu’il manigance ?) et le « grand » sourire, qui n’advient qu’au moment des résultats comme une sorte de fruit, de joie finale. Ce sourire paraît gracieux, gratuit, presque naïf comme celui d’un enfant. Il s’accompagne d’un regard de délice manifeste : on n’est plus très loin de trouver ça louche.

Ou insupportable : le redoutable tueur John le Rouge retourne cette figure du sourire en un « smiley » sanglant. On ne voit que très rarement, sur le visage de Jane, le sourire retomber. En revanche, c’est la figure-même du sourire qui est renversée par celui qui a tué sa femme et sa fille. Dans le personnage doux et séducteur qu’est Jane, rien ne semblait dérangeant. Et pourtant, ce sourire dérange.

L’astuce

Mais que trame cette nonchalance ? Des astuces. L’astuce est LA qualité fondamentale d’un des plus vieux héros de l’Histoire : Ulysse. Ulysse, c’est l’astucieux, celui qu’aucune peur n’empêche jamais de penser. L’astuce lui permet de se frayer un chemin parmi les situations qui paraissent inextricables. Et il en est de même chez notre « Mentalist ». Son équipe et lui n’ont de cesse de rencontrer des obstacles, des portes fermées, des suspects silencieux, des lois rigides… Et arrive le moment où seule l’astuce peut passer ces murs. Jane est celui qui se faufile quand même .

Piège et mise en scène

Bien sûr, quelques pas restent à faire pour mettre le coupable sous verrou. L’enquête ne demande plus seulement à Jane une astuce pour s’infiltrer, mais un sens aigu de l’observation. C’est là qu’intervient ce « mentalisme » un peu saltimbanque. Un art qui ne peut être désinvolte et insolent qu’à condition d’être pratiqué par un être léger et innocent. Jane ne déstabilise plus seulement les institutions, ou les barrages de toutes sortes, mais aussi les plans du coupable.

Il répond à ces plans par un autre plan. Sa patronne, Lisbon, ne cesse de lui demander quel est son plan, et parfois il lui dévoile. Mais en tant que spectateurs, nous sommes toujours dans l’ignorance, au moins partielle, sinon totale. Aussi sommes-nous « pris » à ce piège, à cette mise en scène installée, pensée par Jane. Nous basculons du côté de ceux qu’il piège, c’est-à-dire du côté des coupables. Nous pensons n’être que spectateurs, mais en réalité, nous participons à sa fiction. Comme le coupable qu’il vise, nous devenons les victimes de ses tours de magie qui ne sont que des tours de passe-passe.

Assoiffés de malice, adorant le caractère joueur, sinueux et « hors-cadre » de ce personnage plein d’esbroufe, nous acceptons que ses méthodes nous révèlent la limite de notre intelligence. Et même si nous remarquons, même si nous savons, même si nous pressentons, le système Jane, à chaque fois malin, nous échappe. Son inventivité est directement reliée à celle des scénaristes. Elle doit à chaque fois tisser une toile où, aux côtés du coupable, nous nous prendrons les pieds.

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