Cellule X, interview d'une entité

Genre inclassable, visages masqués, interview d'un groupe dont les membres s'effacent au profit d'une entité nommée Cellule X.
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Originaire de Poitiers, ce groupe de la scène alternative cultive la distinction à bien des égards: les membres du groupe montent sur scène le visage systématiquement masqué et là où nombre d'artistes s'aventurent sur le long et tortueux chemin de la recherche de producteurs CelluleX se borne à préserver son indépendance dans le but avoué de rester sincères et accessibles.

Sensible aux arts en général, les prestations scéniques se veulent spectacle total avec notamment un habillage vidéo très présent; le tout assorti d'une pêche contagieuse!

Formé il y a12 ans, Cellule X a depuis connu une évolution musicale en laissant notamment apparaître une sonorité électro. Cette évolution s'est faite petit à petit ou bien relève-t-elle d'un travail de fond?

La sonorité électro a toujours été là, elle a toujours été un peu présente. Déjà, la composition s'est toujours faite sur des machines, notamment sur le logiciel Pro tools; mais effectivement elle prend un peu plus de place maintenant, on s'est un peu plus enfoncé dans de l'électro pur et dur. On a aussi forcit le trait sur le rock qui est un peu plus métal maintenant.

Quand on pense à Cellule X, on pense hip-hop, punk, rock, électro, fusion... Quelles influences le groupe revendique-t-il réellement?

(Lambda, l'un des deux chanteurs) - De mon côté j'ai baigné un peu dans le punk, le rock alternatif et le rock tout court donc le côté punk-rock vient un peu de moi et de Citizen X. Le côté électro vient aussi beaucoup de lui, il en écoute énormément. Pour le côté hip-hop j'ai une petite culture aussi mais c'est surtout Mister Y, qui écoute essentiellement du rap. Et puis l'autre guitariste qui est dans le groupe depuis maintenant trois ans vient, lui, du métal. Vu que c'est un travail de groupe, on essaie de mettre un peu de nous tous. On a un peu grandit avec le mouvement fusion, très présent dans les années 90 ce courant s'est maintenannt un peu essoufflé mais c'était une bonne fusion des styles. Le rock et le rap ça a toujours donné des plutôt bonnes choses.

Vos textes sont engagés, traitant entre autres des diktats politiques, économiques ou culturels qui pèsent sur la masse; votre but au travers de ces textes est-il de convaincre ou élargir le débat?

La phrase d'accroche de notre premier album était "N'essayons pas de convaincre, contentons-nous de faire réfléchir", c'est simplement essayer d'avoir un peu de sens. Aujourd'hui il y a très peu de gens qui l'ouvre, ce qui n'était pas le cas dans les années 90. Et puis des mouvements comme le rap, le rock et le punk sont des courants qui à la base viennent de la rue et donc traitent de problèmes sociaux, de sujets politiques. Nous avions envie de faire une musique qui fait sens, qui véhicule des choses. Après, nous ne sommes pas du tout là pour faire la morale aux gens. On est en train de clôturer notre deuxième album et on a essayé de le faire de façon moins didactique, on arrête les pamphlets et les argumentations, ce n'est pas une dissertation! Ce qui pouvait peut-être se ressentir sur le premier album au niveau du développement des sujets... Maintenant on essaie de le faire un peu moins comme ça. Mais bon, on aime bien les gens qui disent les choses et qui l'ouvrent...

Le fait que votre musique soit difficile à classer ne reflète-t-il pas une sorte d"esprit Cellule X" qui résiderait dans le refus du formatage, le droit à chacun d'échapper à toute forme de classification?

Oui, bien sûr! Le fait de ne pas se cantonner à un style c'est aussi montrer une certaine ouverture d'esprit et le message en filigrane c'est qu'il y a du bon à prendre dans les différents courants musicaux existants. On n'a jamais cherché à se coller d'étiquettes, ça c'est un truc de programmateur, de présentateur radio ou de disquaire de toujours te mettre dans une case. On revendique haut et fort d'être inclassable, c'est même notre objectif!

Vu qu'on est indépendant, qu'on n'a pas d'impératifs financiers et économiques (on ne veut pas faire de l'argent), on peut se permettre ce genre de choses. On s'enfonce un peu plus dans nos travers et qui nous aime nous suive!

Alors Cellule X, pourquoi avancer masqués?

Nous avançons masqués pour plusieurs raisons. Dans un premier temps parce qu'il importe peu qui sont les personnes derrière les masques, l'important c'est ce qu'elles représentent et le travail fournit. Ce qu'on veut mettre en avant c'est notre musique. Après, c'est aussi pour le côté théâtral et sur scène c'est plutôt sympathique d'avancer masqués. Avant d'être des textes engagés, il ne faut pas oublier que c'est avant tout de la musique que l'on fait, on fait un spectacle, une forme de divertissement et avec le côté théâtral et l'image ça fait spectacle total. Mais avant tout c'est pour mettre notre musique en avant et non pas nos propres personnes; et puis c'est aussi la filiation avec les Béruriers noirs qui étaient très costumés, très théâtraux, clownesques. Filiation également avec Assassin qui ne montrait pas son visage. Et puis peut-être qu'on est plus vrai avec un masque...

Vous faites partie de la scène alternative, alors selon vous qu'est-ce que cette dernière apporte que ne propose pas la scène dite non-alternative?

De la sincérité. De l'authenticité. Ce sont simplement des gens vrais qui ne sont pas là pour faire du fric et du coup ça change tout. Si tu es dépendant à l'argent ça biaise tout ton discours et ça biaise obligatoirement ta musique. Il y a plein de gens qui font de la musique pour de mauvaises raisons, c'est à dire pour toucher de l'argent. Etre indépendant c'est aussi faire un gros doigt à l'industrie musicale qui en fait n'en a rien à faire de la musique qu'elle vend et qui ne pense qu'à son portefeuille. Les gens travestissent leur discours pour se vendre au plus offrant. Nous on fait ça simplement pour le plaisir et pour rencontrer des gens vrais et intéressants, qui apprécient réellement ce que l'on peut produire. Dans l'industrie ça ne se passe pas comme ça...

A l'heure où l'industrie du disque standardise les produits musicaux en les formatant pour optimiser les ventes, quel regard portez-vous sur la production musicale?

On a eu la chance de rencontrer des gens des Béruriers noirs lors d'une tournée, ils étaient en train de se reformer et sortaient un dvd ( Même pas morts ) qui s'est vendu à énormément d'exemplaires. Quand ils sont revenus tout le monde les voulait, tout le monde voulait les signer alors ils ont expliqué qu'ils avaient monté un label (Folklore de la Zone Mondiale -FZM) et qu'ils signeraient avec la distribution qui accepterait de signer tous les groupes du label FZM. Donc à ce moment-là on a côtoyé la grosse machinerie industrielle et le problème à ce niveau-là c'est qu'il y a beaucoup d'intermédiaires et tout le monde veut faire son beurre. Tout le monde se sucre sur le dos des artistes. En côtoyant tout ça et grâce à Internet aussi, nous nous sommes rendu compte que nous n'avions plus besoin ni de label ni de disquaire. On a décidé d'être totalement indépendant et de vendre directement aux auditeurs, sans qu'au passage des intermédiaires se sucrent! D'une, ça rend la musique plus accessible vu qu'on a une volonté de prix bas, de deux on ne se retrouve pas dans des bacs avec une étiquette "rap" ou "rock" sur le dos.

Alors que le lobbying des industries de la culture, dans ses propres intérêts, a réussi à faire voter des lois criminalisant le téléchargement, quelle est votre position? Encouragez-vous toujours le piratage de vos chansons?

Oui et on s'est clairement fait connaître grâce à ça! En fait c'est très simple, le piratage ça nuit à qui? Aux gros de l'industrie! Le piratage pour les petits groupes comme nous, c'est tout bénéf'!

Ca nous permet de nous faire connaître, tout simplement. Et vu que nous n'avons pas vraiment d'impératifs financiers, et bien nous encourageons à fond le téléchargement et on ne cessera de le répéter: que les gens nous pillent et qu'ils partagent ça!

Là on est même reparti dans l'indépendance totale et on a prévenu les gens de FZM, qui d'ailleurs nous encouragent, qu'on allait arrêter de travailler avec eux. On va sortir un gros site internet avec un shop en ligne par le biais duquel les gens pourront avoir notre musique, on veut qu'elle soit accessible. Ce n'est pas parce que tu n'as pas d'argent que tu n'as pas le droit à la culture.

A quand la sortie de Lost in Neverland , votre deuxième album en préparation depuis un certain temps?!

C'est assez compliqué! Le fait de travailler à côté, de devoir manger, exige plus de temps à faire les choses. C'est parfois difficile de se caler, on est dans des réseaux bien différents (industrie du cinéma, graphisme...), du coup ce n'est pas toujours évident. Mais pour répondre clairement à la question, Lost in Neverland devrait sortir avant fin 2011. Dans un premier temps le disque ne sera disponible que virtuellement, en téléchargement avec un booklet. Si on met autant de temps à sortir ce disque, c'est qu'on travaille beaucoup dessus, on veut sortir un truc bien.

Album: X-Pressions - (CelluleX.2003)

Membres du groupe:

LambdA: chant

CitizenX: guitare, clavier

MisterY: chant

Ben2K: guitariste

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