Interview de Denis Cressens, auteur du Cartel du Ricminphy

Denis Cressens, auteur du roman Le Cartel du Ricminphy, se livre sans détours sur l'écriture et l'univers intrigant de son livre, la pharmaceutique.

Suspens, meurtres, négociations, tous les éléments nécessaires à une bonne intrigue parcourent le roman de Denis Cressens. Le Cartel du Ricminphy nous embarque dans une intrigue haletante au coeur de l'industrie pharmaceutique, monde bien connu de l'auteur puisqu'il le côtoya pendant vingt-sept ans.

Aujourd'hui, devenu écrivain et auteur de pièces de théâtre, Denis Cressens parle de l'écriture comme de sa résiliance et partage son regard lucide sur un monde où la course au profit tous azimuts finit par effacer l'humain.

Le Cartel du Ricminphy a été publié en 2005. Avant ces débuts dans l'écriture vous avez travaillé durant 27 ans dans un tout autre domaine, l'industrie pharmaceutique:

D.C: J'ai effectivement travaillé pendant 27 ans dans l'industrie pharmaceutique où je m'occupais de la promotion des médicaments et j'ai connu quelques aléas en fin de carrière, enfin "fin de carrière" c'est une façon de parler puisque c'était à seulement 50 ans. J'ai connu le même genre de galères que connaîssent beaucoup de français actuellement. M'étant alors retrouvé sans rien, l'écriture est devenu ma résiliance. J'ai commencé à écrire un ouvrage sur la communication intitulé Provoquer votre succès en communication-vente , lequel vient d'être réédité ce dernier mois. Puis, m'étant retrouvé devant une page blanche, je me suis lancé dans ce roman qui est une fiction.

Pourquoi avoir choisi pour thème l'industrie pharmaceutique?

D.C: C'est un domaine que je connais et que je voulais traiter. Et puis c'est mon premier roman et pour un premier roman il faut avoir l'idée, qu'elle soit intéressante et aboutie pour celui qui va lire. Alors oui je parle de l'industrie pharmaceutique mais vous remarquerez que je ne l'assassine pas. Pourtant on peut déplorer certaines méthodes qui y sont pratiquées, l'affaire du médiator à l'heure actuelle en est une démonstration, c'est une évidence. Mise à part ça c'est une industrie qui se comporte comme beaucoup d'autres et pour s'approprier un produit, la concurrence est beaucoup plus rude que ce que pense le commun des mortels. C'est vrai que ça peut aller jusqu'à des intrigues et plus que des intrigues, des meurtres. Dans l'industrie, pour s'approprier quelque chose on tue, et dans ce monde quand vous ne plaisez pas, on vous" tue" aussi. Regardez l'histoire de Renault par exemple, j'ai été victime d'une histoire à la Renault.

Votre roman, plus qu'un exutoire, n'est-il pas finalement un moyen de pallier la réalité?

D.C: Je ne me leurre pas. J'ai parfaitement conscience que l'écriture est pour moi une résiliance. C'est une façon pour moi de traiter les maux que tous les psys de la terre ne peuvent pas soigner, ça j'en suis parfaitement conscient, oui. C'est une façon de me soigner. Et puis quand vous écrivez vous êtes face à vous-mêmes donc tout ce qui est extérieur ne pénètre pas dans votre bulle et c'est dans le fond très apaisant.

Dans votre roman Sylvie Fausciade et Gaëtan Maxehar, les deux protagonistes, ont pour le ricminphy des ambitions portées par un esprit d'équité, voire d'humanisme, à l'heure où tout est sacrifié sur l'autel du profit n'est-ce pas utopique?

D.C: Dans notre monde actuel c'est de l'utopie mais je me prête à croire qu'on pourrait le faire. On peut toujours faire les choses honnêtement, Gaëtan en est l'exemple en se refusant à faire n'importe quoi.

Si on le veut on peut gagner sa vie en étant honnête, je sais que ça fait sourire mais j'ai la faiblesse de croire qu'on peut quand même le faire.

Gaëtan Maxehar est véritablement positif, il y a t-il une part de vous mêmes dans ce personnage?

D.C: C'est très curieux mais le personnage utilise les mêmes voitures que j'ai utilisé pendant vingt ans... Je pense que c'est un type qui fait honnêtement son travail, c'est tout. Sylvie Fausciade est également un personnage honnête.

Ces deux personnages sont un peu comme les deux faces d'une même médaille, un masculin et un féminin qui se répondent parfaitement...

D.C: Oui, ce sont deux humains pris d'humanisme. C'est vrai que ça se perd peut-être un peu mais bon...

Pensez-vous que dans le domaine de l'industrie profit et social pourront un jour se côtoyer équitablement?

D.C: Je l'espère plus que je ne le pense. Vous imaginez ces grands groupes abandonner trois francs six sous?! C'est comme le trader devant son écran, il se fiche bien qu'il y ait 3000 chômeurs demain si il a réussi à faire 4% en trois minutes!

Il faut être clair et malheureusement c'est un peu comme ça et je pense que ça l'est surtout parce que ceux qui dirigent nos pays ne sont finalement pas très clairs et plutôt complaisants avec le lobbying...

Ce n'est donc pas demain la veille que profit pourra rimer avec social.

Que pensez-vous de la configuration éditoriale actuelle où la tendance est la même, les gros groupes font main-basse sur toutes les maisons d'édition?

D.C: Aujourd'hui en France vous avez huit multi-nationales qui contrôlent plus ou moins les libraires, c'est à dire qu'on ne leur demande pas leur avis, ils sont tenus de vendre les livres qu'on leur impose, écrits par telle personne qui n'a souvent pas écrit le livre elle-même mais l'a plagié. Peu de libraires sont vraiment libres, ce qui intéresse les huit maisons d'édition auxquelles je faisais allusion ce sont surtout les histoires de people, de politiques.

Finalement l'industrie et l'édition ce sont deux mondes qui se ressemblent avec une exigence de résultats et de chiffres à la clé?

D.C: Complètement! Regardez les chaînes de TV où ce qui les intéresse n'est pas la soupe qu'elles nous servent mais l'audimat. Prenez mon exemple, j'ai envoyé mon roman à 80 médias seulement cinq ont eu la délicatesse de me répondre, les autres pas un mot, rien, vous faites partie des rares qui m'ont répondu. Tout ça parce que je ne suis pas fils de.

Votre roman est-il disponible sur internet?

D.C: Il est édité par les Presses du midi et leurs livres sont disponibles dans toutes les librairies. Il est disponible sur Amazon, la FNAC... toutes les librairies en ligne. Heureusement qu'elles sont là pour les gens comme moi parce que les autres librairies ne me sont d'aucune utilité.

Que pensez-vous du rôle d'internet dans le paysage culturel?

D.C: Je vais vous faire une confidence, vous savez que j'écris de nombreuses pièces de théâtre, j'ai écrit la première tout de suite après le Cartel du Ricminphy puis je l'ai mise sur internet. Six mois après je suis allé la jouer au Canada, puis au Maroc et plus récemment en France. Sans internet je ne vois pas comment j'aurai pu faire jouer mes pièces.

Travaillez-vous sur un nouveau roman?

D.C: Entre Le Cartel du Ricminphy et mes pièces de théâtre j'ai écrit un autre roman qui s'intitule Pacifique secret , en 2008 un peu déçu parce que ça n'avançait pas, je l'ai lâché. Mais là je suis en train de le reprendre et j'espère le terminer d'ici quelques temps. C'est une histoire complètement différente, on ne parle plus d'industrie pharmaceutique, on est dans le trafic de composants nucléaires.

Le Cartel du Ricminphy - Les Presses du midi

Les Ecrits de D' - site de Denis Cressens

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