L'antisémitisme aujourd'hui

Qu'est ce que l'antisémitisme au jourd'hui ? Comment se manifeste -t-il ? Pour le comprendre on ne peut éviter un retour sur l'histoire.
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On aurait pu penser que l'extermination de six millions de juifs par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale, aurait mis fin, par son horreur même, à l'antisémitisme. Ce n'est visiblement pas le cas.

L'antisémitisme après la seconde guerre mondiale

Certes, après 1945, seuls quelques irréductibles tels que Maurice Bardèche (1907-1998) ou Paul Rassinier (1906-1967) osèrent affirmer à la fois que les juifs étaient responsables de la guerre et que les nazis n'avaient commis aucun crime. Ils furent à juste titre condamnés par les tribunaux.

Dans Nuremberg ou la terre promise , Bardèche écrivait en 1948 : « Si la délégation française trouve des factures de gaz nocifs, elle se trompe dans la traduction et elle cite une phrase où l'on peut lire que ce gaz était destiné à “l'extermination”, alors que le texte allemand dit en réalité qu'il était destiné à “l'assainissement”, c'est-à-dire à la destruction des poux dont tous les internés se plaignaient en effet. »

L'extrême droite participa à ce courant dit négationniste ou révisionniste, en France comme au niveau européen avec la revue Défense de l'Occident et le Mouvement social européen qui voulait redonner vie au nazisme sur le vieux continent. François Duprat, un des fondateurs et dirigeant du Front national, mort en 1978 dans l'explosion de sa voiture, était aussi un animateur de ce mouvement.

A partir des années 80, le message fut relayé par le professeur Robert Faurisson et autres, soutenu entre autres par l'humoriste et comédien Dieudonné.

La montée en puissance du négationnisme

Un article de Valérie Igounet paru en mai 1998 dans Le Monde Diplomatique montre les liens étroits du Front national avec le négationnisme. Dans les journaux de ce parti, les négationnistes sont considérés comme des historiens dont il faut défendre la liberté de parole.

Les célèbres déclarations de Jean Marie Le Pen sur les chambres à gaz « détail de la Seconde Guerre mondiale» en 1987, répétées en 1997 à Munich, montrent qu'il s'agit bien d'une prise de position et non d'un dérapage.

Ces propos ne l'empêchèrent pas d'obtenir 14,4% à l'élection présidentielle huit mois après et d'être au second tour en 2002. Preuve que l'antisémitisme ne disqualifie plus ceux qui le professent même s'il reste illégal et condamné par les tribunaux.

Le 11 octobre 2004, Bruno Gollnisch, numéro deux du Front national, confirmait les positions de son leader : « Quant à l'existence des chambres à gaz, il appartient aux historiens de se déterminer ».

La rencontre paradoxale entre cette extrême droite et des musulmans intégristes à partir de 2003, allait donner un nouvel essor au négationnisme, soutenu par l'Iran et ses alliés, le Hamas palestinien, le Hezbollah libanais, etc.

Roger Garaudy, ancien dirigeant communiste français converti à l'islam, a été un propagateur important du négationnisme dans les pays arabes, même s'ils avaient déjà leurs propres traditions avec le grand Mufti de Jérusalem allié d'Hitler.

Le 11 décembre 2006, les négationnistes du monde entier participent à une grande conférence à Téhéran destinée à nier l'existence de la Shoah. Cette propagande est largement présente dans tous les médias non seulement en Iran, mais au Liban, en Egypte, en Syrie...

Ce nouvel antisémitisme trouve aujourd'hui sa justification dans la dénonciation de la politique et de l'existence même de l'Etat d'Israël.

Bien entendu, toute critique de la politique israélienne n'est pas nécessairement antisémite. Il existe des oppositions virulentes au sein même de la société israélienne. Mais l'antisionisme peut cacher un véritable antisémitisme pour la simple raison qu'en Europe, l'antisionisme ne tombe pas sous le coup de la loi.

Définition du nouvel antisémitisme

En 2005, l'EUMC (l'Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes appelé depuis 2007 Agence des droits fondamentaux de l'Union Européenne) se sent obligé de donner une nouvelle définition de l'antisémitisme afin de définir un standard à utiliser pour la collecte des données sur les actes d'antisémitisme : " L'antisémitisme est une certaine perception des Juifs, qui peut s'exprimer sous forme de haine à l'égard des Juifs. Les manifestations rhétoriques et physiques de l'antisémitisme sont dirigées contre des Juifs et des individus non-juifs et/ou leurs biens, vers les institutions communautaires et les établissements religieux juifs."

Ce texte donne des exemples :

  • « Dénier au peuple juif le droit à l'autodétermination, en déclarant que l'existence de l'État d'Israël est dans son principe raciste.
  • Appliquer un double standard en exigeant d'Israël un comportement non prévu ou non demandé aux autres nations démocratiques.
  • Utiliser des symboles et des images associés à l'antisémitisme classique (par exemple en proclamant que les Juifs ont tué le Christ ou en les accusant de meurtres rituels) pour caractériser Israël et les Israéliens.
  • Faire des comparaisons entre la politique des Israéliens actuels et celle des nazis. Tenir les juifs collectivement responsables de l'action de l'Etat d'Israël. » Ces exemples jettent les bases d'un antisémitisme différent. Il ne s'agit plus comme par le passé de la seule haine des juifs en tant que tels. Cet antisémitisme nouveau assimile tout juif à l'Etat d'Israel, et à sa politique et inversement.

Et en effet, les actes antisémites varient d'intensité en Europe, selon l'évolution de la situation au Moyen Orient. L'Agence note ainsi, un développement des actes antisémites entre juillet 2003 et décembre 2004 en France, Allemagne, Royaume-Uni, Belgique, et aux Pays-Bas.

En France, « l’année 2009 a été marquée par une hausse importante des violences et des menaces à caractère antisémite, déclenchées notamment à la suite de l’offensive israélienne sur Gaza, en janvier 2009. Ces événements ne devraient pas pour autant suffire à expliquer, à eux seuls, la recrudescence de phénomènes violents – tels que les attaques aux personnes et les violations de sépultures... » (Rapport de la Commission nationale consultative des droits de l'homme – Documentation Française)

Cela peut parfois aller jusqu'au meurtre comme cela s'est passé avec le malheureux Ilan Halimi en 2009.

Figure marquante du Parti libéral néerlandais, F. Bolkestein a appelé les juifs des Pays-Bas à émigrer en raison de l'antisémitisme régnant dans ce pays.

En Grèce, les média ont relevé les déclarations du célèbre compositeur grec, Mikis Théodorakis : « Je suis antisémite et antisioniste ». Il a été pourtant une des figures de la Résistance grecque et membre du Parti communiste.

Le nouveau dans la continuité de l'ancien

Ce nouvel antisémitisme, ne renie en rien toutes les vieilles accusations retenues contre eux au cours de l'histoire pour justifier plus de 2000 ans de persécutions. Pour cette idéologie, la Shoah ne fut qu'un montage inventé par les juifs pour favoriser leurs intérêts. De nouveau ceux-ci sont présentés comme des comploteurs, des profiteurs, des assassins d'enfants...

Ce nouvel antisémitisme prolonge 2000 ans de persécutions qui à chaque fois ont pris des contenus nouveaux, tout en intégrant les anciens préjugés :

      • l'antisémitisme antique contre l'athéisme et les rituels juifs. (Cicéron, Sénèque, Tacite...)
      • l'antijudaïsme catholique du Moyen Age au XIX° siècle contre le peuple déicide.(Concile de Latran en 1215)
      • l'antisémitisme raciste ( XIX° et XX° siècle) contre une « race juive » nuisible. (Edouard Drumont, Wilhelm Marr, Charles Maurras… et bien sûr Hitler).

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