Le Carnaval s'amuse

Le mois de mars, c'est souvent le mois du carnaval. Seulement un divertissement?
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Carnaval, c'est-à-dire carne (chair) et levare (enlever, ôter). Enlever la chair. Autrement dit, s’habiller d’une autre chair, porter un déguisement, un masque, un maquillage.

C’est alors que sortent en parade, les princes et princesses, mais aussi les diables et sorciers, les clowns et les soldats, les agneaux et les loups, les héros salvateurs et les monstres malfaisants, les morts et les vivants …

Juste un divertissement ?

Partout dans le monde, et depuis la plus haute antiquité, les peuples ont éprouvé le besoin de se déguiser.

Il s’agit de recréer le chaos originel par la perte des repères. Tout se mélange : les ténèbres et le jour, les morts et les vivants, les puissants et les faibles, les bons et les mauvais, les animaux et les hommes … Et ce nouveau chaos permet la renaissance de l’ordre.

Le grand écrivain, historien et philosophe roumain Mircéa Eliade l’avait bien noté dans son livre, « Le mythe de l’éternel retour » :

« Toute Nouvelle Année est une reprise du temps à son commencement, c’est-à-dire une répétition de la cosmogonie (mode de formation de l’univers). Les combats rituels entre deux groupes de figurants, la présence des morts, les saturnales et les orgies, sont autant d'éléments qui dénotent qu’à la fin de l’année et dans l’attente du Nouvel An se répètent les moments mythiques du passage du Chaos à la Cosmogonie »

Répéter le passage du Chaos à la Création du Monde, le revivre par des fêtes et des rituels, est nécessaire pour s’assurer de sa continuité.

Le mois de mars est resté longtemps le premier mois de la nouvelle année, le mois de la renaissance de la nature.

Sommes nous plus sûrs de nous-mêmes ?

On retrouve les masques dans les époques les plus anciennes, avec les fêtes chinoises du No pour le nouvel an, en Afrique à la fin des travaux des champs, chez les indiens Iroquois ou Pueblos où ils ont une fonction de guérison des maladies physiques et psychiques, chez les Celtes ils permettaient de communiquer avec l’Autre Monde, et dans la civilisation grecque le masque a donné son nom à la personne qu’il était censé identifier (prosopon : le personnage) …Ce ne sont que quelques exemples.

Aujourd’hui, les masques et déguisements sont souvent moins effrayants, et les pratiques de carnaval, plus « policées». Le carnaval tend à devenir un simple moment de détente

Sommes-nous plus assurés que notre Monde se perpétuera ?

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