Les horaires scolaires, un serpent de mer ?

Quels sont les horaires scolaires idéaux ? Question toujours d'actualité. 12 millions d'élèves et leurs familles et un million de personnels sont concernés.

La question des horaires scolaires est de nouveau d’actualité.

Le gouvernement a initié depuis le 7 juin 2010 une Conférence sur les rythmes scolaires copilotée par Madame Odile Quintin, ancien directeur général de l’Education et de la Culture à la Commission européenne et le Recteur Christian Forestier, administrateur général du Conservatoire national des Arts et Métiers.

Cette conférence a auditionné tous les partenaires de l’Education nationale afin d’aboutir à un rapport qui a été remis en janvier 2011 à M. Luc Châtel, Ministre de l’Education nationale.

La question des horaires scolaires n’est pas nouvelle

On pourrait s’étonner d’une nouvelle conférence sur la question. Le débat sur les horaires auxquels sont soumis les élèves est aussi vieux que l’école elle-même

Daniel Moatti, chercheur associé au Laboratoire d’Anthropologie, Mémoire, Identité et Cognition sociale en retrace les principales étapes. Il parcourt la période qui va des premières vacances accordées par le pape Grégoire II en 1231 (pas plus d’un mois sur l’année) jusqu’aux huit semaines de vacances d’été instaurées par le ministère Savary (1981-1984) et reprises par le ministère Jack Lang (1992-1993).

La semaine hebdomadaire a elle aussi beaucoup évolué. On est passé de la semaine de six jours à la semaine de cinq jours avec une journée de congé d’abord le jeudi, puis le mercredi, pour arriver enfin à la semaine de quatre jours avec le ministère récent de Xavier Darcos pour l’école élémentaire.

Les rythmes scolaires ont toujours été dépendants de l’organisation économique, sociale et politique de la société.

A l’époque où celle-ci était organisée par l’Eglise et déterminée par les travaux des champs, les congés respectaient les fêtes religieuses chrétiennes et le rythme des travaux agricoles.

Avec la III° République et Jules Ferry l’enthousiasme pour l’école laïque, publique et gratuite imposa des vacances courtes (1882-1922). Chaque préfet décidait de leurs dates pour chaque département.

Mais très vite, la France essentiellement rurale rua dans les brancards. Il lui fallait pouvoir disposer de la main d’œuvre enfantine. C’est la raison pour laquelle les vacances d’été se sont allongées couvrant la saison des foins et des moissons, de la fin juin à la mi septembre.

Avec l’urbanisation, le développement de la société des loisirs, le calendrier scolaire s’est adapté au rythme de travail des parents (week-end, congés payés …). La journée et la semaine scolaire ont moins varié.

L’arrivée de la gauche au pouvoir a mis fin aux vacances de Noël, de Pâques …Elles ont été remplacées par les vacances d’hiver ou de printemps pour indiquer un détachement du calendrier chrétien.

En même temps, c’est aussi dans les années 80 qu’on a commencé à se préoccuper du rythme des enfants.

Les chronobiologistes

La chronobiologie fut initiée par Paul Fraysse dès 1967, mais c’est seulement dans les années 80 que les chercheurs dans ce domaine commencèrent à publier des travaux qui retinrent l’attention.

La chronobiologie étudie l’évolution des comportements pour eux-mêmes sur 24 heures. Aujourd’hui, les principaux chronobiologistes, Montagner, Testu, Clarisse, Leconte-Lambert …. sont tous d’accord. Pour eux, il y a des heures dans la journée où l’attention des élèves est plus performante. Ils situent ce moment entre 9h30 et 11h et l’après midi entre 15 h et 17 h pour l’école élémentaire. Ils déterminent aussi les périodes les moins performantes : avant 9h 30 et entre 13h et 15h.

Plus les enfants sont soumis à des difficultés dans leur vie quotidienne (non respect des rythmes de sommeil, mauvaise alimentation, stress …) plus leur attention en classe est déterminée par les rythmes chronobiologiques.

Ces créneaux horaires deviennent plus souples avec l’âge mais ce dernier ne les fait pas disparaître.

Sur l’année scolaire, le rythme des sept semaines de travail, deux semaines de congés semble aussi admis par tout le monde.

Sur la semaine, chacun le reconnaît. Les quatre jours de travail induisent une rupture néfaste dans la continuité des apprentissages.

Une situation actuelle en décalage avec les besoins des élèves

Aujourd’hui les élèves de l’école élémentaire travaillent 24 h par semaine réparties sur quatre jours dans la semaine. Les élèves en difficulté ont le droit à un soutien de deux heures supplémentaires assurées par les enseignants. Ils travaillent 36 semaines par an ce qui fait 864 heures par an et plus pour ceux qui bénéficient du soutien personnalisé.

Les collégiens travaillent de 25 à 28h30 et les lycéens entre 30 et 40 h par semaine !

Le rapport de la Conférence nationale souligne que cette organisation est en totale contradiction avec le rapport de janvier 2010 de l’Académie nationale de médecine qui estime qu’« il faudrait une année scolaire de 180 à 200 jours, quatre à six heures de travail par jour selon l’âge de l’élève, quatre jours et demi à cinq jours de classe par semaine en fonction des saisons ou des conditions locales ».

L’année scolaire en France est une des plus longue en heures en Europe. Elle est la plus courte en jours de travail.

A l’école élémentaire, la semaine des quatre jours est inadaptée.

L’intérêt de l’élève au premier plan ?

Tout le monde prétend défendre avant tout les intérêts de l’élève dans cette discussion. Cette affirmation est en soi surprenante.

Si personne ne remet en cause les conclusions des chronobiologistes, il devrait donc être possible de les mettre en pratique. Tout simplement. Pourtant, les réformes du temps de travail se succèdent à un rythme effréné et changeant depuis les années 80.

La réforme des quatre jours de travail par semaine date seulement de deux ans avec l’accord ou la non opposition de tous les partenaires de l’Education nationale !

Pourquoi tant de divergences ?

En réalité, les controverses sur les remèdes à apporter sont nombreuses. Elles touchent au temps de présence des personnels enseignants dans les établissements, aux programmes, aux équilibres familiaux, à l’implication de l’Etat et/ou des communes, aux professionnels du tourisme, aux embouteillages sur les routes … …

En bref, chacun défend son intérêt tout en se réclamant de l’intérêt prioritaire des élèves.

Du coup, on ne sait toujours pas trop dans quel sens le gouvernement veut trancher même s’il s’oriente au moins vers un raccourcissement des vacances d’été.

Comment progresser ?

La première des priorités serait d’offrir aux familles et aux professionnels une vraie stabilité en tranchant véritablement et pour une longue période entre les divers choix. Ils sauraient sur quel pied danser.

Cette stabilité impliquerait de trancher clairement entre les intérêts financiers en jeu (implication de l’Etat, des collectivités locales, intérêts privés …).

On peut aussi soulever une question décisive pour les choix à faire.

L’élève doit-il vraiment être placé au centre des rythmes scolaires ? Est-ce à la société de s’adapter à l’enfant dans une problématique de l’enfant roi qui a fait des ravages ou est-ce aussi aux enfants de s’adapter à la société dans laquelle ils s’intègrent ? Et si oui dans quelle mesure ?

N’est-ce pas la question essentielle pour l’éducation de nos chers petits ?

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