Un sapin à Noël ?

Votre sapin est-il déjà installé? Oui? Formidable! Mais pourquoi un sapin?

Noël. Voici venu le temps des sapins enguirlandés avec leurs boules scintillantes, leurs étoiles pétulantes, chargés de tendresse et d’espoir. Chacun s’efforce de choisir la meilleure solution pour son sapin. Sera-t-il cher ou bon marché, grand ou petit, coupé ou en pot, naturel ou artificiel, écologique ou polluant? Quoiqu’il en soit, on ne peut s’en passer: il est partie intégrante de la frénésie consommatrice qui nous saisit jusqu’au 25 décembre.

Le sapin chrétien?

Le Moyen Age s’est efforcé de donner une dimension chrétienne au sapin. Il s’accompagne alors d’une crèche censée reconstituer les conditions même de la naissance de Jésus, fixée au 25 décembre. Il arbore un mignon poupon dans une étable, entre un bœuf et un âne gris.

Pourtant la date et les conditions de la naissance de Jésus sont pour le moins inconnues. Seuls les Evangiles de Matthieu et surtout de Luc évoquent cet événement. Ils le situent sous le règne d’Hérode le Grand qui s’est terminé 4 ans avant la naissance officielle de Jésus.

Les historiens pensent que cette naissance a pu se produire en -7 et -5 avant notre ère. Mais rien n'est certain. Il a fallu attendre 354 après l’hypothétique naissance de Jésus-Christ pour que le chef de l’Eglise romaine, l’évêque Libère, choisisse la date du 25 décembre.

Cette date n’a pas été choisie au hasard. Elle correspondait exactement à la fête païenne et romaine du Sol Invictus (le soleil invaincu) qui empruntait elle-même aux rites dédiés au dieu Grec Apollon et antérieurement au Dieu hittite puis Perse Mithra. N’était-ce pas le moment où la durée du jour recommençait à croître après les longues nuits du solstice d’hiver? Ce signe de renaissance de la nature se retrouvait dans le mythe même de Mithra. Ce dieu soleil apparaissait à ce moment dans une grotte sous la forme d’un nouveau né. Tiens, déjà !

On était donc sûr que ce jour-là, beaucoup de monde ferait la fête, mais pas nécessairement pour fêter l’anniversaire de Jésus. Certains chrétiens n’acceptaient pas cette concession au paganisme. D'ailleurs, Origène, l’un des pères de l’Eglise, refusait de fêter la naissance de l’enfant Jésus, justement parce qu’il assimilait de telles réjouissances à des pratiques païennes.

On se demande donc pourquoi le sapin a pris une telle importance dans nos vies.

Le sapin, plus qu’un arbre, un symbole

Au-delà, de ces incertitudes, le sapin reste, envers et contre tout, une valeur sûre et permanente. Pas étonnant en vérité, puisqu’il symbolise l'immortalité et la renaissance, pour ne pas dire la résurrection.

Le fait qu’il ne perde pas son habit vert en hiver, quand la plupart des autres arbres se retrouvent tout nus y est pour beaucoup. L’incorruptabilité de sa résine aussi. Pins ou sapins (qui ont étymologiquement la même origine) ont universellement cette immense qualité.

En Extrême Orient, les taoïstes se nourrissent de leurs graines, de leur résine et de leurs aiguilles. Cela rend leurs corps si léger qu’ils peuvent, dit-on, voler.

Le Dieu grec Dionysos tient souvent une pomme de pin en guise de sceptre, symbole de la permanence de la vie végétative. Dans l’Antiquité, on retrouve les mêmes rites à Delphes.

Le culte de la déesse phrygienne Cybèle importé à Rome utilisait le pin pour ses cérémonies. On le transportait au temple et on l’enveloppait de bandelettes de laine et de guirlandes de violettes.

Cet arbre symbolisait la mort puis la renaissance d’Attis, un jeune et beau Dieu qu’elle a rendu fou par pure jalousie. Elle l’a conduit à s’émasculer lui-même, puis à se tuer, pour renaître sous la forme d’un pin.

On fêtait Cybèle et Attis au tout début du printemps, y compris à Rome à partir de 204 après J.-C..

Toujours la permanence de la vie, au-delà des aléas de l’histoire et des saisons. Mais ces rites ont sans doute, eux aussi, des antécédents qui remontent aux toutes premières religions agraires. Il est toujours étonnant de constater à quel point les mythes les plus archaïques restent aussi vivaces parmi nous.

Il semble bien que tout modernes que nous soyons, il reste en nous des couches inconscientes si archaïques qu’elles remontent aux tous premiers temps de l’humanité. Le sapin de Noël nous montre leur vitalité, leur actualité.

Joyeux Noël.

Petite bibliographie :

Dictionnaire des symboles, Jean Chevalier et Alain Gheerbrant - Editions Robert Lafont - 2000

Histoire des croyances et des idées religieuses, Mircéa Eliade -Bibliothèque historique Payot.- 1976

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