2 Films d'Anthony Mann en DVD et Blu-Ray

A cette époque les producteurs d'Hollywood voyaient d'un très mauvais œil la montée en puissance de la télévision.
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Il fallait donc produire des films à grand spectacle et donc aux budgets pharamineux. Il fallait, en résumé, en mettre plein la vue aux spectateurs. Samuel Bronston* était l’un d’eux et il n’hésita pas à bâtir un studio de cinéma, à deux pas de Madrid, en Espagne.

Pour ces deux films à grand budget, Le Cid et La Chute de l’Empire Romain , il fit donc appel à Anthony Mann (1906-1967) qui avait déjà bâti une solide carrière avec à son actif 39 films, de tout genre. Selon ce dernier, tout film devait pouvoir être compris sans le son car ce qui compte est l’image et le mouvement.

Le Cid , tournée en Cinémascope avec Charlton Heston, qui venait de connaître le succès avec Ben-Hur de William Wyler, et Sophia Loren, coûta 6,2 millions de $ (soit plus de 45 millions de $ d’aujourd’hui), exigea 7000 figurants, demanda 10 000 costumes. Pas question alors de jouer avec les effets visuels numériques, de faire se mouvoir les acteurs sur des fonds verts... Rien de tout cela. Que du vrai.

Ce film est inspiré de la véritable histoire du Cid Campeador, de son vrai nom Rodrigo Diaz de Vivar (1043-1099). Les scénaristes s’inspirèrent beaucoup plus de la « chanson de geste » évoquant ses diverses actions que des pièces de théâtre le prenant pour héros mais trop engluées dans leur convention. Adieu Corneille et ses alexandrins place à la réalité historique. Du sang, de la sueur et des larmes.

L’Espagne du XI° siècle est ravagée par des guerres fratricides. Le Cid va se lever et appeler les espagnols de toutes confessions religieuses (chrétiens, juifs, musulmans) à s’unir et à combattre les velléités expansionnistes de l’émir Youssouf... Le Cid est un militant de la tolérance dans ce pays menacé d’envahissement par les arabes et qui constitue le « verrou de sécurité » de la chrétienté d’alors.

En fait, ce film nous fait assister à la génèse d’une légende basée sur le respect du code d’honneur de la chevalerie et non sur les manigances politiciennes et diplomatiques. C’est ce qui accentue sa dimension épique et flamboyante, magnifiée par la musique de Miklós Rózsa. Un des films préférés de Martin Scorcese qui finança sa restauration.

Avec La Chute de L’Empire Romain , Samuel Bronston et Anthony Mann abordèrent un genre différent : Le Péplum. Selon le spécialiste Claude Aziza (à voir absolument ses interventions dans les Bonus) : « On appellera Péplum tout film dont le sujet se passe dans une Antiquité qu’on fera commencer à la période biblique et terminer à l’aube du Haut Moyen Âge. » Le mot péplum vient du grec peplos (en fait un vêtement féminin !). Ce mot serait apparu dans les années 60, en France et uniquement utilisé dans ce pays. Cl. Aziza en attribue la paternité à Bertrand Tavernier.

Si les films de ce genre étaient à l’époque principalement d’origine italienne, le succès de Ben-Hur avait créé des envies. Pour avoir également produit Le Roi des Rois , de Nicholas Ray, S. Bronston désirait rester dans un univers historique et il est vrai que le déclin de l’empire romain avait été peu évoqué au cinéma. Mais il voulait également que ce film soit encore plus haut en couleurs que Ben-Hur .

S. Bronston fit appel aux mêmes scénaristes que pour Le Cid : Ben Barzman et Philip Yordan (qui avait écrit le script du Roi des Rois ), conseillés par un historien, spécialiste de l’époque. Il voulait que ce film marque l’histoire du cinéma et mit 20 millions de $ (plus de 145 millions de $ d’aujourd’hui) sur la table. 6 mois furent nécessaires pour bâtir les décors, dans ce studio qu’il créa de toutes pièces dans les environs de Madrid. Il y eut jusqu’à 10 000 figurants selon les scènes.

Le déclin de l'Empire romain

L’empereur Marc-Aurèle sentant la mort approcher désigne Livius pour lui succéder et non Commode, son fils. Ce dernier ayant appris qu’il serait dépossédé du trône fait assassiner son père. Porté par la clameur des soldats, il condamne à l’exil sa sœur et son ami Livius. Les années passèrent mais devenu fou, totalement incontrôlable, Commode provoque par ses exactions la révolte des provinces de l’Est. C’est le début du déclin de cet empire romain qui aura néanmoins perduré pendant 300 ans...

Filmé de façon remarquable, en Cinémascope, par Anthony Mann, cette super-production a le souffle de ces grands films qui laissent un souvenir inaltérable. On y retrouve de très grands acteurs comme Alec Guinnes, James Mason, Sophia Loren, Christopher Plummer et Stephen Boyd. On connaît mal cet acteur qui décéda très jeune, à 45 ans. C’est pourtant lui qui jouait le rôle de Messala dans Ben-Hur . Le film auquel il ne fallait pas ressembler et que l’on devait battre aux box-office. Cela explique que la course de char ici est encore plus violente, la surenchère étant de mise. Encore une fois, c’est à un compositeur de renom, Dimitri Tiomkin, ancien élève de Gustav Mahler, que l’on confia la BO. Malgré ses indéniables qualités, au regard de nos critères actuels, ce film fut un échec aux Etats-Unis ne rapportant que 1,9 million de $...

Deux films, comme on n’en fera plus, à voir, à déguster, à partager et à offrir.

Le Cid

DVD Collector (2 DVD) – Film (172’) + Bonus – Le Cid , film d’animation de Emmanuelle Gorgiard – Le Médiateur , interview de Pierre-Henri Deleau- Blu-ray – Opening

Film ♥♥♥♥

Bonus ♥♥♥

La Chute de l’Empire Romain

DVD Collector (2 DVD) – Film (177’) + Bonus – Autour de la Chute de l’Empire Romain : Requiem (Interview de Claude Aziza) ; Analyse du film par Jean Douchet, Commode et les Gladiateurs de Christophe Champclaux, Roma in Madrid (Making-of) – Autour du Peplum : Histoire(s) et Hercule(s) , deux leçons de Cl. Aziza ; Les Travaux d’Hercule : Le Retour du Péplum,Hercule et la Princesse de Troie , par Ch. Champclaux - Blu-ray – Opening

Film ♥♥♥♥

Bonus ♥♥♥♥

* Pour la petite histoire, il était le neveu de Leon Trotsky

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