3 Films introuvables enfin en DVD

Patterns écrit par Rod Serling, Le Sel de La Terre de Herbert J. Biberman et Sergent La Terreur de Richard Brooks : 3 films inédits enfin disponibles

Wild Side Video nous propose, dans sa Collection Les Introuvables de L’Âge d’Or du Cinéma Américain, 3 films qui n’avaient jamais été édités au format DVD.

Patterns (Patterns) qui révéla les talents de scénariste de Rod Serling, un film réalisé par un réalisateur venu de la télévision, Fielder Cook en 1956.

Le Sel de la Terre (Salt of the Earth) de Herbert J. Biberman, l’un des fameux Dix de Hollywood, qui le réalisa, à sa sortie de prison, en 1954. Le « seul film blacklisté du cinéma américain ».

Sergent La Terreur (Take the High Ground !) de Richard Brooks sur la formation des Marines , à Fort Bliss (Texas) en 1953, avec Richard Widmark et Karl Malden.

Attention les DVD de cette Collection sont disponibles uniquement dans les magasins Fnac et sur www.fnac.com

Patterns

de Fielder Cook – Rod Serling

Il est rare, et je le reconnais volontiers, que je mentionne le scénariste des films que je chronique. Je suis obligé ici de le faire car sans le talent de Rod Sterling (1924-1975), ce film n’existerait pas. Il a débuté sa carrière en écrivant des pièces, des dramatiques, pour la radio puis pour la télévision. Patterns est en fait l’adaptation pour le cinéma d’une "pièce télévisée", jouée en direct le soir du 12 janvier 1955.

Ce fut un tel triomphe que son auteur Rod Serling reconnaît qu’après cette 72ème pièce écrite pour le petit écran, son « téléphone s’est mis à sonner et il ne s’est jamais arrêté depuis. » Tous les producteurs étaient désireux qu’il écrive pour eux. Avec cette pièce, il remporta son premier Emmy Award . Un tel succès se devait donc d’être transposé au cinéma. Rappelons que la télévision en 1955 est loin, très loin, de connaître les développements qu’on lui connaît aujourd’hui. Et qu’une pièce jouée en direct n’avait d’autre avenir que d’être re-jouée en direct pour satisfaire les téléspectateurs ayant ratée la première et unique diffusion. Ce fut le cas, ce qui est une rareté, pour Patterns , un an plus tard, tant le succès et le bouche à oreille avaient fait leur chemin. Il fallait donc aussi en faire un film pour le cinéma qui fut donc réalisé de façon très conventionnelle, en 1956, par celui-là même qui l’avait mis en scène à la télé en janvier 1955. C’était le seul moyen, à l’époque d’immortaliser l’œuvre.

Mais que nous raconte Patterns ? L’arrivée de Fred Staples au siège new-yorkais de Ramsey & Co. Un empire industriel et commercial dirigé de main de fer par Walter Ramsey, un autocrate imbu de sa personne, triomphant, omniprésent, omnipotent. Son credo est : « On est plus gros mais on ne s’est pas développé. On a fait des rachats, des transferts d’actions et des emprunts manigancés par des avocats véreux et des comptables malins... » C’est pourquoi il a engagé Fred Staples pour remplacer, sans le lui dire franchement, le vice-Président Bill Briggs avec qui Fred va, en fait, sympathiser.

Walter Ramsey n’aura de cesse d’exercer des pressions diverses et variées, de vexer, d’humilier Briggs. Il voudrait qu’il démissionne même si celui-ci a 62 ans, 30 années de maison, et a participé à la création du groupe. Il voudrait qu’il démissionne car il n’a aucun motif de le licencier. Fred Staples va donc se retrouver entre le marteau et l’enclume, tiraillé entre son ambition et son sens moral.

Ce film démontre qu’il y a une soixantaine d’années, les patrons n’hésitaient pas à avoir des méthodes de management radicales. Les DRH d’aujourd’hui n’ont absolument rien inventé dans le registre de l’ignominie, en oubliant la dimension humaine des personnes travaillant dans les entreprises à quelque niveau que ce soit.

Le talent de Rod Serling explose véritablement ici. Pas un temps mort, un texte au cordeau. Ce boulimique de l’écriture n’aura de cesse de multiplier les scénarios. Une autre de ses pièces télévisées, Requiem pour un Champion , fut elle aussi transposée au cinéma. Il écrivit aussi des scénarios directement pour le cinéma comme Sept Jours en Mai de John Frankenheimer, en 1964, ou encore celui de La Planète des Singes, de Franklin Schaffner, en 1968.

Cela étant Rod Serling est beaucoup plus connu du grand public pour la série devenue mythique : La 4ème Dimension . Cette série culte a été diffusée 5 années de suite à la télévision américaine avant de l’être à l’étranger et notamment en France. Sur les 156 épisodes, Rod Serling en écrivit 92 et en supervisa, bien entendu, tous les autres.

Un scénario d’une intelligence rare, aux échos malheureusement contemporains. A voir absolument et pas uniquement par les futur(e)s et actuel(le)s responsables des ressources humaines et autres étudiant(e)s en management.

Film + Bonus - La Dimension Rod Serling : présentation du film par Alain Carrazé

Film ♥♥♥♥

Bonus ♥♥♥

Le Sel de la Terre

de Herbert J. Biberman

Ce film, sorti en 1954, inspiré de faits authentiques a été réalisé par Herbert J. Biberman (1900-1971) un des Dix d’Hollywood. Il a été écrit par Michael Wilson et produit par Paul Jarrico, deux autres victimes du Maccarthysme, cet épisode ridicule et fort peu glorieux de l’Histoire américaine.

A leur sortie de prison H. J. Biberman et le producteur Adrian Scott n’ont qu’une seule envie : faire un nouveau film. C’est Michael Wilson qui leur apporta l’idée. Il avait appris que dans une petite ville minière de l’Etat du Nouveau Mexique, des travailleurs d’origine mexicaine s’étaient mis en grève pour bénéficier des mêmes avantages que les travailleurs blancs et voir leurs conditions de vie s’améliorer. Malgré la réticence des hommes, leurs épouses s’étaient jointes à leur lutte. Quand le tribunal avait interdit aux travailleurs de poursuivre leur grève, les femmes avaient décidé de tenir les piquets de grève à leur place. Elles avaient continué à manifester malgré les intimidations et autres exactions du shérif local et fini par faire aboutir leurs revendications. Cette histoire réelle enchanta H. J. Biberman qui trouva là le moyen d’évoquer les « individus les plus ignorés par Hollywood : les travailleurs et travailleuses américaines. »

Ce film fut tourné à Silver City pourrait-on dire en contrebande avec des acteurs professionnels et des amateurs. Il fallut trouver des fonds puis des comédiens. Le syndicat des acteurs, présidé alors par Ronald Reagan, était alors plus que tatillon avec celles et ceux qu’il suspectait d’être progressistes. Une des comédiennes, la mexicaine Rosaura Revueltas, fut même reconduite dans son pays. Les derniers plans du film, dans lesquels elle apparaît, ont été tournés en catimini à la frontière. Si le tournage fut mouvementé, le montage le fut tout autant, effectué en cachette. Quant à sa distribution, par manque de moyen, elle se limita à quelques salles aux Etats-Unis, bien peu d’exploitants voulant s’impliquer dans cette affaire dans laquelle trop d’intervenants étaient précédés d’une réputation soit-disant sulfureuse politiquement. Mais peu à peu, ce film devint symbolique d’une autre Amérique, celle de son prolétariat, qui manifeste mais pacifiquement. Son écho ne cessera de s’élargir dès sa sortie à l’étranger pour être un des premiers films à promouvoir le point de vue social d’un féminisme militant. Le Sel de la Terre a finalement été sélectionné en 1992 pour figurer au National Film Registry .

Un film singulier à voir absolument.

Film + Bonus – Les Clandestins d’Hollywood : présentation du film par Pierre Rissient et Thomas Wieder

Film ♥♥♥

Bonus ♥♥♥

Sergent La Terreur

de Richard Brooks

Nous sommes en 1953, le sergent Ryan, incarné par Richard Widmark (1914-2008), est instructeur à Fort Bliss (Texas). Lui qui fut un héros lors de la guerre de Corée, est réduit à entraîner, avec le sergent Holt que joue Karl Malden (1912-2009), les nouvelles recrues qui viennent de s’engager dans le corps des Marines . Il voudrait retourner sur le théâtre des opérations mais sa quatorzième demande de mutation a été refusée.

Richard Brooks (1912-1992) relate à travers ce film une part de son expérience. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il fut incorporé dans les Marines et les filma sur le front. La guerre, il sait de quoi il s’agit. C’est bien parce qu’elle n’est pas montrable à ses yeux qu’il l’aborde à travers le personnage du sergent Ryan. Le but de ce dernier est de former les jeunes recrues au pire de ce qui pourrait leur arriver sur le terrain des combats. Si en tant qu’instructeur il est impitoyable, il l’est toujours moins que les futurs ennemis auxquels seront confrontés ces jeunes gens. Il se conduit sans ménagement avec eux et ses méthodes sont plus que radicales. Le sergent Ryan est un solitaire pour qui « tout soldat est un héros et toute fille, une traînée » comme lui dit la lumineuse Julie (Elaine Stewart), la seule présence féminine de ce film.

Ce cinquième film de la carrière de Richard Brooks (il tourna Bas les Masques en 1952 avec Humphrey Bogart) aurait inspiré une partie de Full Metal Jacket de Stanley Kubrick qui sortit sur les écrans en 1987.

Film + Bonus - Le Film de Guerre par Richard Brooks : entretien avec Patrick Brion

Film ♥♥♥

Bonus ♥♥

Collection Les Introuvables / Wild Side

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