3 nouveaux films INTROUVABLES en DVD

Lame de fond de Vincente Minelli, Johnny roi des gangsters de Mervyn LeRoy et La main noire de Richard Thorpe

Dans sa dernière livraison, Wild Side Video nous propose, dans la Collection Les Introuvables de L’Âge d’Or du Cinéma Américain, 3 nouveaux films qui n’avaient jamais été édités au format DVD.

Lame de Fond (Undercurrent) le premier médodrame de Vincente Minelli, qui sortit en 1946, avec dans les rôles principaux Katharine Hepburn, Robert Taylor et Robert Mitchum.

Johnny Roi des Gangster (Johnny Eager) un des meilleurs polars de Mervyn LeRoy avec Robert Taylor, Lana Turner et Van Heflin qui reçut l’Oscar du Meilleur Second Rôle pour ce film, en 1942.

La Main Noire (Black Hand), un film de 1950, signé par Richard Thorpe avec Gene Kelly, dans un rôle à contre-emploi.

Lame de Fond

de Vincente Minelli

Ce film, de 1946, est le premier mélodrame tourné par ce très grand cinéaste qu’est Vincente Minelli, connu jusqu’alors pour ses comédies et comédies musicales. Il mit d’ailleurs en scène ce film entre deux chefs d’œuvre du genre : Yolanda et les Voleurs (1946) et Le Pirate (1947) produits par un spécialiste du genre, Arthur Freed, pour la MGM. Ce savoir-faire de V. Minelli apparaît ici dans l’utilisation qu’il fait du 3ème mouvement de la Troisième Symphonie de Brahms.

Quand Ann Hamilton (incarnée par la délicieuse Katharine Hepburn) rencontre Alan Garroway (que joue cet acteur trop mésestimé qu’est Robert Taylor) venu rendre visite à son père : c’est le coup de foudre. Alan Garroway a fait fortune en inventant le "téléguidage". « Il a gagné la guerre à lui tout seul » dit-on de lui. En fait, il est venu pour acheter le brevet d’une découverte du père d’Ann, un chimiste, le Tétradyte.

Voyant sa fille, qui résistait jusque là aux avances d’un chercheur de leurs connaissances, Jospeh Bangs, toute émoustillée après avoir rencontré Alan, il lui dira : « L’amour est une formule chimique comme tout le reste d’ailleurs. » La formule ayant prise, Ann et Alan se marient très vite et partent pour Washington où Alan, en tant qu’homme d’affaires, ne cesse de multiplier et d’entretenir les contacts avec le personnel et les élus de la nation américaine.

Mais Ann s’ennuie, ne se sent pas à son aise dans ce monde de paraître et de faux semblants. Elle vient d’un autre monde, plus simple. Certes elle a de l’argent mais... Le hasard voudra qu’elle apprenne qu’Alan a un frère, Mike, dont il ne lui a jamais parlé. Il lui dresse un portrait au vitriol de ce dernier qui, à ses yeux, n’est qu’un escroc et un vaurien. D’ailleurs, il ne sait même pas ce qu’il est devenu, s’il est vivant ou mort, sachant juste qu’il s’est engagé dans l’armée au cours de la Seconde Guerre Mondiale.

Peu à peu, Ann s’apercevra qu’Alan lui ment à propos de Mike. Si le film commence sur le ton de la comédie, il va évoluer vers le thriller avant d’aborder le mélodrame. Ann, en allant acheter une gravure pour son mari, va récupérer un livre de poésie, qui avait été laissé au marchand d’estampes et de livres anciens, pour être relié. Emue par le passage souligné d’un poème, marqué d’un ex-libris, et pensant sincèrement que ce livre appartient à son mari, Ann va avouer au cours d’une soirée que « l’homme qui l’a laissé là, je le comprends et lui, il me comprend. Nous parlons le même langage. » Le problème est que ce livre n’appartient pas à Alan mais à Mike. Au fur et à mesure que le film progresse, Ann devient de plus en plus amoureuse de l’idée qu’elle se fait de Mike, dont on parle beaucoup et qui rend irascible Alan dès qu’on l’évoque, jusqu’au jour où elle le rencontre. La prestation de Robert Mitchum, dans le rôle de Mike, dont c’est ici un des premiers grands rôles, même s’il est court, il n’apparaît que dans trois scènes, est impressionnante. Finalement, Ann qui n’est jamais sûre d’elle, préfère la vie, le rêve au pouvoir et à l’argent.

Ce film est admirablement bien écrit et mis en scène. Le bon se révélera être le méchant et l’inverse. Il démontre la maîtrise de V. Minelli dans son travail, jusque dans les moindres détails. On ne s’ennuie pas une seule seconde car il se passe toujours quelque chose de nouveau. Le travail du Directeur de la photo, Karl Freund, est exemplaire dans l’utilisation de noir et blanc, tout comme celui d’un des plus proches collaborateurs de Minelli, le directeur artistique : Cedric Gibbons.

À voir sans hésiter un seul instant.

Film + Bonus – L’empreinte de Richard Thorpe : entretien avec Patrick Brion – Collection Les Introuvables / Wild Side

Film ♥♥♥♥

Bonus ♥♥♥

Johnny Roi des Gangsters

de Mervyn LeRoy

Au-delà du ridicule de son titre français*, ce film de 1941, réalisé par Mervyn LeRoy, ne manque pas de qualités. Il démontre avec brio les qualités de ce comédien injustement mésestimé qu’était Robert Taylor, qui incarne ici Johnny Eager.

Bénéficiant d’une libération sur parole, J. Eager a tout du sympathique chauffeur de taxi. La réalité est toute autre, une fois son travail terminé : il est, en réalité, le patron d’un puissant syndicat du crime qui règne, sans partage, sur les paris et les courses, notamment celles de chiens.

Il fera la connaissance de Lisbeth (interprétée par Lana Turner), une étudiante en sociologie qui prépare un mémoire sur la réinsertion des ex-détenus. Johnny étant un bel homme, la jeune Lisbeth va tomber amoureuse de lui. Le problème est qu’elle est la fille d’un ancien procureur qui connaît bien les exactions de Johnny. Ce dernier est tout aussi truand qu’il peut être séducteur et manipulateur car c’est un personnage intelligent.

Le scénario de ce film est très habile, malin, pertinent, ambigu et propose une galerie de personnages secondaires de qualité, notamment celui de Jeff, joué par Van Heflin, qui reçut en 1942, l’Oscar du Meilleur Second Rôle.

À mi-chemin du drame psychologique et du polar traditionnel, Mervyn LeRoy décrit deux mondes que tout semble opposer alors que des passerelles existent entre eux.

Une véritable découverte.

Film + Bonus – LeRoy des gangsters : entretien avec Patrick Brion – Collection Les Introuvables / Wild Side

Film ♥♥♥

Bonus ♥♥

* Le titre original est tout simplement Johnny Eager , nom de son personnage principal.

La Main Noire

de Richard Thorpe

On associe spontanément le nom de Gene Kelly à l’univers de la comédie musicale, domaine dans lequel il excellait. C’est oublier qu’il a joué aussi dans des films dramatiques, comme avant celui-ci, datant de 1950, La Croix de Lorraine (un film sur la résistance) de Tay Garnett, en 1943. Gene Kelly ne voulait pas être un simple acteur qui chante et qui danse même s’il tourna La Main Noire entre l’excellent Un Jour à New York qu’il co-réalisa avec Stanley Donen, en 1949, et La Jolie Fermière , autre film musical, de moindre importance, réalisé par Charles Walters.

Nous sommes en 1900, à New York. La ville compte plus d’italiens qu’à Rome... et la Mafia s’est bien sûr installée à Little Italy , un des quartiers de la ville. L’avocat Columbo essaie tant que faire se peut de prévenir la police des agissements de la Main Noire. Elle règne par la terreur sur le quartier italien de la ville. Devenu plus que gênant, pour les racketteurs, il sera assassiné.

Après être retourné en Italie avec sa mère, son fils Gianni (incarné par Gene Kelly) décide de revenir seul, en 1908, à New York. Pour ne pas qu’on l’associe au souvenir de son père, il se fait appeler Johnny Greco. Il est résolu à retrouver et à punir les meurtriers de son père. Qu’importe si la Main Noire (la Mafia) a étendu son pouvoir et s’est diluée dans toutes les couches de la population. Les chefs de clans criminels ne se cachent-ils pas derrière le tailleur ou le teinturier ?

Ce film ne manque pas de charme et sa reconstitution de la Little Italy du début du XX° siècle a dû ravir Martin Scorcese sinon Francis Ford Coppola. Son côté réaliste permet au scénario, d’une écriture très conventionnelle, de prendre néanmoins une autre dimension, accentuée par la présence, qu’on le veuille ou non à contre-emploi, de Gene Kelly. Il démontre ici, en effet, qu’il peut faire autre chose que chanter et danser... Derrière son aspect classique, ce film nous offre quelques moments étonnants comme cette scène totalement surréaliste où un mafioso est arrêté alors qu’il prend un bain dans sa cave, entouré de chèvres...

Une curiosité qui se laisse plus que regarder.

Film + Bonus – L’empreinte de Richard Thorpe : entretien avec Patrick Brion – Collection Les Introuvables / Wild Side

Film ♥♥♥

Bonus ♥

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