3 nouveaux Introuvables en DVD

Dans la Collection : L'Âge d'Or du Cinéma Américain, Wild Side Video nous propose, 3 nouveaux films

Désirs Humains

de Fritz Lang

Pour ce film de 1954, inédit en DVD, l’un des derniers qu’il ait tourné aux USA, Fritz Lang a repris les deux mêmes acteurs que dans son précédent film ( Règlement de comptes – The Big Heat) qui fut un succès : Gloria Grahame et Glenn Ford.

Il s’agit ici plus d’un remake du film de Jean Renoir, La Bête Humaine (1938) que d’une adaptation du roman éponyme d’Émile Zola. Tourné en Californie, Jacques Lantier, qu’interprétait Jean Gabin dans la version de Renoir, s’appelle ici Jeff Warren (Glenn Ford). Séverine est devenue Vicky (Gloria Grahame). Quant à Roubaud, il s’appelle Carl Buckley (Broderick Crawford). Fritz Lang a néanmoins gommé quelques aspects de l’histoire initiale : la référence à l’alcoolisme et à la dimension érotique de la relation entre Jeff et Vicky. Il a du, en fait, composer avec le puritanisme de la censure américaine sinon le conformisme de l’époque.

Carl Buckley qui vient d’être licencié a tué John Owens, l’amant de sa femme, Vicky. Témoin de la scène, elle avoue le meurtre à Jeff Warren, un collègue de Carl, rendu à la vie civile après avoir combattu lors de la guerre de Corée. Pour ne pas compromettre Vicky dont il est tombé sous le charme, Jeff gardera le silence. Les amants décideront bientôt de se débarrasser du mari...

Dans cette version, où les personnages sont motivés par leur désir et leur passion, on retrouve les obsessions de ce cinéaste pessimiste qu’est Fritz Lang. Il met l’accent sur les mensonges ou les non-dits des femmes et la faiblesse des hommes, qui leur fait commettre l’irréparable. Le héros Langien est très souvent un perdant. " Il cherche désespérément à sauvegarder son individualité, mais il ne peut qu’échouer car la société américaine n’a que faire des individualistes." Comme le disait Noël Simsolo*.

Fritz Lang disait?: « Il y a seulement deux catégories d’individus, ceux qui sont mauvais, et ceux qui sont très mauvais. Mais nous sommes parvenus à un accord et nous appelons les mauvais les bons, et les très mauvais, les mauvais. » Cela en dit long sur la perception du monde de ce cinéaste, à la biographie plus que mouvementée, qui finalement à être trop lucide se réfugia non pas dans le cynisme mais dans le refus de tout autoritarisme et de toute démagogie. Son indépendance d’esprit, sa modernité, fit que sa carrière hollywoodienne ne fut pas à l’égal de sa volonté d’être le véritable auteur, le styliste, qui aborda au plus près les rives de la perfection.

Un film rare, à ne pas rater, d’un cinéaste hors du commun qui enchaîna ensuite, en 1955, dans un tout autre genre, avec le tournage des Contrebandiers de Moonfleet dont nous parlerons un jour peut-être, lors d’une éventuelle réédition.

Film (87’) + Bonus – La loi des désirs (entretien avec Bernard Eisenschitz) 13’

Film ♥♥♥1/2

Bonus ♥♥♥

La Valse dans l’Ombre

de Mervyn LeRoy

Ce mélodrame, de 1940, produit par la MGM est à l’image des films de ce studio, à l’époque. Raffinement et sophistication sont au rendez-vous dans cette adaptation d’une pièce de théâtre qui connut un gros succès.

Mervyn LeRoy ne se laisse pourtant pas déborder par le sujet et va à l’essentiel, évacuant tous les détails inutiles. Il est un cinéaste qui a travaillé pour tous les studios, que ce soit la MGM ou la Warner. Il est un spécialiste du film noir mais dirige aussi des comédies. Il a bénéficié ici d’un casting de choix. Avec Vivien Leigh, qui a remporté l’Oscar de la Meilleure Actrice pour son rôle de Scarlett O’Hara dans Autant en Emporte le Vent de Victor Fleming, en 1939, dans le rôle de Myra Lester. Avec Robert Taylor ensuite, lui qu’on surnomma "l’homme au profil parfait", lui qui avait séduit Greta Garbo, dans Le Roman de Marguerite Gautier , de George Cukor, et qui interprète ici le rôle de Roy Cronin. Mervyn LeRoy le fera tourné à nouveau, deux ans plus tard, dans Johnny Roi des Gangsters , chroniqué ici .

Tout commence le 3 septembre 1939, à Londres. La Grande-Bretagne vient de déclarer la guerre à l’Allemagne nazie. Avant de partir rejoindre son régiment, Roy Cronin, un officier demande à son chauffeur de s’arrêter sur le Waterloo Bridge et de l’attendre de l’autre côté du pont qui traverse la Tamise. Il se rappelle qu’en 1917, au même endroit, dans les mêmes circonstances, lors d’un raid aérien, il avait rencontré Myra. Elle était danseuse. Ils tombèrent très vite amoureux l’un de l’autre et décidèrent de se marier. Mais la veille de leur union, Roy fut appelé sur le front des combats, en France. Quelques mois plus tard, elle apprendra, dans le journal, qu’il figure au nombre des combattants tombés sous le feu de l’ennemi. Tout espoir s’effondre alors pour Myra qui sombrera dans la prostitution. Mais parfois l’histoire se répète...

Mervyn LeRoy s’est attaché ici à rompre avec la convention du genre. Il ne s’est concentré que sur le seul propos qui nourrit l’histoire?: le passage de l’amour entre deux rives, entre deux époques. Il a laissé dans l’ombre tous les éléments périphériques au "chant d’amour". En fait, ce film est un remake de celui produit par Universal Pictures, en 1931, et qui figure dans les Bonus. Il a été réalisé par le cinéaste anglais, James Whale, qui tourna après, la même année, Frankenstein . Celui-ci est ici beaucoup plus proche de la trame dramatique de la pièce de Robert E. Sherwood et l’a filmé avec la vivacité du style de la Warner des années 30.

À découvrir et à comparer les deux versions diamétralement opposées. Je préfère de loin celle, plus affranchie du genre, de Mervyn LeRoy.

Edition Collector (2 DVD) - Film (109’) + Bonus – Waterloo Bridge : un pont entre deux rêves (entretien avec Olivier-René Veillon) 13’ - + La Valse dans l’Ombre (80’) Film de James Whale (1931)

Film ♥♥♥1/2

Bonus ♥♥♥

Femme de Feu

de André DeToth

Comme je le relevais récemment, avec la sortie du Vent de la Plaine , de John Huston, de très nombreux westerns sont en fait des adaptations de romans. Ce film de 1947 est tiré d’une histoire de Luke Short, écrivain de westerns remarquablement adultes.

Ce film devait être réalisé par John Ford mais celui-ci, préoccupé par My Darling Clementine (La Poursuite Infernale), conseilla aux producteurs Charles Enfield et David Loew, d’engager à sa place André DeToth. Ce dernier, d’origine austro-hongroise, ayant fui le nazisme et ayant émigré aux USA, fut intrigué par ce sujet. L’élément moteur en est une femme, qui sous des apparences fragiles, s’avère forte, déterminée, manipulatrice. De plus, cette histoire s’inscrivait dans un western, genre auquel il avait toujours rêvé de se confronter. Qui plus est, lui qui avait donc hérité du casting bâti par John Ford, se retrouva à diriger son épouse de l’époque?: Veronica Lake. André DeToth exigea des producteurs que le film soit filmé en extérieur, dans l’Utah et non en Californie, comme c’était bien souvent le cas, pour des raisons budgétaires. Il voulait que les paysages apparaissent sous un jour nouveau et que la nature participe, dans toutes ses composantes, à ce western qui, pour la première fois, avait une femme au cœur du récit.

Nous sommes en 1870, dans la petite ville de Signal. La belle Connie Dickinson (Veronica Lake) s’est engagée dans une lutte sans merci contre un riche rancher , Frank Ivey (interprété par Preston Foster). Leur problème est le contrôle des pâturages environnants au-delà du fait que le père de Connie désirerait qu’elle épouse Frank et non ce Walt Shipley, cet éleveur de moutons qui dévastent les pâturages non pas en mangeant simplement l’herbe mais en en arrachant les racines. Dans sa lutte, Connie sera accompagnée par Dave Nash (incarné par Joel McCrea), dont le passé d’alcoolique taciturne ne lui facilitera pas la tache.

On est plongé dès le début dans cette histoire qui est menée sans temps morts. Filmé très souvent en travelling, y compris dans les décors naturels. Ce qui fait dire à Bertrand Tavernier, dans les Bonus, que « ?Ce n’est pas un film de feignants? », au regard de la mise en place complexe des moyens de l’époque.

Le même Bertrand Tavernier est, avec quelques uns à défendre l’œuvre d’André DeToth, considéré longtemps comme un cinéaste de série B. Ce film démontre qu’il s’ingéniait toujours à casser les clichés, les codes, des genres auxquels il était confronté.

Un film rare à découvrir.

Film (95’) + Bonus – Western noir pour Femme de feu (entretien avec Bertrand Tavernier) 26’

Film ♥♥♥

Bonus ♥♥♥1/2

Attention : Les titres de cette Collection sont disponibles uniquement dans les magasins Fnac et sur www.fnac.com

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