6 nouvelles «Perles oubliées» du cinéma américain

Pour l'hiver 2012, Wild Side nous propose, dans sa Collection Vintage Classics 6 nouvelles "perles oubliées" du cinéma à petit prix après celles d'avril

Le Masque de Crane Wilbur

L’atmosphère de ce film, à mi-chemin du polar et du fantastique, doit beaucoup à la présence et à la voix de Vincent Price qui incarne ici le docteur Malcolm Wells. Le charme de ce film opère également avec celui d’Agnes Moorehead, dans le rôle de Cornelia Van Gorder, une écrivaine à succès assez exubérante.

Chaque année, elle vient en vacances dans la ville de Zenith. Cette fois-ci, elle s’est installée, avec ses domestiques, dans la demeure «Les chênes». Mais cette maison a mauvaise réputation, elle n’apporterait que des ennuis à ses occupants. Ajouter à cela le retour dans les environs du Masque, un mystérieux criminel, qui ne laisse aucune empreinte si ce n’est des traces de griffe sur ses victimes et vous aurez une idée de l’ambiance du film. Tant et si bien que les domestiques de Cornelia voudraient quitter cette demeure qu’ils trouvent pour le moins bizarre. Qui plus est la résidence «?Les chênes?» appartenait à un banquier véreux, récemment assassiné. Il aurait dit ne jamais vouloir la louer, à l’inverse de ce qu’a fait son neveu, en la proposant à Cornelia.

Ce film est adapté d’un roman de 1908 qui devint une pièce à succès en 1920 à Broadway. Il y eut auparavant deux autres films tirés de cette histoire, The Bat en 1926 et The Bat Whispers , en 1930. C’est ce dernier qui aurait inspiré Bob Kane pour créer son personnage de bande dessinée Batman qui apparut pour la première fois dans le n° 27 de Detective Comics , en mai 1939.

Réalisé par un obscur cinéaste dont ce fut le dernier film, Le Masque est, à mes yeux, la plus agréable surprise de ces nouvelles "perles oubliées".

Film ♥♥♥1/2

Marée Nocturne de Curtis Harrington

Johnny Drake, qu’incarne Dennis Hopper, est un marin de l’US Navy. Il traîne son ennui dans une petite ville de la côte pacifique qui n’est pas nommée. En fait, le film a été tourné à Santa Monica et à Venice, en Californie. Un soir, dans un cabaret où se produisent des musiciens de jazz, il rencontre une énigmatique jeune femme brune.

Intrigué par son allure, il va tenter d’en savoir plus sur elle en la séduisant. Elle s’appelle Mora, dit venir de Mykonos, en Grèce, et habite un charmant appartement, au-dessus d’un manège pour enfants, qui donne sur l’océan. En fait elle travaille comme sirène dans une des attractions de la fête foraine de la ville. Mais elle est plus que ça encore car en période de pleine lune ou lors des grandes marées, son comportement change, se trouve bouleversé.

Une véritable curiosité, un film qui navigue entre le poétique et le fantastique. Il ne manque pas de charme et démontre l’influence de la "Nouvelle vague" française sur le cinéma indépendant américain.

Film ♥♥♥

Barbe Bleue de Edgar G. Ulmer

Ce film de 1944 ne manque pas de charme pour peu que l’on apprécie le réalisme poétique d’un Paris fantasmatique, reconstitué dans un studio d’Hollywood. Le charme de ce film doit beaucoup à son directeur de la photographie?: Eugen Schüfftan. C’est lui qui a dirigé la photo de Quai des Brumes , le film de Marcel Carné, en 1938.

Si E. Schüfftan n’est pas mentionné ici au générique pour cette fonction, c’est tout simplement parce qu’en tant qu’exilé allemand, il n’est pas encore membre du syndicat des chefs opérateurs. Il apparaît comme responsable des décors alors qu’ils ont été créés par E. G. Ulmer lui-même.

Si l’image est très travaillée et n’est pas, dans certains plans, sans nous rappeler le style impressionniste allemand, ce film est également porté par la présence de John Carradine* dont la présence ici est plus qu’étonnante. Son visage vous est familier. Vous l’avez vu dans Les Raisins de la Colère ou encore dans La Chevauchée Fantastique , de John Ford. Il considérait Barbe Bleue comme l’un de ses meilleurs rôles. Sa vanité aimait lui faire dire?que : « Les réalisateurs ne me dirigent pas. Ils se contentent de me mettre en liberté. » Un acteur hors du commun.

Edgar G. Ulmer, dont la filmographie est plus qu’hétéroclite, dit de celui-ci, qu’il tourna en six jours, qu’il « exprime l’amour de Paris ». Il nous parle d’une capitale terrorisée car on découvre quasi quotidiennement le cadavre d’une nouvelle femme dans la Seine. Cela n’effraie en rien Lucille Étienne quand elle fait la connaissance de Gaston Morel, qu’interprète John Carradine, un marionnettiste, mais également un artiste-peintre incapable de se surpasser.

Il invitera Lucille à une représentation de sa version de Faust . Il lui expliquera que toutes ses marionnettes ont été créées à l’image de femmes qu’il a rencontrées. Il lui proposera alors de poser et de devenir une de ses futures marionnettes. « Je préfère fabriquer les pantins plutôt que les animer » dit-il.

Ce film est véritablement une des perles oubliées du cinéma américain, comme le veut la Collection Vintage Classics. Il mérite vraiment le détour car il est des premiers à dresser le portrait d’un serial killer .

Un film court (70’) et dense. À voir.

Film ♥♥♥

Capitaine Kidd de Rowland V. Lee

Les amateurs de films de corsaires et de pirates en auront pour leur argent. Les autres aussi car à l’affiche de ce film il y a cet extraordinaire acteur qu’est Charles Laughton, dans le rôle titre, qu’il y a Randolph Scott (dans le rôle d’Adam Mercy), que la critique de l’époque qualifiait méchamment de «Gary Cooper du pauvre», et aussi John Carradine (qui incarne Povy).

Ce film de 1945 manque terriblement de moyens. On n’a jamais l’impression d’être sur en bateau, en pleine mer. On ne la voit quasiment jamais mais le charme opère grâce notamment à une langue anglaise particulièrement riche.

Inspiré très librement de faits réels, ce film nous conte la vie du capitaine Kidd que le roi d’Angleterre, en 1699, chargea d’escorter un navire, le Guadagh Merchant, revenant des Indes avec un trésor à son bord. Pour ce faire, le capitaine Kidd qui est un homme très ambitieux et d’autres idées en tête, recrute des hommes parmi les plus redoutables repris de justice du pays, y compris un ancien complice, Povy, qu’il abandonna un jour sur une île des Bahamas. Kidd est en fait un pirate et non un corsaire, seul les honneurs et l’appât du gain le stimulent.

« Je ne suis pas un violent. Je déteste la violence. Mais les gens ont la fâcheuse habitude de m’importuner. Je suis un homme ambitieux... et un homme ambitieux, s’il est assez audacieux peut se constituer un royaume. Je vais devenir Lord, mon ami. » déclare-t-il à Povy. Mais à bord de son navire, il y a Adam Mercy. Il s’interroge beaucoup sur le passé de Kidd. Et ce dernier le suspecte d’être un espion.

Un beau moment de cinéma, le dernier film réalisé par Rowland V. Lee, un ancien acteur, à qui on ne confia que des films au budget modeste. Il partit ensuite s’occuper de son ranch dans la San Fernando Valley, à deux pas de Los Angeles.

Film ♥♥1/2

Pluie de Lewis Milestone

Ce film de 1932 nous démontre que son actrice principale, Joan Crawford, a toujours dégagé une odeur de soufre autour de sa personne et des personnages qu’elle a choisi d’incarner. Rappelez-vous d’elle dans Femmes de George Cukor (1939), dans Le Roman de Mildred Pierce de Michael Curtiz (1945), dans Johnny Guitar de Nicholas Ray (1954) ou encore Qu’est-il Arrivé à Baby Jane?? de Robert Aldrich (1962). Une actrice et une personnalité hors du commun*.

C’est soit disant pour la punir d’entretenir une liaison avec Clark Gable alors qu’elle était sous contrat avec la MGM et mariée avec Douglas Fairbanks Jr**, que Louis Mayer la "prêta" aux Artistes Associés - créé par Douglas Fairbanks (père) Charles Chaplin, Mary Pickford et D. W. Griffith - pour ce film exotique. Inspiré d’une pièce de théâtre adaptée elle-même d’une nouvelle de Somerset Maugham, cette histoire sensée se dérouler sur une île des tropiques, fut, en réalité, tournée à quelques encablures de Los Angeles, à Catalina Island.

Comme son titre ne l’indique pas, les personnages de ce film ne sont pas victimes de la pluie mais du choléra. Venant de Hawaï et se dirigeant vers l’île d’Apia, les passagers de l’Orduna, un navire qui sillonne le Pacifique, allant d’île en île, sont contraints de rester sur l’île de Pago car un des membres de l’équipage serait atteint du choléra. Parmi ces passagers il y a Sadie (Joan Crawford), une prostituée d’Evalay, le quartier mal famé d’Honolulu mais aussi un missionnaire, Alfred Davidson, et sa femme. C’est là que les choses se gâtent car sur l’île de Pago les hôtels ne sont pas nombreux?: il n’y en a qu’un seul qui fait également office d’épicerie générale.

Devant restée 15 jours sur place, Sadie s’est tout de suite entendu à ravir avec les soldats stationnés sur l’île. Mais cela n’est pas du au goût d’Alfred Davidson qui trouve son attitude fort regrettable et peu conforme aux bonnes mœurs, d’autant qu’elle écoute de la musique un peu trop fort pour ses oreilles délicates et qu’elle se complait à danser avec des soldats. La pluie les contraignant au confinement dans cet hôtel qui n’en est pas vraiment un, leurs rapports ne feront que se détériorer.

Ce film de Lewis Milestone, qu’on a connu plus inspiré***, souffre de trop de théâtralité, de religiosité. Cela explique sans doute son insuccès à l’époque.

Une véritable curiosité.

Film ♥♥

* Les Studios Walt Disney se sont inspirés d’elle pour créer la Reine-Sorcière de Blanche-Neige et les 7 nains !

** dont elle divorça en 1933

*** A l’ouest rien de nouveau (1930), The Front Page (1931), Des souris et des Hommes (1939),...

Song of Freedom de J. Elder Wills

Je névoquerai pas ce film que je considère comme étant le plus mauvais de cette dernière livraison.

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