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GÉRARD VICTOR

Publié dans : Les articles Culture de Gérard Victor

LE NOIR (TE) VOUS VA SI BIEN de Jacques Bral en DVD

«Je n'aurais jamais du quitter mon pays.» C'est sur ce constat amer que débute ce film qui pose plus de questions qu'il n'en résout

Ces mots sont prononcés par Moncef, magnifiquement incarné par Lounès Tazaïrt, le père de Cobra. C’est elle le personnage principal qui révèle le talent d’une jeune comédienne : Sofiia Manousha. « Si je pouvais recommencer, je ferais les choses autrement » poursuit Moncef mais sans nous dire comment. Sa culpabilité est donc énoncée dès le début et en disant ces mots, il reconnaît son échec. Il nous interpelle, nous public, car il est seul face à la caméra. Sous-entend-il : « Je vais vous raconter une histoire. Si cela avait été possible, j’aurais bien voulu pouvoir recommencer et pouvoir vous raconter l’histoire autrement » comme nous le suggère Jacques Bral.

D’évidence, nous sommes dans la tragédie. Mais qu’y a-t-il de plus tragique que le déracinement?? De se retrouver dans un pays dont la culture est totalement différente de celle dans laquelle on a été élevé est-il si évident que ça?? Cobra est jeune et elle vit entre ses deux univers?: celui imposé par ses parents, dans le respect des traditions de leur pays et celui de la France, où elle est née où elle travaille, où elle y connaît les premiers tourments amoureux et le désir de s’émanciper. Elle aime ses parents et c’est pour ne pas les blesser qu’elle accepte de partir travailler en portant le voile noir. C’est pour ne pas avoir à les affronter qu’elle se cache pour devenir la jeune fille moderne qu’elle entend être, elle qui a tout à découvrir de la vie au-delà des discours sur l’intégration.

La tradition et la modernité confrontées

Ce film a ceci d’intelligent qu’il ne prend pas parti, personne n’est accusé de quoi que ce soit et il ne fait jamais référence à l’Islam. L’idée du scénario a été suggérée à Jacques Bral lors d’un voyage en Iran, pays dont il est originaire. Quand il a quitté ce pays, les jeunes filles circulaient en jupes courtes dans les rues de Téhéran. Aujourd’hui, elles sont entièrement voilées "comme des corbeaux" de noir parce qu’on les y oblige alors qu’en France, le discours des femmes voilées relèvent de la revendication. Ce qui, par ailleurs, a frappé Jacques Bral, la même histoire m’a d’ailleurs été raconté par un ami iranien, est que dans l’avion qui l’a ramené en France, toutes les femmes parties voilées de Téhéran s’étaient changées dans les toilettes, une fois passées les frontières aériennes de l’Iran, pour réapparaître habillées à l’occidental.

Un film d’un cinéaste trop rare, qui nous avait enchanté il y a des années avec Extérieur, Nuit (1978) et Polar (1984). Un film qui est parfois un peu trop démonstratif mais qui est porté par ses comédiens qui se sont véritablement investis dans leur rôle, lui conférant une remarquable énergie.

Film (86’) – Bonus : 5 scènes coupées - Interviews des acteurs?: Sofiia Manousha, Souad Amidou, Lounès Tazaïrt, Julien Baumgartner, Salim Kechiouche, Grégoire Leprince-Ringuet (25’)Interview de Jacques Bral (29’) – Interview de Nathaniel Mechaly, compositeur de la BO (5’) – Hommage à Jean Nény?: interview croisée de Vincent Arnardi (mixeur) et Jacques Bral (12’) – Présentation du film par Jacques Bral Livret de 20 pages regroupant présentation du film, interviews, filmographie, extraits de presse et photos -Thunder Films International

Film ♥♥♥ 1/2

Bonus ♥♥♥1/2

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