African Queen en DVD et Blu-Ray

Quel plaisir de (re)voir dans une version enfin restaurée ce film de John Huston sorti il y a 60 ans.

Alors que tout un chacun s’attend à un film d’aventure, John Huston (1906-1987) nous propose, en fait, un film intimiste. Il y a certes de l’action mais le véritable sujet du film est cette rencontre improbable entre un canadien tout aussi aventurier qu’amateur de gin et la sœur d’un très britannique pasteur missionnaire. Cela se déroule plein milieu d’une Afrique subissant en 1914 les dommages collatéraux d’une guerre qui vient d’éclater en Europe.

Katharine Hepburn (1907-2003) est Rose Sayer. L’élégance rigide de son personnage vient ici se confronter au naturel un rien désabusé d’Humphrey Bogart (1899-1957). Il incarne Charlie Allnut qui transporte sur son vieux bateau, l’ African Queen , tout ce qui est indispensable et nécessaire à celles et ceux qui vivent le long de la rivière Ruiki. C’est lui qui apporte les vivres et le courrier. C’est lui qui apprend à Rose et à son frère Samuel que la guerre a été déclarée.

Après que Samuel ait été tué par les soldats allemands et que le village où ils s’étaient installés à été incendié, Rose n’a d’autre issue que de fuir avec Charlie qui arrive alors sur les lieux. Tout oppose Rose à Charlie. Ils ne partagent absolument pas les mêmes valeurs et pourtant... Ils vont tous les deux devoir vivre ensemble sur ce vieux rafiot de trente ans d’âge.

Rose, se sentant avant tout patriote, n’a qu'une seule idée en tête : détruire le Luisa , un navire allemand qui, après avoir été démonté et remonté pour atteindre les lieux, règne en maître sur le Lac Victoria. Cette canonnière empêche les troupes anglaises d’éventuellement progresser. Pas très chaud d’abord, Charlie craignant surtout pour la solidité de son African Queen accepte contraint et forcé. Rose sait qu’il y a, à bord, assez d’explosifs pour détruire le Luisa . Jusqu’au Lac Victoria, les obstacles se multiplient. La rivière tout d’abord paisible se transforme en torrent...

Ce film anglo-américain indépendant a été tourné en grande partie en Afrique, ce qui était totalement impensable, à l’époque. Mais ce fut une occasion unique pour K. Hepburn, H. Bogart et J. Huston, assez marqués "à gauche" dans cette époque où le Maccarthysme régnait à Hollywood d’aller voir ailleurs ce qu’il se passait. Les conditions de tournage furent à la limite du catastrophique. Météo redoutable, des journées entières de pluie ralentissant le tournage, invasion de fourmis rouges, de moustiques, sangsues, dysenterie, etc. Cela fait de ce film un de ceux, comme Apocalyse Now , dont le tournage est devenu aussi mythique que le film lui-même. Un livre lui fut d’ailleurs consacré*. Ajoutez à cela le caractère assez fantasque de John Huston, prêt à aller chasser les fauves ou les éléphants à la moindre occasion, et ses penchants pour l’alcool qu’il partageait** avec Humphrey Bogart et vous aurez une idée de ce qui se passa hors caméra.

Sur fond d’aventure exotique en Technicolor, l’essentiel de ce film est la relation entre ces deux protagonistes en quasi permanence à l’écran qui, bien que foncièrement différents, vont tomber amoureux l’un de l’autre. Action, émotion, comédie sont au rendez-vous de ce film atypique

Un vrai plaisir de cinéma.

Film + Bonus - Au Bord du Chaos : le tournage d’ AfricanQueen (un documentaire inédit aux nombreux témoignages et images d’archives) – 3 interventions de Jean-Pierre Berthomé (historien du cinéma) sur : Le projet African Queen ; Un tournage dantesque et Katharine, Humphrey et John – Blu-Ray - Opening

Film ♥♥♥♥ Bonus ♥♥♥

* Le comportement de John Huston durant le tournage de L'Odyssée de l'African Queen inspira Peter Viertel, le co-scénariste du film, pour l'écriture de son roman Chasseur blanc, cœur noir (White Hunter Black Heart), roman qu'adaptera au cinéma, sous le même titre, Clint Eastwood en 1990 (source : Wikipédia)

** Un ami journaliste, aujourd’hui disparu, m’a raconté avoir interviewé de bon matin John Huston lors d’un Festival de Cannes. Alors que mon ami avait tout simplement commandé un café, vue l’heure matinale de l’entretien, John Huston arrivant au bar du palace avait commandé un double Bloody Mary, cocktail à base de Vodka et de jus de tomate, qu’il releva copieusement de Tabasco...

Sur le même sujet