Biutiful d'Alejandro Gonzalez Iñárritu en DVD et Blu-Ray

Le quatrième film de ce très talentueux cinéaste d'origine mexicaine ne peut nous laisser indifférent. Il marque un changement de ton dans son travail

Pour Les Amours Chiennes (en 2000), 21 Grammes (en 2003) et Babel (en 2006), il avait travaillé avec son compatriote, le scénariste Guillermo Arriaga. En collaborant avec d’autres scénaristes ici, il a abandonné le principe d’histoires éclatées, à multiples personnages, pour se concentrer, pour la première fois sur un personnage central : Uxbal. Et quel personnage ! Et quel acteur pour l’incarner : Javier Bardem.

Ce dernier reçut pour ce film : le Prix d’Interprétation Masculine au Festival de Cannes 2010, le Goya (équivalent espagnol de nos César) du Meilleur Acteur 2011. Ce film fut nommé aux Oscars pour le Meilleur Acteur et le Meilleur Film Étranger et fut 14 fois nommés dans divers Festivals internationaux.

Alejandro Gonzalez Iñárritu voulait faire un film dérangeant et il nous dérange en nous racontant donc l’histoire d’Uxbal. « La cause désespérée d’un héros tragique qui essaie de trouver un sens à sa vie et de mettre de l’ordre dans tout ce qu’il a laissé en plan, quand son horloge interne lui a fait savoir qu’il lui restait peu de temps. » nous dit-il. Car dès le début du film, nous apprenons qu’Uxbal est atteint d’un cancer de la prostate dont les métastases se sont étendues à d’autres organes.

Uxbal semble toujours avoir vécu de petits boulots. Il fait vendre, à la sauvette, par des sans-papiers africains ce que fabriquent des chinois dans des ateliers clandestins de Barcelone. Pour éviter les ennuis, il n’hésite pas à rémunérer, en sous-main un policier. Le problème est que les vendeurs africains vendent aussi de la drogue, ce qu’il ne savait pas. Certains seront arrêtés, d’autres expulsés d’Espagne. Pour ne pas perdre la face avec les chinois, il va s’ingénier leur trouver du travail sur les chantiers de construction que mène son frère Tito.

Autant dire que tout va mal pour Uxbal qui, séparé de sa femme Marambra qui souffre de bipolarité, doit élever seul ses deux enfants. Il devinera aisément qu’elle est devenue la maîtresse occasionnelle de son frère. Certes, il touchera de l’argent quand à la place du cimetière où est enterré son père, se construira un centre commercial... Mais le présent devient de plus en plus pesant et la maladie de gagner du terrain.

Un film dur, âpre, parfois mélancolique, qui dresse un constat d’une société parallèle à la dérive dans une Espagne frappée de plein fouet par la crise. On n’y esthétise pas la pauvreté mais la fièvre qu’elle engendre. Confronté à un quotidien corrompu, Uxbal sait se montrer généreux, même si cela ne lui est pas évident, pas facile. Il se bat pour pardonner, pour qu’on le pardonne aussi mais avait-il vraiment le choix de faire autrement ? On ne le saura pas.

Un film exigeant, superbement mis en scène avec une caméra très fluide, au plus près des personnages, pour la plupart joués par des non-professionnels. Alejandro Gonzalez Iñárritu s’est à nouveau entouré, pour l’essentiel de son équipe mexicaine, même si ce film a donc été tourné à Barcelone où il réside dorénavant.

À voir absolument pour, ne serait-ce, essayer de comprendre comment un acteur, tel que Javier Bardem, peut arriver à un tel niveau de tension pour nous spectateurs. Quel grand comédien !...

Film + Bonus – Journal de bord filmé par A. G. Iñárritu – L’équipe du film – Javier Bardem/Uxbal – Eduard Fernández/Tito – Maricel Àlvarez/Marambra - d’Alejandro Gonzalez Iñárritu/Réalisateur - Blu-Ray - Universal

Film ♥♥♥♥

Bonus ♥♥♥

Sortie le 27 septembre

Sur le même sujet