Brian De Palma à l'honneur

Les Éditions Carlotta nous propose deux pépites du cinéma américain des années 80, Pulsions et Blow Out : deux chefs d'œuvre de Brian De Palma
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Pulsions

Ce film de 1980 s’inscrit dans la filmographie de Brian De Palma après Home Movies , un film indépendant semi-biographique qu’il tourna avec ses étudiants en cinéma du Sarah Lawrence College. Brian De Palma avait sans doute besoin de "souffler" après les énormes succès qu’il connut successivement avec Carrie au bal du diable , en 1976, et de Furie , en 1978

Avec Pulsions , qui nous est proposé ici dans sa version non censurée, il renoue avec un cinéma au budget confortable. Brian De Palma offre à Nancy Allen qu’il a fait jouer dans Carrie , et qui est devenue entre-temps son épouse, son premier grand rôle. Pulsions est un film aux confins du thriller et du film d’horreur, genres qu’il apprécie particulièrement tout en rendant hommage à son cinéaste de prédilection Alfred Hitchcock.

Le film débute par une scène aux connotations plus qu’érotiques. Kate Miller (magnifiquement incarnée par Angie Dickinson) n’est pas heureuse dans son couple. Bien qu’elle confie la médiocrité de sa vie sexuelle à son psychiatre, le docteur Elliott (joué Michael Caine), insatisfaite, elle essaiera de s’épanouir autrement. Ses fantasmes nocturnes vont l’amener à franchir le pas dans le réel, à l’occasion de la visite d’un musée. Elle y rencontrera un bel inconnu qui l’entraînera chez lui et avec qui elle fera l’amour après une scène torride dans un taxi new-yorkais.

Le problème n’est pas tant qu’elle apprenne incidemment que le bel inconnu est atteint de maladies vénériennes mais qu’elle a été suivie par une mystérieuse blonde vêtue de noire qui va sauvagement l’agresser. C’est là qu’intervient Liz Blake (Nancy Allen), une escort girl qui, sortant de chez un client, va découvrir la scène du crime et être la seule personne à avoir vu l’assassin.

Brian De Palma réussit ici un thriller sexuel et sanglant, dans une « symphonie de la peur et de l’horreur » comme le décrit le producteur George Litto, dans les Bonus. Il repousse les limites de la violence et de l’horreur dans un film qui, entre slasher et étude psychiatrique, démontre son immense talent de cinéaste.

Il est à noter dans cette édition l’immense qualité des Bonus (plus de 110 minutes) et au-delà de la très pertinente préface de Samuel Blumenfeld, celle des entretiens réalisés par Robert Fischer. Ce film devrait figurer dans toute blu-raythèque ou dvdthèque qui se respecte.

Double DVD ou Blu-ray - Film (101’ – 105’ ) – Bonus : Préface de Samuel Blumenfeld (8’) – Symphonie de la peur (George Litto, producteur du film revient sur sa collaboration avec Brian De Palma) 17’ – La femme en blanc (Angie Dickinson se remémore le tournage et revient sur son rôle scène par scène) 29’ – La femme en violet (Nancy Allen se souvient du film et de sa collaboration avec Angie Dickinson et Michael Caine) 22’ – Une leçon de cinéma (Comment l’opportunité d’être acteur pour De Palma permit à Keith Gordon d’apprendre son future métier de réalisateur) 30’ – Pulsionsen 3 versions (Une comparaison entre les versions non censurée, censurée et télévisée) 5’ - Carlotta

Film ♥♥♥♥1/2

Bonus ♥♥♥♥1/2

Blow Out

Tourné juste après Pulsions , Blow Out a été produit sur la base de 7 pages de notes écrites par Brian De Palma. Ces 7 pages permirent à son producteur George Litto de trouver les fonds nécessaires à l’écriture du scénario et à la production du film.

On peut trouver les sources d’inspiration de Brian De Palma dans 2 films. Évidemment dans le magnifique Blow Up de Michelangelo Antonioni, datant de 1966, qui en a suggéré le titre, et le trop méconnu Conversation Secrète de Francis Ford Coppola, pourtant Palme d’Or au Festival de Cannes, en 1974. Du premier, il y a l’idée de la recherche de la vérité au travers un élément parcellaire. Ce n’est pas ici le détail d’une photo qui incite à élucider un crime mais un son. Du second, De Palma a introduit l’aspect thriller paranoïaque.

Jack Terry (interprété par John Travolta) est un ingénieur du son qui, malheureusement pour lui, ne travaille que sur des films de seconde catégorie. Alors qu’une nuit, il est parti enregistrer des sons d’ambiance pour élargir la gamme de sa sonothèque, il est le témoin d’un accident de voiture. N’écoutant que son courage, il plonge pour venir au secours des passagers du véhicule qui a sombré dans la rivière. Le conducteur est apparemment mort mais à ses côtés, une jeune femme est encore en vie.

Jack réussira à sauver Sally (incarné par Nancy Allen – madame De Palma, à la ville-) mais à l’hôpital où il l’aura menée, il apprendra que le chauffeur n’était autre que le gouverneur McRyan, candidat à la Présidentielle américaine et grand favori des sondages. On lui fera comprendre qu’il n’a rien vu et surtout pas cette jeune femme (allez savoir pourquoi mais pour la seconde fois, Brian De Palma donne à sa femme un rôle de prostituée après celui de Pulsions ...). Mais Jack est intimement convaincu qu’il a enregistré les sons d’une scène de meurtre.

Brian De Palma conduit de main de maître ce superbe film qui est une réflexion sur le cinéma et sur le rôle primordial du son. Comme le dit Jean Douchet dans sa remarquable et (im)pertinente analyse du film, présentedans les Bonus : « l’œil écoute, l’oreille voit. ». De Palma confirme encore une fois sa très haute technicité et ses talents de scénariste. Un film à voir et à revoir surtout après avoir visionné Un cri de vérité , l’analyse de J. Douchet.

À noter, comme d’habitude chez Carlotta, l’excellence des Bonus (ici près de 130 minutes) qui nous permettent de mieux appréhender le travail de ce cinéaste très talentueux. Comme je le disais à propos de Pulsions , ce film devrait aussi figurer dans toute blu-raythèque ou dvdthèque qui se respecte.

Double DVD ou Blu-ray - Film (103’ – 108’ ) – Bonus : Préface de Samuel Blumenfeld (8’) – Un cri de vérité (Une analyse de Jean Douchet) 27’ – Retour à Philadelphie (George Litto, producteur du film, se souvient de la genèse du projet et du tournage à Philadelphie) 18’ – Le Noir et Blanc en couleurs (L’excellent directeur de la photographie Vilmos Zsigmond revient sur sa collaboration avec Brian De Palma) 27’ – Souvenirs d’une poupée de chiffon (Nancy Allen évoque son travail avec John Travolta) 21’ – Multipistes (Le compositeur vénitien Pino Donaggio revient sur sa carrière et sa collaboration avec De Palma) 27’ - Carlotta

Film ♥♥♥♥1/2

Bonus ♥♥♥♥1/2

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