David Lean, les premiers chefs d'oeuvre en DVD

Ce coffret nous permet de découvrir 5 films que David Lean (1908-1991) tourna, en Grande-Bretagne, entre 1944 et 1950

Trois d’entre eux sont le fruit de sa collaboration avec Noel Coward, dramaturge et producteur anglais qui lui permit, en 1942, de passer derrière la caméra, en co-réalisant avec lui son premier film, alors qu’il avait déjà la réputation d’être un excellent monteur.

David Lean, dont nous avons parlé ici, lors de la parution de Vacances à Venise , est souvent associé, dans les esprits, à des films à grand spectacle qu’il enchaîna à partir du Pont de la rivière Kwaï , en 1957; Lawrence d'Arabie , en 1962; Le Docteur Jivago , en 1965; La Fille de Ryan , en 1970, jusqu’à La Route des Indes , en 1984.

Ce coffret rend hommage à son talent de metteur en scène, à son style épris de perfection technique, au raffinement de son montage, à travers donc 5 films qui figurent parmi les classiques du cinéma britannique.

Le plus connu d’entre eux est sans aucun doute Brève Rencontre (1945) qui connut un énorme succès. Un film sur la passion amoureuse de deux êtres que le hasard a fait se rencontrer. Heureux Mortels (1944) nous conte la vie de la famille Gibbons de 1919 à 1939, sur fonds des événements politiques et sociaux du Royaume-Uni. L’Esprit s’Amuse (1945) est une comédie, avec Rex Harrison et la très étonnante Margaret Rutherford. Un écrivain célèbre est confronté au fantôme de sa femme. Les Amants Passionnés (1949) est plus proche du mélodrame. Mary, mariée à Howard, se souvient de son amour pour Steven que le destin lui fera rencontrer à nouveau. Madeleine (1950) est sur le même registre, mais inspiré d’un fait divers qui s’est déroulé en 1857. Madeleine Smith a une relation secrète et passionnée avec Émile mais lorsqu’elle décide de rompre, celui-ci se rebelle.

Chaque film est accompagné d’une préface de Pierre Berthomieu qui nous éclaire sur le contenu de chacun d’entre eux. C’est lui qui a également écrit le livret qui accompagne ce coffret qui au-delà de la carrière de David Lean, décrypte l’age d’or du cinéma anglais.

Cinq films à déguster dans les moindres détails tant ce cinéaste maîtrisait totalement les outils dont il disposait. C’est certes très classique mais quand c’est aussi réussi qu’ici, il est bon de revenir parfois sur certains fondamentaux.

Comme le disait Stanley Kubrick « Très rares sont les cinéastes qui vous donnent l’envie immédiate de voir tous leurs films. En haut de ma liste, je mettrais Fellini, Bergman et David Lean. »

Brève Rencontre

Ce film figure dans ce coffret mais est édité également en version individuelle voir ici .

Heureux Mortels

Ce film, sorti en 1944, est le second que David Lean a réalisé. Cette fois-ci, il est seul aux commandes, son premier long-métrage Ceux qui Servent en Mer , il l’avait co-signé avec Noel Coward. Nous retrouvons ce dernier ici en tant que producteur et auteur de la pièce dont le film est l’adaptation. This Happy Breed qui en est le titre original peut être traduit pas "Cette heureuse génération". Ce film évoque en effet cette génération qui n’a pas connu de guerre puisqu’il se déroule entre 1919 et 1939.

Quasiment toutes les scènes se passent dans la maison de la famille Gibbons qui réside dans une maison d’un faubourg du sud de Londres. En 1919, Frank Gibbons vient d’être démobilisé. Il va très vite trouvé du travail dans une agence de voyages qui propose des visites outre-Manche des champs de bataille de la Guerre de 14-18 qui vient de s’achever.

Frank et Ethel Gibbons, incarnée par Celia Johnson qui retrouvera David Lean ensuite sur le tournage de Brève Rencontre , ont trois enfants et vivent dans cette maison avec la mère et Sylvia, la sœur, de Frank. Ce film très bavard est le reflet de l’esprit britannique des années 40. Il nous conte les histoires qu’un couple peut vivre quand il a trois enfants. La vie des Gibbons se déroule avec ses joies et ses peines, ses mariages et ses deuils, ses cocasseries et ses nostalgies sur fond des événements sociaux et politiques de la Grande-Bretagne de ces années.

Tourné en Technicolor, ce film rompt avec l’usage de ce procédé qui jusqu’alors était réservé aux films exotiques sinon spectaculaires ce que n’est absolument pas ce film.

Si ce film n’est pas totalement abouti, son sujet est un peu trop convenu, le jeu des acteurs est au rendez-vous. Le tout est un peu trop théâtral, à mon goût, et laisse beaucoup trop de place aux "mots d’auteur". Noel Coward le produisait et David Lean, son employé.

Un film à voir néanmoins pour son atmosphère et sa véritable adéquation avec son environnement socio-politique.

Film ♥♥♥

Bonus ♥♥♥

L’Esprit s’Amuse

Adapté encore une fois d’une pièce de Noel Coward, ce film, sorti en 1945 est caractéristique de l’esprit de cet auteur. Tour à tour désinvolte et ironique, pour ne pas dire cynique, il nous évoque la vie d’un écrivain à succès tourmenté par le fantôme de son ex-épouse, Elvira, décédée des suites d’une crise de rire, il y a sept années.

Ce film, tourné lui aussi en Technicolor comme Heureux Mortels , est une des rares comédies de David Lean. Il n’abordera plus ce genre avant Vacances à Venise en 1954, film avec lequel il reviendra aussi à la couleur.

Charles Condomine (interprété par Rex Harrison) est un romancier à succès. Il vient d’épouser en secondes noces Ruth et se prépare à écrire un nouveau livre. De façon à étayer son nouvel ouvrage, il a invité le médecin du village, où il habite, et sa femme ainsi qu’une voyante, Mme Arcati, aux pratiques pour le moins étonnantes, pour ne pas dire étranges. Ses formules ésotériques ressemblent peu ou prou à des comptines pour enfants. Ce rôle est interprété à merveille par cette exceptionnelle actrice, pleine d’humour et d’énergie, qu’était Margaret Rutherford. Que celles et ceux qui ne l’ont jamais vue dans un film, lèvent la main !...

Tout irait pour le mieux, si ce n’est que la séance de spiritisme, en partie ratée, a pour dommage collatéral de faire revenir, dans la maison, le fantôme d’Elvira. Qui plus est, Charles est le seul à la voir et à l’entendre alors que tout un chacun l’entend lui parler... Autant dire que la venue de l’esprit d’Elvira va perturber le couple que Charles et Ruth forment. Cette dernière en vient à être jalouse du fantôme de la première femme de son mari.

Cette comédie un peu trop théâtrale n’en est pas moins réjouissante. Les effets visuels de ce film ont même été récompensés par un Oscar, à Hollywood, en 1947.

Comme la plupart des œuvres de N. Coward, L'Esprit s'Amuse est réputé pour ses dialogues. La réplique suivante est prononcée par Charles à l’occasion d'une dispute qu'il a avec sa femme lors du petit déjeuner : « Si ce que tu essayes de faire c'est dresser l'inventaire de ma vie sexuelle, pour être honnête avec toi je me dois de te prévenir que tu as omis plusieurs épisodes. Je vais consulter mon agenda et je te donnerai une liste complète après le déjeuner. » Cette réplique fut considérée comme "risquée" par les censeurs de l'époque et fut supprimée des versions du film projetées aux États-Unis.*

Film ♥♥♥

Bonus ♥♥♥

* Information trouvée sur wikipedia

Les Amants Passionnés

Ce film de 1949, au départ, ne devait pas être signé par David Lean qui devait juste le parrainer. C’est Ronald Leame qui avait travaillé avec lui comme directeur de la photographie sur Heureux Mortels et sur L’Esprit s’Amuse , dont il était également le co-scénariste, qui devait le réaliser. Suite à des dissensions avec le scénariste Eric Ambler, David Lean reprit les choses en main. Il remania le scénario en adoptant le point de vue de Mary et non plus celui d’Howard.

Mariée à Howard Justin, un richissime banquier, Mary se souvient de l’amour qu’elle portait à Steven Stratton, un biologiste. Elle avait d’abord fui la passion avant d’y céder. Neuf années plus tard, alors que le couple Justin a retrouvé son harmonie, le hasard veut les chemins de Mary et de Steven se croisent à nouveau.

C’est le premier film "exotique" de David Lean car de nombreuses scènes extérieures ont été tournées à Annecy et dans la chaîne du Mont-Blanc. Le goût de David Lean pour les paysages y est ici magnifié par une sublime photo en noir et blanc de Guy Green. C’est ce film aussi qui lui permettra de rencontrer sa future épouse. En engageant Ann Todd pour le rôle de Mary, après l’avoir vue notamment dans Le Procès Paradine d’Alfred Hitchcock, en 1947, dont il tombera amoureux. Pour incarner Steven Stratton, il fit appel à Trevor Howard avec qui il connut le succès de Brève Rencontre , en 1945. Le rôle de Howard Justin a été quant à lui confié à Claude Rains, vu entre autres dans Casablanca, de Michael Curtiz, en 1942, ou encore dans Les Enchaînés d’Alfred Hitchcock, en 1946.

Aux confins du mélodrame et du thriller, ce film flamboyant et lyrique reprend les thèmes de l’adultère et de la passion déjà abordés dans Brève Rencontre . Il n’est pas sans rappeler l’univers des films de Douglas Sirk. Grâce à un jeu de flashbacks, David Lean dresse le portrait subtil des sentiments de Mary, en perpétuelle métamorphose, du désir et de la peur de la passion jusqu’au mensonge.

Une très belle découverte, à voir absolument. La séquence des tickets de théâtre démontre tout l’art raffiné de David Lean et est à elle seule un moment d’anthologie. Du grand cinéma.

Film ♥♥♥♥

Bonus ♥♥♥

Madeleine

de David Lean

C’est Ann Todd, la nouvelle épouse de David Lean (voir plus haut), qui lui donna l’idée de tourner Madeleine . Ann Todd avait déjà interprété le rôle de Madeleine Smith au théâtre. Inspiré par un fait divers de 1857 qui avait défrayé l’Angleterre victorienne, David Lean plutôt qu’adapter la pièce, bâtit un scénario original à partir de la réalité des faits.

Nous sommes donc en 1857, en Écosse, à Glasgow. Madeleine Smith entretient une relation secrète et passionnée avec Émile L’Angelier, un français alors que ses parents voudraient qu’elle épouse William Minnoch, une figure de la bourgeoisie locale. Émile voudrait qu’elle parle de lui à son père mais elle craint l’autoritarisme de ce dernier. Elle souhaiterait qu’ils fuient ensemble et se marient mais Émile désire un mariage en bonne et due forme avec l’aval de la famille. Elle refusera et le quittera, désirant qu’il lui rende les lettres enflammées qu’elle a pu lui écrire. Émile ne l’entend pas ainsi et menace d’envoyer toutes les lettres à son père. Mais Émile meurt et Mary sera accusée de l’avoir empoisonné.

Un film de 1950 romantique, passionné, traversé de pulsions érotiques et comme toujours chez David Lean magnifiquement photographié avec des éclairages très travaillés.

Entre mélodrame et film judiciaire, à découvrir.

Film ♥♥♥

Bonus ♥♥♥

Coffret 5 DVD – 5 Films - Brève Rencontre + Bonus (Préface de Pierre Berthomieu – Il était une fois Brève Rencontre Directed by David Lean ) – Heureux Mortels + Bonus (Préface de Pierre Berthomieu) – L’Esprit S’Amuse + Bonus (Préface de Pierre Berthomieu) – Les Amants Passionnés + Bonus (Préface de Pierre Berthomieu) – Madeleine + Bonus (Préface de Pierre Berthomieu) – Un livret exclusif de 36 pages est inclus : Before the epic, David Lean et l’âge d’or du cinéma britannique de Pierre Berthomieu - Carlotta

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