Despair de R.W. Fassbinder en DVD et Blu-ray

Carlotta Films poursuit son travail de mise en valeur de l'œuvre de ce prolifique cinéaste allemand*.

Ce film est son trente-et-unième alors qu’il a fêté ses 31 ans lors du tournage. Pour la première fois de sa carrière il dispose d’un budget conséquent, les producteurs étant désireux que le film fasse une carrière internationale. Pour la première fois également, R.W. Fassbinder n’est pas l’auteur du scénario, l’écriture en a été confiée au dramaturge Tom Stoppard, car le film sera tourné en anglais, sur la base d’un roman de Vladimir Nabokov (l’auteur du fameux Lolita ), paru en France sous le titre de La Méprise .

Film à vocation internationale donc mais également à casting international avec l’excellentissime acteur anglais Dirk Bogarde ( Mort à Venise de Luchino Visconti, Portier de Nuit de Liliana Cavani, commenté ici ), dans le rôle d’Hermann Hermann, et la plantureuse et pulpeuse comédienne française Andréa Ferréol ( La Grande Bouffe de Marco Ferreri), dans celui de Lydia, son épouse. R.W. Fassbinder conservera toutefois le Directeur de la photographie avec lequel il a le plus travaillé : Michael Ballhaus.

Nous sommes en octobre 1929, à Berlin, Hermann Hermann, d’origine russe, est le propriétaire d’une chocolaterie industrielle. Il est hanté par d’étranges visions, celles de son double qui l’observe. Avec sa femme Lydia, il mène une vie de fantasmes et de perversions dans un cadre luxueux. Nous découvrons également Ardalion, le cousin un peu trop envahissant de Lydia. Nous sommes en pleine époque Art Déco et le Décorateur du film, Rolf Zehetbauer (Oscar du Meilleur Décor pour Cabaret de Bob Fosse, en 1973) s’en est donné à cœur joie.

« Tout le monde sait qu’elle m’adore. Elle a besoin d’être dominée et j’aime dominer. Le couple parfait. J’aime la littérature, elle lit des sottises. J’ai l’esprit logique, c’est une écervelée. On va très bien ensemble. Comme une serrure et une clé » confiera Hermann à Ardalion.

Un glissement progressif vers la folie

Fasciné par cette idée de double, à l’occasion d’un voyage d’affaires, Hermann va croiser Felix. Il voit en lui son sosie. Cela lui inspire un plan risqué : Felix et Hermann vont échanger leurs rôles dans la vie. Bien que ce vagabond soit physiquement très différent d’Hermann, la figure de Felix devient progressivement pour lui une obsession…

« Il y a, dans la vie de toute personne, un moment où l’on comprend qu’au fond tout est fini, que même si la vie continue, elle n’est plus qu’une répétition et une appropriation consciente de sentiments. Despair parle de quelqu’un qui ne s’arrête pas là, qui se dit qu’une vie faite uniquement de répétitions n’est plus une vie. Mais au lieu de se suicider comme dans Le Diable Probablement de Bresson, il décide très volontairement de devenir fou » nous dit à ce propos R.W. Fassbinder

Nous retrouvons dans ce film la mécanique "perverse" de Nabokov, son humour en demi-teinte dans les dialogues. Mais on évoque aussi la dette de l’Allemagne obligée de rembourser 120 milliards de DM suite à la Première guerre mondiale, la montée du nazisme et les échos du "jeudi noir" de Wall Street du 24 octobre 1929.

Un film baroque, riche, intense, à l’image de son auteur. Un des meilleurs qu’a signé R.W. Fassbinder. À noter : la qualité du Bonus, ce film de Robert Fischer qui revient très largement la fabrication du film de l’écriture du scénario à sa projection en Compétition lors du Festival de Cannes 1978. Un film à avoir dans sa DVDthèque ou Blu-raythèque.

Film (116’ ou 121’) + Bonus – Le cinéma et son double : retour sur Despair de R.W. Fassbinder de Robert Fischer (70’) – Blu-ray - Carlotta

* après Lili Marleen , Je Veux seulement que Vous m’Aimiez ou Le Monde sur le Fil chroniqués sur ce site

Film ♥♥♥♥

Bonus ♥♥♥♥

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