Edward II de Derek Jarman en DVD

Ce film, de 1991, est l'adaptation de la pièce que Christopher Marlowe (1564-1593), un contemporain de Shakespeare, écrivit en 1592.

Christopher Marlowe s’est inspiré de la vie d’Edouard II, qui fut roi d’Angleterre de 1307 jusqu’en janvier 1327. A peine celui-ci est-il couronné qu’il appelle à ses côtés son fidèle ami et amant : Piers Gaveston, un chevalier d’origine gasconne. Sa famille venait du petit village de Gabaston, dans le Béarn. Follement épris de lui, Edouard va le couvrir de cadeaux et de titres honorifiques au grand dam des membres du gouvernement, de la cour et du pouvoir religieux.

Une relecture de la pièce

Par faute de moyens financiers, Derek Jarman (1942-1994) situa la pièce en 1991, tout en conservant néanmoins la richesse de la langue anglaise du XVI° siècle. Avec ses scénaristes, il a fait une relecture de la pièce pour n’en dégager que les effets rageurs sinon dévastateurs. Le jeu pervers de la séduction, du pouvoir et des alliances prédomine. Passion, trahison, violence sont les maîtres mots de ce film à l’ambiance visuelle si particulière car, manque de budget oblige, il fut tourné non pas dans des lieux historiques, comme cela fut initialement prévu, mais en studio avec pour seul décor : quatre énormes cubes savamment éclairés. Le travail du directeur de la photographie allié à celui du directeur artistique est remarquable.

Un univers de bruits et de fureur

Loin de la reconstitution historique, ce film nous plonge dans l’essentiel. Très vite, ce qui pouvait apparaître comme des anachronismes sont gommés. C’est ce décalage avec la richesse de la langue de Marlowe et ce décorum typique des années 90 qui prévaut au-delà du discours militant gay qui pouvait être celui de D. Jarman, à l’époque. A noter au sein du casting, Tilda Swinton qui incarne la reine Isabelle, fille du roi de France Philippe IV le Bel qu’Edouard épousa le 25 janvier 1308 à Boulogne-sur-mer et avec qui néanmoins il eut quatre enfants. T. Swinton reçut la Coupe Volpi pour la Meilleure interprétation féminine pour ce rôle lors de la Mostra de Venise en 1991. A noter également la présence insolite d’Annie Lennox, ex-chanteuse d’Eurythmics, qui interprète Everytime we say goodbye, un moment d’apaisement dans cet univers de bruits et de fureur.

C’est un film exigeant qui pourra heurter la sensibilité de certains mais qui restera, dans sa dimension rageuse et poétique un superbe hommage à la démesure que le théâtre élisabéthain pouvait atteindre.

Film + Bonus : Edward selon Derek (Une suite d’entretien avec les producteurs, le directeur de la photographie et l’acteur principal, Steven Waddington) – Carlotta

Film ♥♥♥ Bonus ♥♥

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