Harakiri en DVD et Blu-ray

Tout commence le 23 juin 1630 à 16h30. Tout a été inscrit dans ce livre, le compte-rendu officiel du clan Ii, sur lequel s'ouvre ce film de 1962
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Comme bien souvent, l’histoire officielle a omis les détails et mentionnera qu’une nouvelle fois, un ronin est venu se suicider par harakiri dans l’enceinte de ce clan. Masaki Kobayashi va nous révéler dans ce magnifique film japonais, tourné en scope et dans un noir et blanc parfois crépusculaire, la réalité de cette histoire de pauvreté et de vengeance. Pour ce chef d’œuvre, il s’est inspiré du scénario de Shinobu Hashimoto. C’est à lui qu’on doit, entre autres, les scripts de deux films mythiques d’Akira Kurosawa : Rashômon et Les Sept Samouraïs .

En 1630, nous sommes en pleine ère Tokugawa. Le Japon d’alors connaît enfin la paix. Les shogun et autres chefs de guerre ont enfin pactisé. Le pouvoir central s’est installé à Edo (le futur Tokyo) et la société est organisée de façon rigoureuse en quatre classes : les guerriers (les samouraïs), les paysans, les artisans et, en bas de cette hiérarchie, les commerçants.

Le problème est qu’ « en ces temps de paix qui veut d’un spadassin ? » comme nous le dit Hanshiro Tsugumo, un ancien samouraï du clan Geishu, qui comptait 12 000 hommes, et aujourd’hui devenu un ronin, un combattant sans seigneur, ni maître, réduit au chômage. Kageyu Saito, le régisseur du clan ?i, à qui il demande l’asile pour faire harakiri reconnaît sa « décision digne de respect.» Il ajoute même : « Vous avez mon admiration. » Car le harakiri relève du code d’honneur des samouraïs, ces guerriers qui sont les seuls à pouvoir porter deux sabres : un long et un court.

Essayant de le dissuader de mettre fin à ses jours, Saito apprendra à Tsugumo que récemment un autre ronin est venu se suicider, un dénommé Motome Chijiwa. Il commence à lui raconter par le menu la fin tragique de ce jeune guerrier qui, ruiné, après avoir vendu ses sabres, s’était fait harakiri avec un court sabre de bambou. Saito ne sait pas si Chijiwa était venu quémander une aide, une aumône ou une embauche. Ces derniers temps, on reproche bien souvent aux ronins de faire du chantage au harakiri, pour obtenir des faveurs sinon à manger.

C’est à ce moment que le film va prendre un autre sens. Tsugumo venu pour pratiquer, selon les règles établies, le harakiri, feint de se désintéresser du reste. Il commence à raconter « les vicissitudes de sa fortune » en insistant pour qu’une des trois personnes qu’il a désignée pour lui donner le coup de grâce vienne. Hors les trois sont, semble-t-il, malades !... Tsugumo ne veut pas en démordre et s’obstine. Saito s’en offensera. « Vous nous imposez votre suicide et vous faites le difficile... » Le ton va alors monter d’un cran entre les deux hommes.

Une histoire de vengeance

Le scénario est d’une habileté redoutable, presque diabolique, et fonctionne à merveille. En fait, Chijiwa n’était autre que le filleul de Tsugumo et le mari de sa fille Miho. Aussi Tsugumo est-il venu vraiment pour pratiquer le harakiri ou enquêter sur les véritables circonstances de la mort de son gendre ou se venger de ces trois membres du clan Ii qui ont humilié Chijiwa et qu’il aura humiliés à son tour ?

Un film d’une intelligence rare et très bavard : on raconte, on commente, etc. Il est exemplaire quant à la rigueur graphique des cadrages, à l’image des décors de ce Japon du XVII° siècle. Avec un personnage principal merveilleusement incarné par Tatsuya Nakadai. Son regard est si perçant et son jeu si véhément et fiévreux qu’il transcende à lui seul l’esprit même du film qui a remporté le Prix Spécial du Jury au Festival de Cannes 1963. Un chambara, à savoir un film de combat au sabre, différent des autres que le cinéma japonais nous a proposés depuis, dans une approche beaucoup plus romantique des samouraïs. Les amateurs du genre ne seront néanmoins pas déçus parce que la scène de combat finale est digne de toutes les anthologies du genre et a inspiré de nombreux cinéastes.

Un chef d’œuvre, le drame d’un homme qui a cru qu’il était libre, dans une nouvelle version restaurée Haute Définition. À voir absolument et devant figurer dans toute DVDthèque ou Blu-raythèque qui se respecte.

Film (127’) + Bonus – De l’art de bien mourir ? : une introduction sur la féodalité et la culture japonaise sous l’ère Tokugawa (7’) – Entretien avec Christophe Gans ? : cinéaste et scénariste, Christophe Gans revient sur les codes du chambara (les films de sabres) et sur l’impact du film sur le cinéma japonais des années 60 (30’) – Blu-ray – Carlotta

Film ♥♥♥♥♥

Bonus ♥♥♥♥

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