Hors Satan de Bruno Dumont en DVD

Avec son sixième long-métrage, Bruno Dumont nous invite à une expérience

Je reconnais volontiers qu'il ne figure pas parmi mes cinéastes préférés. Je serais plutôt du genre à hésiter avant de visionner l’un de ses films. Mais celui-ci m’a, en quelque sorte, séduit.

« La métaphysique, ce n’est pas mon rayon, c’est le spectateur qui peut interpréter, trouver une signification » dit-il très justement dans les Bonus. En fait, il nous convie à partager des émotions, à partir de paysages magnifiquement filmés en scope et de personnages dont on ne connaîtra rien ou presque.

Dans les dunes de la Côte d'Opale

Nous sommes au bord de la Manche, sur la Côte d’Opale, dans le Pas-de-Calais. Près d’un hameau, des dunes et des marais, demeure un gars étrange qui vivote, braconne, allume des feux. Ce vagabond, au comportement erratique, semble venu de nulle part. Une fille du hameau lui donne régulièrement à manger. Elle va parfois se promener avec lui dans les dunes et semble sinon se confier à lui, avoir toute sa confiance. On le voit prier de temps à autres. Mais qui invoque-t-il? De quel pouvoir est-il doté pour qu’on vienne le chercher pour chasser le mal?d’un village hanté par le démon? Mais dans un souffle, il mettra le monde hors satan...

Ecoutons Bruno Dumont?: « C’est une ellipse, pas une ellipse dans l’action, mais dans la psychologie. Je considère que le spectateur d’aujourd’hui est à même de compléter par lui-même. Si le film montre tout, explique tout, décrit tous les trajets, le film perd en énergie, il s’alourdirait terriblement. Je crois beaucoup aux capacités rétrospectives du spectateur, à la possibilité de montrer quelque chose qu’on ne comprend pas sur le moment mais qui ensuite prend sens, et ça donne du mouvement et de l’intensité dans le rapport à l’ensemble du film. Les films qui vous prennent par la main en permanence, qui expliquent et justifient tout pas à pas m’ennuient ou me dépriment. Il faut jouer avec ce qui se produit dans la tête du spectateur, tout en lui faisant confiance pour tirer plaisir de tels déplacements. »

Hors Satan est porté par deux comédiens non professionnels qui donnent une dimension étrange au film. Le gars, tout d’abord, (on le nomme ainsi dans le scénario) qu’incarne de façon étonnante David Dewaele. Il avait joué dans les deux précédents films de Bruno Dumont mais dans des rôles secondaires. La fille est jouée par Alexandra Lematre « que j’ai rencontrée par hasard dans un café de Bailleul. On a fait des essais, elle était très bien. J’ai aimé sa pudeur, sa manière d’avoir du mal à partager ses sentiments » nous dit-il d’elle.

Un film exigeant, peu bavard, dans lequel les sons naturels sont mis en avant. Une suite de plans larges, ouverts sur la nature et de gros plans des personnages. Bruno Dumont a réussi ici à « rendre visible quelque chose d’invisible. » Il donne envie de revoir ses précédents films?: Hadewijch et Flandres .

Film (109’) + Bonus – Rencontre(s) avec Bruno Dumont (15’) – Le fracas des pattes de l’araignée (Documentaire de Aurélien Vernhes-Lermusiaux sur le travail conjoint de Bruno Dumont et de son mixeur Emmanuel Croset) 36’ - Pyramide Video

Film ♥♥♥

Bonus ♥♥

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