Je veux seulement que vous m'aimiez de R. W. Fassbinder

Les éditions Carlotta poursuivent leur travail de mise en valeur, sinon en perspective, de l'œuvre du prolifique cinéaste qu'était Rainer Werner Fassbinder

Il a certes travaillé pour le cinéma mais aussi pour la télévision, un genre délaissé, sinon méprisé, à l’époque, par les metteurs en scène. R. W. Fassbinder n’en avait que faire, il voulait avant tout continuer à créer quel que soit le support de diffusion. La preuve qu’il avait raison est qu’on en parle ici.

Je Veux seulement... est un téléfilm, diffusé en 1976, tourné pour la chaîne allemande WDR (comme Le Monde sur le Fil , édité l’an dernier et chroniqué ici ). Il s’inscrit pleinement dans l’œuvre de R. W. Fassbinder et dans les archétypes de celle-ci. Mû par une urgence dont il était le seul garant, ce créateur a tourné pas moins de 43 films et téléfilms (dont 2 courts-métrages) entre 1966 et 1982. J’ajouterai aussi pas moins de 21 créations théâtrales...

Cela en dit long sur cet auteur qui dans une urgence qui ne tenait qu’à lui, ne s’est jamais écarté du constat qu’il faisait sur le monde qui l’entourait. A ce titre, Je Veux seulement... nous parle d’un couple qui va pâtir du surendettement et de ses effets pervers. 35 ans après, ce film reste d’une étrange et dérangeante actualité. Qu’est-ce qui a changé entre 1976 et aujourd’hui ? Pas grand-chose et ce film le démontre.

Adapté d’un livre de Klaus Antes et Christiane Ehrhardt, une étude psychiatrique d’un cas criminel. Il nous parle de Peter Trepper, un jeune maçon. Pour occuper ses temps libres, il a, seul, construit une maison pour ses parents. Mais c’est à peine si ces derniers lui en sont reconnaissants. Peter a toujours cherché à leur faire plaisir mais ils ne cesse de lui faire des reproches. Sa mère n’hésitait pas à le frapper quand il était enfant. Peter souffre de leur froideur, de leur totale incompréhension. C’est pour cela qu’une fois marié à Erika, il décide de partir s’installer à Münich.

Peter trouvera très rapidement du travail en tant qu’ouvrier du bâtiment mais Münich est une des plus chères villes d’Allemagne. S’il multiplie les heures supplémentaires, il ne gagne malheureusement pas assez pour subvenir aux besoins du couple et régler tous les crédits auxquels ils ont souscrits.

Au-delà de la description de la folie qui trouve ses origines dans le quotidien, ce film démontre amèrement que le miracle économique allemand s’est fait au détriment des sentiments.

A noter la qualité du documentaire inédit, de soixante minutes, de Robert Fischer, dans les Bonus. Il revient sur la proximité (possible) entre le réalisateur et son protagoniste tout en dressant un portrait de l’homme qu’était le cinéaste.

Une véritable découverte qui vient compléter avec brio l’œuvre connue de R. W. Fassbinder.

Film + Bonus – De l’amour et des contraintes : suppositions sur Je Veux Seulement que Vous m’Aimiez, un film de Robert Fischer Blu-Ray – Carlotta

Film ♥♥♥♥

Bonus ♥♥♥

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