La 13e vague de la Collection RKO en DVD

Lancée en septembre 2003 par les Editions Montparnasse, cette Collection propose, aujourd'hui, pas moins de 130 DVD édités à petit prix (10€)
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Et voici la 13e vague de la Collection de poche RKO , avec 6 nouveaux titres extraits du catalogue de ce studio mythique dont nous parlions plus longuement l’an passé ici .

What Price Hollywood ? de George Cukor

Bien qu’ayant débuté au cinéma en 1930, George Cukor a déjà son actif six films quand il prit les commandes de celui-ci. Il nous plonge dans les coulisses de l’âge d’or d’Hollywood pour nous dévoiler une réalité plus sombre que celle trompeuse faite de strass et de paillette. En 1954, George Cukor reprendra ce même thème en réalisant ce magnifique film qu’est Une Étoile est Née .

Ce film qui fut nominé, en 1932, pour l’Oscar de la meilleure histoire originale est inspiré de la vie de l’actrice Colleen Moore et de celle de l’acteur et réalisateur Tom Forman. Mary Evans (interprétée par Constance Bennett) est une jeune et jolie serveuse qui travaille au Brown Derby. Elle rêve de venir une star et lit tout ce qui concerne le cinéma et la vie des acteurs. Comme elle est mignonne, tout le monde lui demande pourquoi elle ne fait pas du cinéma, ce à quoi elle répond : « Je me le demande aussi ! »

Mary saisira sa chance le jour où elle rencontrera Maximilian Carey (joué par Lowell Sherman), un réalisateur très porté sur la boisson. Malgré un premier bout d’essai fort peu concluant, Mary ne s’avoue pas vaincue et persévèrera. Après de nombreuses et laborieuses répétitions, elle finira par signer un contrat de 7 ans avec le producteur Julius Saxe (incarné par l’étonnant Gregory Ratoff). Il veut faire d’elle "La copine de l’Amérique". Mary enchaînera film sur film et accèdera à la célébrité. Autant sa carrière file vers le zénith autant celle de Maximilian est sur la pente descendante.

Un film aux dialogues brillants, servis par une mise en scène toujours élégante comme sait toujours le faire George Cukor. Un des meilleurs films de cette 13e vague.

Film (88’)

Film ♥♥♥1/2 No Bonus

The Half Naked Truth de Gregory La Cava

Malgré quelques idées assez originales et audacieuses, devinons-nous pour l’époque, ce film de 1932 me semble être le plus faible de cette 13e vague. Il en fallait un de toute manière et c’est, à mes yeux, celui-ci.

Je n’ai pas d’ a priori envers le comique troupier mais c’est un genre qui a beaucoup perdu de sa pertinence. Il est vrai qu’aujourd’hui nous ne rions pas des mêmes choses qu’il y a 80 ans... À voir ce film, on comprend d’ailleurs pourquoi cet acteur comique que fut Lee Tracy, qui connut son heure de gloire, à trop s’agiter à hue et à dia, ne resta pas dans les mémoires. Trop volatil, à la limite de l’inutile, son agitation n’est que futile. Un comble quand on sait que dans ce film, il est l’attaché de presse d’un spectacle forain mais peu importe son (in)efficacité...

Il y a certes ici une satire de la starisation ce qui n’est pas un sujet nouveau, de même que l’utilisation de la supercherie. Nous nous attendions à mieux. Il y a quelques bons moments mais bon... pas vraiment de quoi faire un film à retenir. Une curiosité.

Film (77’)

Film ♥♥ No Bonus

Mystère à Mexico de Robert Wise

Ce cinéaste a quasiment abordé, tout au long de sa longue carrière, tous les genres de film : comédies musicales (il produisit et co-réalisa West Side Story qui fit date), films catastrophe, histoires d'amour, drames, westerns, films fantastiques, films de science-fiction et policiers. Mystère à Mexico , un film de série B, qu’il tourna en 1948, fait partie de cette dernière famille. N’oublions pas non plus que Robert Wise travailla avec Orson Welles et fut le monteur de ce chef d’œuvre qu’est Citizen Kane et de La Splendeur des Amberson .

Il nous amène ici au Mexique en suivant Steve Hastings, un agent d’assurance, qui a été envoyé à Mexico sur la trace d’un de ses collègues, Glenn Ames, qui enquêtait sur le vol d’un bijou, un collier d’une valeur de 200 000$, qui n’a plus donné de nouvelles. Pour le retrouver, Steve va suivre Victoria, la sœur de Glenn, espérant qu’elle le conduira jusqu’à son frère. Il fera tout pour se retrouver à ses côtés dans l’avion qui les mène vers la capitale mexicaine. Victoria est non seulement charmante mais aussi chanteuse. Si elle va au Mexique c’est aussi pour y décrocher quelques contrats.

Le problème est que Steve va rapidement tomber sous le charme de Victoria alors que l’inverse n’est pas de mise. Il lui dit vouloir l’aider à retrouver son frère mais reste très circonspect quant à ses propres motivations. Elle lui dit que son frère est routier et avait une adresse : 5 via del Carmen. Mais la maison est vide...

Un film qui ne manque pas de qualités malgré un budget serré. Afin d’en minimiser les coûts, la RKO décida que le film serait tourné au Mexique. Au final, le film n’a pas été moins cher à réaliser aux USA.

Film (66’)

Film ♥♥♥ No Bonus

Quels Seront les Cinq ? de John Farrow

Après le crash de leur avion, le "Silver Queen", les douze passagers se retrouvent au milieu de la jungle amazonienne. Non loin de là vit une tribu de Jivaros, réputés pour couper les têtes de leurs ennemis. Bill et Joe, les deux pilots, réussiront finalement à réparer le "Silver Queen", le problème est que l’état général de l’avion et le manque de kérosène ne permettra de ne ramener que cinq personnes...

Bien que Dalton Trumbo et Nathanael West figurent parmi les scénaristes, l’intrigue reste convenue et n’échappe pas aux poncifs. Pour les curieux uniquement.

Pour la petite histoire, John Farrow, le réalisateur de ce film, n’est autre que le père de la comédienne Mia Farrow.

Film (75’)

Film ♥♥ No Bonus

Two O’clock Courage de Anthony Mann

Ce film, de 1945, à la magnifique photographie en noir et blanc, est signé du très grand réalisateur que fut Anthony Mann. Il s’agit du remake de Two in the Dark que réalisa Benjamin Stoloff en 1936 et qui est ici le producteur.

Patty Mitchell (interprétée par Ann Rutherford), au volant de son taxi, manque de renverser un inconnu (incarné par Tom Conway), à l’angle d’Ocean View Road et de Arch Street. S’apercevant que cet homme n’a pas tout à fait un comportement normal, elle le conduit dans son taxi. Il ne se souvient de rien, pas même de son nom, et porte une blessure à la tête. Apitoyée par son amnésie, Patty décide alors de l’aider à retrouver son identité. Mais en cours de route, ils vont apprendre qu’un meurtre a eu lieu sur Ocean View, non loin du lieu où ils se sont rencontrés. Cet inconnu ne serait-il pas l’assassin ?

Ce film noir est rondement bien mené, bien dialogué, et non sans humour, dans la tradition des polars des années 30. Anthony Mann affirme ici son talent de réalisateur grâce à une mise en scène très fluide au service d’un scénario qui ne manque pas de rebondissements. Il est un des meilleurs films de cette 13e vague.

Film (66’) – Éditions Montparnasse – Collection RKO

Film ♥♥♥1/2 No Bonus

Le Massacre de Fort Apache de John Ford

Ce film, de 1948, est le premier d’une trilogie que John Ford consacra à la Cavalerie américaine. Il fut suivi par La Charge Héroïque , en 1949, et Rio Grande , en 1950. Il a été produit par Argosy Pictures, une société de production indépendante, sous contrat de distribution avec la RKO, créée par John Ford et Merian C. Cooper, l’homme qui co-produisit et co-réalisa le fameux King Kong , en 1933.

Bien que n’ayant aucun fondement historique, le scénario est très librement inspiré de la défaite du général George Armstrong Custer à Little Big Horn, le 25 juin 1876. Où comment la vanité d’un officier entraîne un régiment au désastre.

Le lieutenant-colonel Owen Thursday (joué par Henry Fonda), est une personnalité psycho-rigide. Il ne supporte pas d’avoir été nommé à Fort Apache, aux fins du désert de l’Arizona. Il croyait que ses états de service l’enverraient lui et sa fille, Philadelphia (interprétée par Shirley Temple, dont ce fut un des derniers films) en Europe ... Il en est fort contrit, pour ne pas dire vexé, blessé dans sa dignité d’officier supérieur.

Il arrive sur les lieux sans que le commandement en place fût averti de sa venue alors que celui-ci avait été prévenu de l’arrivée du jeune lieutenant O’Rourke, frais émoulu de West Point et fils d’un sergent-major, en garnison à Fort Apache. Le capitaine York (incarné par John Wayne qui sera des deux autres films de la trilogie, sous le même patronyme, et gagnera même en grade...) essaiera tant que faire se peut de temporiser les élans autoritaires de son nouveau supérieur hiérarchique. Lui connaît la situation et sait pourquoi les tribus Apache sont parties au Mexique...

Mais à peine arrivé, l’intransigeant lieutenant-colonel Thursday souhaite remettre de l’ordre dans un univers où tout semblait bien fonctionner. Il reproche à tous les officiers, sous-officiers et hommes de troupe, leur laisser-aller, leur relâchement, dans leurs comportements et, crime de lèse-majesté, dans le port de leurs uniformes. Oubliant que tous ces hommes, et pour certains leurs familles, vivent dans un Fort, en plein désert, ce piètre lieutenant-colonel, à part faire respecter une rigueur et des règles d’un autre univers, ne répond absolument à aucune de ses obligations. Totalement buté, incapable de comprendre et d’appréhender les enjeux stratégiques et politiques, incompétent en matière de négociation avec les tribus Apache, il va mener son régiment à sa perte.

Magnifiquement filmé dans ce paysage majestueux qu’est Monument Valley, ce western est à voir et à revoir. Une leçon de cinéma que nous donne John Ford à travers le destin d’un arrogant lieutenant-colonel. Il nous décrit les rituels et la vie quotidienne d’un Fort en milieu indien, tout en déconstruisant un mythe, démontrant aussi que parfois la légende naît d’une réalité peu reluisante.

Film (128’ en VO – 108’ en VF) + Bonus : Présentation de Serge Bromberg

Film ♥♥♥1/2 Bonus ♥1/2

Collection RKO – Editions Montparnasse

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