La RKO

À croire que les archives de la RKO sont un puit sans fond.
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Lancée en septembre 2003, par les Éditions Montparnasse, la Collection RKO, avec cette douzième vague et ses 6 nouveaux titres, à paraître le 23 août, totalise 120 DVD édités à petit prix (10€).

Elle nous propose encore une fois films oubliés ou à redécouvrir quand il ne s’agit pas d’un chef d’œuvre absolu avec enfin la version restaurée de Citizen Kane d’Orson Welles. Deux polars, deux comédies et un western viennent compléter l’ensemble.

Pris au Piège (Cornered -1945-) d’Edward Dmytryk, avec Dick Powell, et Nid d’Espions (The Fallen Sparrow -1943-) de Richard Wallace, avec John Garfield et Maureen O’Hara, figurent au rayon polar.

Un Mariage Compliqué (Holiday Affair –1949-) de Don Hartman, avec Robert Mitchum et Janet Leigh, et Elle et Lui (Love Affair -1939-) de Leo McCarey, au rayon comédie.

La Femme aux Revolvers (Montana Belle -1952-) d’Allan Dwan, avec Jane Russell, au rayon western.

A cette occasion, il est intéressant de revenir sur l’histoire de ce studio hollywoodien.

La RKO est née avec le cinéma parlant en 1928.

De l’arrivée du parlant à l’apparition de la télévision, les studios américains se partagèrent le marché de ce loisir populaire qu’était devenu le cinéma. En tête de file les majors : la MGM, la Paramount, la Warner ou la 20th Century Fox. Ces immenses structures assuraient à la fois les fonctions de producteur, de distributeur et d’exploitant.

Les studios RKO naquirent en 1928 des regroupements successifs des studios Film Booking Office of America (FBO) avec la Radio Corporation of America (RCA) et enfin avec le distributeur Keith-Albee-Orpheum. La RKO est née en fait de la « révolution sonore », quand la RCA, qui ne parvenait pas à vendre un brevet de sonorisation, décida de créer son propre studio.

Son logo est un émetteur dont les ondes inondent le monde entier. Son slogan : « La voix d’or de l’écran d’argent ». Très vite, les studios Radio-Keith-Orpheum ou RKO Radio se lancèrent dans l’aventure avec, en 1932, Les Chasses du comte Zaroff , de Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel, et connurent un immense succès avec King Kong , de Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack, en 1933.

Un outsider

Milieu des années 30, la RKO s’orienta naturellement vers la comédie musicale. Cette période sera ponctuée de neuf films mettant en scène Fred Astaire et Ginger Rogers. Raffiné et aérien, le fameux numéro « cheek to cheek » de Top Hat (Le Danseur du dessus) résume à lui seul le style RKO : Fred en habit de soirée noir enlace Ginger qui porte une robe blanche vaporeuse. Ensemble, ils virevoltent dans une superbe Venise Art Déco qui se reflète dans des canaux teints en noir. Le studio, n’ayant pas les moyens de signer avec des réalisateurs vedettes pour des contrats à long terme, soigne ses techniciens : ses décors et ses éclairages resteront parmi les plus élégants d’Hollywood.

En octobre 1938, George J. Schaefer, ancien directeur des ventes de la Paramount et des Artistes Associés, est nommé président de la RKO. Il donna un nouveau souffle au studio en signant sous contrat des acteurs comme John Wayne pour les westerns, Robert Mitchum pour les films noirs, Cary Grant pour les comédies. G.J. Schaefer engagea également des vétérans d’Hollywood comme Boris Karloff ou encore Bela Lugosi pour les films d’horreur. Le jeune Frank Sinatra débuta à la RKO dans Amour et Swing , aux côtés de Michèle Morgan. Parmi les réalisateurs fidèles, nous retrouverons Orson Welles, John Ford, Howard Hawks, Robert Wise, George Stevens, mais aussi Jean Renoir qui fut accueilli par le studio lors de son exil durant la seconde guerre mondiale (avec le magnifique Vivre libre ). Par la suite Jacques Tourneur, Richard Fleischer.

La RKO a bâti sa réputation sur les westerns et les films noirs de série B produits dans les années 30 et 40. Outre ces productions, les studios RKO sont à l’origine de quelques-uns des chefs-d’œuvre du cinéma américain : King Kong déjà évoqué, La Charge héroïque , western de John Ford en 1949, L’Impossible Monsieur Bébé de Howard Hawks en 1951, La Vie est Belle de Frank Capra en 1946, sans oublier des œuvres plus intimes comme Le Mouchard ou Mary Stuart de John Ford.

Mais le coup de maître fut sans doute sa collaboration avec Orson Welles et son Citizen Kane .

La valse de dirigeants et la chute amorcée par Howard Hughes

Cependant, en coulisses, les présidents de la RKO se succèdent à vitesse grand V. En difficulté financière relative mais permanente, le studio est sans cesse dans la nécessité de produire des succès commerciaux, tout en continuant à dénicher de nouveaux talents et donner leurs chances à des films atypiques. De ce chaos accouchent certaines des plus belles innovations de l’histoire du cinéma : le studio cherchant sans arrêt des idées originales pour se maintenir en équilibre.

Depuis sa création, de nombreux propriétaires se sont succédés à la tête de la RKO, jusqu’à l’extravagant milliardaire-aventurier et quelque peu capricieux Howard Hughes en 1946. Il ne fit qu’accompagner, entraîner son affaiblissement, puis 10 ans plus tard sa chute inexorable. Plusieurs se souviennent en effet de son tempérament bipolaire ou de ses dernières années de vie qu’il passa en totale réclusion dans une chambre stérile, effrayé par les germes et autres microbes environnants.

Selon la rumeur, H. Hughes aurait acquis la RKO pour seulement un million de dollars de plus que ce qui lui coûtèrent l’élaboration et la construction de son Spruce Goose , un avion-cargo à hélices. Car le milliardaire dont Martin Scorsese raconta la vie dans Aviator (avec Leonardo DiCaprio, en 2004) vivait la vie comme une loterie et le cinéma comme un simple « hobby ».

Au début des années 1950, pour répondre à la fenêtre cathodique grisonnante qui envahissait peu à peu les foyers, Hollywood dut faire toujours plus grand, plus beau… et plus cher. Avec Un Américain à Paris (1951), la MGM donne le ton. Des torrents de couleurs nappèrent soudain des décors époustouflants en Cinémascope. Cet ouragan en Technicolor emporta avec lui le style pur de la RKO. Les créateurs avaient su épouser la révolution du parlant, mais restés des artisans, leurs héritiers sont morts sans avoir su passer à l’échelle industrielle. Dans sa chute, la RKO fut néanmoins novatrice. Sous la présidence d’un Howard Hughes devenu complètement paranoïaque, elle brada les droits de télédiffusion du catalogue à une marque de pneus et ses films furent les premiers à être largement diffusés à la télévision. En disparaissant, la RKO donnait cependant naissance au premier patrimoine cinématographique d’Hollywood.

Pour l’ American Film Institute , la RKO a produit 7 des 100 meilleurs films de tous les temps. 11 sont encore classés dans les champions du box-office de tous les temps par le journal Variety .

Éditions Montparnasse – Collection RKO

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