Le Baiser de la Femme Araignée en DVD et Blu-ray

Ce film d'Hector Babenco est loin de laisser indifférent. Il est adapté du roman éponyme de l'écrivain argentin Manuel Puig

Au-delà de la qualité de cette œuvre réalisée par Hector Babenco, cinéaste brésilien d’origine argentine, cet ensemble réalisé à partir du roman, paru en 1976, nous plonge dans la véritable aventure que fut la production de ce film. Les bonus sont ici exemplaires en nous révélant tout de ce qui a pu se passer avant, pendant et après le tournage.

Une passion pour le cinéma née de l'ennui

Né dans le petit village de General Villegas, au milieu de nulle part, en plein milieu de la pampa, à six heures de voiture environ de Buenos-Aires, c’est au cinéma que M. Puig trouve sa raison d’être. Quand le film commençait, « tout devenait plus pur » dit-il, ajoutant : « J’ai toujours pensé que la vie dans ce village était un film que je n’avais pas choisi de voir . » Ce sont les héroïnes hollywoodiennes des films des années 30/40 qui l’ont toujours fasciné. « Elles sont toujours dominées par les hommes mais parviennent toujours à leurs fins. » Il reconnaît néanmoins qu’il n’a jamais rencontré, dans sa vie, de femme correspondant à cet archétype, lui qui bâtit toute son œuvre autour du thème central de la femme soumise. Ce n’est que chez certains homosexuels que ce genre d’attitude lui a semblé apparemment plus manifeste.

Le pouvoir dans l’Argentine des années 70 se faisant de plus en plus pesant pour ne pas dire oppressant, M. Puig, a l’idée de bâtir une histoire mêlant à la fois la soumission exercée par le machisme et l’oppression sociale. Avant de s’exiler au Mexique, M. Puig, lui-même menacé de mort, rencontrera d’anciens prisonniers de la dictature militaire et les interrogera sur leurs conditions de détention.

Mais revenons à ce film. Nous sommes dans un pays d’Amérique latine. Valentin (Raul Julia) est un journaliste communiste révolutionnaire. Il a été arrêté, torturé pour ses convictions politiques. Il partage une cellule avec Molina (William Hurt), un étalagiste homo, condamné pour une affaire de pédophilie. Tout sépare ces deux êtres si ce n’est l’humiliation quotidienne qu’ils subissent de la part de leurs geôliers. Pour tromper l’ennui, la solitude, Molina raconte à Valentin des films à partir de fragments de ceux dont il se souvient quand il ne les invente pas de toutes pièces, d’où certaines incohérences et la profusion de clichés plus kitsch les uns que les autres. Valentin lui demande juste que dans ses récits il n’y ait « Pas de bouffe. Pas de femmes nues . »

Des films dans le film

H. Babenco a choisi de nous montrer des séquences de ces films qui nous plongent dans l’allégorie, la fantasmagorie, la magnificence née de l’esprit de Molina. Peu importe à ce dernier qu’il évoque ce qui pourrait ressembler à un film de propagande nazi malgré les reproches que lui adresse Valentin.

Ces échappées oniriques permettent à ces deux détenus de fuir leur quotidien sordide. Autant ils pouvaient avoir des rapports distants au début de leur détention, autant, peu à peu, une certaine amitié s’établit entre eux. Mais un voile de trahison se tisse autour d’eux, mettant à l’épreuve leur apparente confiance mutuelle et leur esprit de sacrifice...

L'aventure de la production

J’évoquais plus haut l’aventure que fut le montage de cette production. Le film de David Weisman, dans les bonus, le démontre en détail. Si ce film indépendant connut un succès retentissant à travers le monde, si William Hurt fut à de nombreuses fois récompensé, il est, comme à chaque fois étonnant après coup, de voir combien il fut ardu de monter un tel projet. Il fut financé finalement, en grande partie, par des particuliers et non des producteurs patentés ! Il est vrai qu’avoir pour thème : un communiste et un homo dans une cellule de prison, ne pouvait que refroidir les financiers qui ne savent pas lire entre les lignes. Le plus étonnant encore est que nous apprenons que M. Puig, cinéphile averti, rêvait de Burt Lancaster dans le rôle de Molina !... Bien qu’à cent lieues des rôles qu’il put interpréter jusqu’alors, il accepta d’emblée le défi et alla même jusqu’à réécrire le scénario...

Un film à voir et à déguster non sans avoir visionné les bonus. Si j’ai évoqué W. Hurt et Raul Julia (1940-1994), je n’oublie pas Sonia Braga qui incarne quasiment tous les personnages féminins de ce film : Leni, Marta et la fameuse Femme Araignée...

Edition Collector (2 DVD) – Film + Bonus – Manuel Puig : Les Secrets de la Femme Araignée (9’)– La Femme Araignée Tisse sa Toile de David Weisman : un voyage rétrospectif au cœur du film avec William Hurt, Raul Julia, Sonia Braga, Hector Babenco, David Weisman, Manuel Puig, Leonard Schrader, Patricio Bisso etc. (109’) - Blu-ray – Carlotta

Film ♥♥♥♥

Bonus ♥♥♥♥

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