Le Banni de Howard Hughes en DVD

Dans sa nouvelle livraison, la collection Vintage Classics nous propose une autre curiosité : le second et dernier film réalisé par Howard Hughes.
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Ce milliardaire américain féru d’aviation et de cinéma avait déjà mis en scène Les Anges de l’Enfer , en 1930. Le tournage de ce film constitue d’ailleurs la première partie du film de Martin Scorcese, Aviator , avec Leonardo DiCaprio incarnant H. Hughes. Nous sommes ici dans l’univers du western avec un scénario qui ne s’embarrasse guère de vérités historiques. On y retrouve Billy the Kid (Jack Buetel), Pat Garrett (Thomas Mitchell) et Doc Holliday (Walter Huston), personnages emblématiques de l’Ouest américain. Doc Holliday arrive dans la ville de Lincoln, dans l’état du Nouveau Mexique. Il y retrouve un vieil ami à lui : Pat Garrett, devenu shérif de la ville. Ce dernier s’étonne d’avoir appris qu’il est arrivé par la diligence. Doc lui apprend qu’on lui a volé son cheval, dans une ville voisine. Or il s’avère que c’est Billy the Kid, présent également à Lincoln, qui a "emprunté" le cheval de Doc. Billy ne s’arrêtera d’ailleurs pas là. Il lui "empruntera" également sa fiancée, Rio (Jane Russell) quand ce n’est pas son tabac... Signalons que Doc Holliday ne rencontra absolument jamais les deux autres, dans la réalité.

Le producteur prit la relève

En fait, H. Hughes était le producteur de ce film que devait réaliser Howard Hawks avec qui il avait collaboré en 1932, en produisant Scarface qui connut un énorme succès, après maintes difficultés avec la censure. Dès le visionnage des premiers rushes des scènes tournées en extérieur, il reprocha à H. Hawks de ne pas assez filmer les nuages dans le ciel !... Il finit par le renvoyer au bout de deux semaines de tournage* et prit en main la réalisation.

Un budget multiplié par 8,5!

Le tournage prit alors un autre rythme car H. Hughes ne désirait filmer que l’après-midi et surtout la nuit. Sans parler des hésitations du metteur en scène qui tourna jusqu’à 103 prises de la même scène, le tournage s’éternisa. Inévitablement le budget s’en ressentit, initialement prévu à 400 000$, il atteignit les 3 400 000$ ! H. Hughes n’en avait que faire, il s’agissait de son propre argent et il en avait à profusion.Ce film fut l’occasion de découvrir, aux côtés de vieux de la vieille comme Thomas Mitchell et Walter Huston, pour la première fois à l’écran Jane Russell qui connut ensuite le succès que l’on connaît et un dénommé Jack Buetel, dans le rôle de Billy the Kid. H. Hughes, qui avait décidé d’en faire une star, lui avait fait signé un contrat de 7 ans, à raison de 150$ par semaine (plus de 2350$ d’aujourd’hui). A l’époque, ce genre de pratique était courant. Toutes les vedettes d’Hollywood avaient des contrats de ce type avec les studios. Le plus étonnant dans le cas de J. Buetel est que H. Hughes, pour d’obscures raisons, refusa de le libérer de son contrat ou de le prêter, comme cela se faisait habituellement le temps d’un tournage, à un autre studio.

Victime de la censure

Mais revenons à ce film qui connut aussi quelques soucis avec la censure sourcilleuse de l’époque. Elle exigea pas moins de 108 coupes liées aux divers sous-entendus sexuels de la relation entre Rio et Billy. H. Hughes, refusera pas moins de 105 des coupures et gèlera la diffusion du film pendant deux années.

En février 1943, sa sortie à San Francisco souleva un tollé général. H. Hughes attendra avril 1946 pour le rediffuser. Cela valut à l’exploitant d’un cinéma, un procès pour outrage à la pudeur. Le succès du film fut néanmoins confirmé après la projection de prestige à New York, en septembre 1947, et à Paris en juin 1948. Ce film au scénario invraisemblable, misogyne, multipliant des effets sonores totalement ratés et une scène totalement sado-maso, est vraiment une curiosité. Il démontre une nouvelle fois que l’argent ne fait pas le talent.

Collection Vintage Classics – Wild Side

Film♥♥ No bonus

* Howard Hawks ne resta pas longtemps inoccupé car il enchaîna avec le tournage du célèbre Sergent York avec Gary Cooper qui reçut pour ce rôle l’Oscar du Meilleur Acteur en 1941.

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