Le Coffret DVD World Cinema Foundation

Ce coffret édité par Carlotta est le premier volume d'une série à venir. Il reprend 4 classiques du patrimoine cinématographique mondial
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Ces films ont été restaurés grâce à la World Cinema Foundation. Cette structure à but non lucratif, qui a été lancée par Martin Scorsese à l’occasion du Festival de Cannes 2007, a pour but d’aider les pays en développement à sauvegarder leurs trésors cinématographiques avant qu’ils ne disparaissent. Il a voulu faire prendre conscience de la nécessité de conserver les films dans le meilleur état possible. La World Cinema Foundation, au-delà de consolider et de soutenir le travail des archives internationales, a pour but d’offrir une aide aux pays qui ne possèdent ni les infrastructures techniques ni les ressources pour faire ce travail eux-mêmes.

Un comité s’est constitué autour de Martin Scorcese. Parmi ses membres, nous trouvons?: Fatih Akin, Souleymane Cissé, Guillermo Del Toro, Stephen Frears, Alejandro González Iñárritu, Abbas Kiarostami, Deepa Mehta, Ermanno Olmi, Raoul Peck, Cristi Puiu, Walter Salles, Abderrahmane Sissako, Elia Suleiman, Bertrand Tavernier, Wim Wenders, Wong Kar-Wai, Tian Zhuangzhuang et bien d’autres cinéastes renommés.

Les Révoltés d’Alvarado

de Fred Zinnemann et Emilio Gómez Muriel

Ce film mexicain de 1936 porte la marque du très grand photographe américain que fut Paul Strand. C’est lui, en effet, qui est à l’initiative de ce film alors qu’il s’était installé dans ce pays. Avec l’aide du gouvernement de l’époque, il réussit à monter la production de ce film sur des fonds publics. Le projet était d’éduquer les millions de citoyens illettrés du pays et de les sortir de l’isolement. Il engagea un jeune cinéaste américain, Fred Zinnemann et se réserva la direction de la photographie. Emilio Gómez Muriel, quant à lui, joua plus le rôle d’interprète avec les techniciens et les pêcheurs d’Alvarado, qui jouèrent leur propre rôle, sur la côte de Veracruz où fut tourné le film. Il nous parle de leur condition de travail à un moment où le poisson fait cruellement défaut et qu’ils sont exploités par un mareyeur. Miro prendra la tête d’un mouvement de contestation. La révolte des pêcheurs se radicalisera et s’amplifiera... Les Bonus nous apprennent beaucoup sur les relations très tendues entre Paul Strand et Fred Zinnemann. Le premier pense photo, alors que le second pense cinéma. Ce qui ne peut être que conflictuel.

Film (58’) + Bonus?: Paul Strand et Les Révoltés d’Alvarado , l’historien James Krippner revient sur la carrière de Paul Strand et son rôle dans la conception du film (20’) – La restauration (2’)

Film ♥♥♥ Bonus ♥♥♥1/2

Le Voyage de la Hyène

de Djibril Diop Mambety

Ce film de 1973 est un classique du cinéma africain, réalisé par un cinéaste trop tôt disparu. Le Voyage de la Hyène était son premier long-métrage. Interprété par des acteurs non-professionnels, il nous plonge dans les quartiers pauvres de Dakar. Une jeune étudiante, Anta s’est amourachée de Mory, gardien d’un troupeau de zébus. Tous les deux rêvent de venir à Paris. Ils rêvent de s’y rendre pour échapper à leur sort. Un Paris fantasmé, idyllique. Ils sont prêts à tout pour se procurer l’argent du voyage mais pas toujours avec réussite. Après avoir acheté, non sans mal, deux billets pour la France, alors qu’ils se trouvent sur le bateau, Mory renonce finalement à partir.

Le film passe sans cesse du rêve au quotidien de ces quartiers pauvres de Dakar où comme nous le dit le frère du réalisateur, Wasis Diop, dans les Bonus?: « C’est à travers la hyène que le conteur africain peut se projeter. » À découvrir.

Film (87’’) + Bonus?: Éclipse lumineuse , Wasis Diop –frère et collaborateur de Djibril Diop Mambety- et sa fille, Mati –cinéaste- reviennent sur le film (25’) – La restauration (2’)

Film ♥♥♥ Bonus ♥♥♥

Transes

de Ahmed El Maanouni

Voici un film étonnant. Il est marocain et date de 1981. Il nous permet de découvrir le groupe Nass El Ghiwane. Il s’agit d’un groupe de musiciens formé dans les années 70 au cœur de l’un des quartiers pauvres de Casablanca. Dans leurs concerts, devant une foule en liesse, ils mêlent les grands thèmes traditionnels du Royaume Chérifien, du Maghreb en général et autres incantations laïques. Leur musique puise dans le creuset de la culture populaire. Leurs chansons racontent aussi bien les joies du monde qu’elles pleurent les poètes disparus, clamées au son de rythmes frénétiques. Car les percussions jouent un grand rôle dans la dynamique particulière de leurs concerts. Mêlées, au-delà des paroles et de leur contenu, à des thèmes et phases instrumentales répétitives, leur musique met peu à peu certains de leurs spectateurs en état de transe, qu’ils soient jeunes ou vieux.

Mêlant images de concerts, interviews, images d’archives anciennes, on pénètre dans l’univers de ce groupe, qu’un homme de théâtre considère plus comme étant « des comédiens qui chantent que des chanteurs » et les considère comme de véritables troubadours. On fait également une incursion dans ce qui finalement serait une tradition marocaine?: la transe. Des images d’archives le prouvent. Comme le dit Martin Scorcese?: « J’ai tout de suite été fasciné par la musique, mais aussi par la façon dont était conçu ce documentaire. Ce mélange de poésie, de musique et de théâtre permet de revenir à l’origine de ce qu’est la culture marocaine. Les musiciens chantent leur pays, leur peuple, leurs souffrances. »

Ce film existe aussi en version unitaire - Film (86’) + Bonus?: Transes , c’est toute une histoire de sa production à sa réalisation, Omar Sayed -membre du groupe du groupe Nass El Ghiwane-, Ahmed El Maanouni -réalisateur et scénariste du film- et Izza Génini –productrice- (21’) – La restauration (4’)

Film ♥♥♥♥ Bonus ♥♥♥1/2

La Flûte de Roseau

de Ermek Shinarbaev

Ce film kazakh date de 1989. À l’époque, le Kazakhstan était une des républiques de ce qu’on appelle aujourd’hui l’ex-URSS. Son metteur en scène a d’ailleurs étudié le cinéma à Moscou et fut diplômé en 1981. Il s’agit ici de son troisième film. Le troisième qu’il réalisa avec le même auteur Anatoli Kim, un russe d’origine coréenne.

Au début des années 40, des centaines de milliers de Coréens qui vivaient dans l’Extrême-Orient russe ont été chassé, du jour au lendemain, par Staline alors qu’ils vivaient là depuis le XIX° siècle. On les a expulsés parce qu’on les a considérés comme étant des traîtres et des ennemis publics. Depuis parler de ces russo-coréens est un sujet tabou. La Flûte et le Roseau raconte à sa manière la tragédie de cette population.

Nous sommes en 1915, dans la campagne coréenne. Jan, un instituteur pris soudainement de rage assassine une de ses élèves, la fille de Caj, un vieux paysan. Ce dernier traque l’assassin jusqu’en Chine mais, une fois arrivé face à lui, il ne trouve pas la force de le tuer. De retour, Caj décide d’épouser une seconde femme dans le seul but qu’elle mette au monde un garçon. Ce qu’elle fera. Sungu, qui naîtra, sera élever dans un seul but : la vengeance. Lorsqu’il aura atteint l’âge adulte, son père lui dira avant de mourir?: « Mon fils, tu es venu au monde pour un seul dessein?: la vengeance. Tant que justice ne sera pas faite, tu ne connaîtras ni femme, ni enfant, ni joie, ni douleur. Tu dois nous venger. Sinon tu n’accompliras pas ton destin. »

Ce film n’a quasiment jamais été projeté dans l’ex-URSS. Il n’a même jamais été diffusé sur les chaînes de télévision russes de l’après Perestroïka .

Le titre original du film étant Mest (signifiant Vengeance), Gilles Jacob, désireux de le présenter au Festival de Cannes demanda à Ermek Shinarbaev de trouver un autre titre, plus léger, plus poétique. Ce dernier appela le soir même Anatoli Kim. « Trouve-moi un titre plus poétique, s’il te plait? » lui demanda-t-il, « La flûte de roseau » lui répondit-il spontanément. Mais, dans ce film, vous ne verrez personne jouer avec une flûte de roseau...

Ce qu’il y a d’étonnant dans ce film est le glissement progressif vers une certaine poésie malgré son sujet. La photographie y est magnifique. Parfois l’ambiance générale flirte avec le symbolique sinon le fantastique.

Une véritable découverte.

Film (96’) + Bonus?: La Force de la poésie , le cinéaste kazakh évoque la singularité de son film (29’) – La restauration (2’)

Film ♥♥♥♥ Bonus ♥♥♥

Coffret 4 Films + Bonus – Inclus un Livret inédit de 36 pages?: avec un éditorial de Martin Scorcese et des textes de Kent Jones – Transes figure dans le Coffret mais également en édition single - Carlotta

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