Le Fleuve de Jean Renoir enfin en DVD et Blu-ray

Au-delà d'être son premier long-métrage en couleurs, Le Fleuve, qui est son trente-deuxième film, démontre l'attirance que Jean Renoir a eu pour l'Inde

Il l’a découverte tout d’abord en lisant, en 1946, le livre éponyme de Rumer Godden (auteur du Narcisse Noir évoqué ici ), romancière britannique qui vécut très longtemps dans ce pays, dont il acheta les droits.

Jean Renoir est alors à Hollywood où il est arrivé en 1941. Au-delà de fuir le nazisme, il voulait également oublier l’échec commercial de La Règle du Jeu (1939), considéré aujourd’hui pour être un chef d’œuvre, et repartir sur de nouvelles bases. Il y a tourné six films mais ses relations avec les studios et les producteurs se sont détériorées. Le producteur Darryl F. Zanuck déclara même « Renoir a beaucoup de talent, mais il n'est pas des nôtres . »

Aucun producteur hollywoodien ne voulant entendre parler d’un film tourné en Inde sans chasse aux tigres et autres Maharadjahs, Renoir commençait à douter. C’est finalement Kenneth McEldowney, un fleuriste dont le magasin était proche des studios d’Hollywood, un producteur amateur sans aucune expérience, qui monta le projet, ayant appris qu’il avait une option sur les droits cinématographiques du roman. En 1949, Jean Renoir put alors effectuer son premier voyage en Inde. « Je ne me suis pas rendu compte que j’allais trouver en Inde une des plus grandes inspirations de ma vie. […] Je viens de découvrir la beauté et la qualité du monde antique. […] Etre confronté chaque jour à des hommes qui rament sur le Gange et qui sortent directement d’un bas-relief égyptien, ou à une jeune fille en sari qui fait simplement son marché et qui a l’air d’une tanagra vivante, croyez-moi, c’était exactement le choc qu’il me fallait après huit ans à Hollywood. » écrira-t-il à un ami le 14 avril.

Vivre au Bengale au bord du Gange

Mais le scénario n’est pas encore écrit. Rumer Godden, qui avait été très déçue par l’adaptation qu’avaient de son roman Le Narcisse Noir , Michael Powell et Emeric Pressburger, ne voulait plus entendre parler de cinéma. C’est en apprenant que Jean Renoir et sa femme avait passé une nuit dans la maison de son enfance qu’elle se ravisa et accepta de collaborer avec lui. En fait, Nancy, sa sœur, avait servi de guide à Renoir, tout le long de son voyage dans le pays.

« Voici le récit de mon premier amour, de ma jeunesse sur les rives d’un grand fleuve. » Ce sont par ces mots que débute le film qui se déroule dans la région de Calcutta, dans la nature luxuriante du Bengale. Nous sommes dans une famille d’expatriés britanniques. Ils vivent sur les bords du fleuve sacré, le Gange. La fille aînée, Harriet, une jeune adolescente romantique, partage ses loisirs avec Valérie, la fille unique d’un riche propriétaire anglais. Elles sont amies avec Mélanie, née d’une mère indienne et d’un père anglais. Mais un beau jour, le capitaine John arrive. Les trois jeunes filles ne tardent pas à tomber amoureuses de cet étranger. « Nous fuyions soudain notre enfance... en nous précipitant vers l’amour ».

Un film d’une beauté rare qui s’il résonne parfois des cris joyeux des enfants qui s’amusent, s’il aborde l’éveil à la sensualité des jeunes filles, laisse une grande part aux rites indiens et a parfois des aspects documentaires. Le mélange de comédiens professionnels et d’amateurs participe du charme de ce film très raffiné. Harriet est interprété par Patricia Walkers, une amateur ; son petit frère Bogey est, en fait le fils de Nancy Godden ; le capitaine John est incarné par un acteur sans expérience, Thomas E. Breen, alors que Renoir pensait dans un premier temps à engager une vedette hollywoodienne pour valoriser le film aux USA. Dans sa short-list , il avait pensé à Glenn Ford, à James Mason, à Van Heflin ou encore à Marlon Brando. Finalement il avait confié le rôle à Mel Ferrer qui, malgré un contrat signé, refusa le rôle au tout dernier moment.

Un poème visuel

Jean Renoir a réalisé ici une sorte poème sur la vie et la mort imprégné de la spiritualité orientale. Il s’est entouré de techniciens indiens qu’encadraient certains de ses collaborateurs ou proches. Son neveu Claude Renoir est le Directeur de la photographie et Eugène Lourié, son fidèle Décorateur, Directeur artistique. Celui-ci alla même jusqu’à faire repeindre en vert le gazon d’une des scènes pour éviter les demi-teintes. À l’époque, ce n’était pas une mince affaire que de tourner en Technicolor, d’autant qu’il leur fallait trois semaines, au grand minimum, pour voir les rushes revenant du laboratoire situé à Londres.

L’excellence des Bonus vous en apprendra beaucoup sur ce film qui connut un énorme succès tant aux USA, qu’en France et fut couronné par le Prix International de la Mostra de Venise.

Une véritable réussite. Un film enchanteur qui devrait figurer dans toute DVDthèque ou Blu-raythèque qui se respecte.

Coffret 2 DVD - Film (95’) + Bonus – Entretien avec Martin Scorcese (13’) – Autour du fleuve , un film inédit d’Arnaud Mandagaran (60’) – La partie DVD-Rom a été élaborée par Alice Vincens (enseignante à l’ESAV, Université de Toulouse II) en collaboration avec Dominique Galaup-Perusa (enseignante en lycée) et Isabelle Labrouillère (enseignante à l’ESAV). Les éléments contenus dans cette partie DVD-Rom permettent d’éclairer certaines dimensions du film de Renoir à travers un dispositif interactif et des ressources téléchargeables – Blu-Ray - Carlotta

Film ♥♥♥♥1/2

Bonus ♥♥♥♥♥

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