Le Havre d'Aki Kaurismäki en DVD et Blu-ray

L'univers décalé du cinéaste finlandais au service de la générosité

Ce n’est plus ce que c’était, le métier de cireur de chaussures... On est même parfois traité de terroriste par les marchands de chaussures, surtout quand on s’appelle Marx, Marcel Marx.

Il est ex-écrivain qui s’est exilé volontairement dans la ville portuaire du Havre où son métier honorable mais non rémunérateur de cireur de chaussures lui donne le sentiment d’être plus proche du peuple en le servant. Il a fait le deuil de son ambition littéraire et mène une vie satisfaisante dans le triangle constitué par le bistrot du coin, son travail et sa femme Arletty, quand le destin met brusquement sur son chemin un enfant immigré originaire de Libreville, d’Afrique noire.

Quand au même moment Arletty tombe gravement malade et doit s’aliter, Marcel doit à nouveau combattre le mur froid de l’indifférence humaine avec pour seules armes son optimisme inné et la solidarité têtue des habitants de son quartier. Il affronte la mécanique aveugle d’un État de droit occidental, représenté par l’étau de la police qui se resserre de plus en plus sur le jeune garçon refugié.

Il se révolte contre le sort réservé aux extra-communautaires

Comme à son habitude, Aki Kaurismäki aime bien les ambiances décalées, les personnages à la lisière du burlesque. Avec ce film, il aborde néanmoins une phase beaucoup plus engagée socialement, politiquement. Le sort que réservent les États aux immigrés l’indigne. « Le cinéma européen ne traite pas beaucoup de l’aggravation continue de la crise économique, politique et surtout morale causées par la question non résolue des réfugiés. Le sort réservé aux extracommunautaires qui tentent d’entrer dans l’Union Européenne est variable et souvent indigne. Je n’ai pas de réponse à ce problème, mais il m’a paru important d’aborder ce sujet dans un film qui, à tous égards, est irréaliste » explique-t-il.

Les personnages d’Aki Kaurismäki traduisent ici, dans ce "conte de fées", comme il le qualifie lui-même, toujours son amour des "petites gens" et de la condition humaine, où le burlesque tutoie souvent le tragique. « Je trouve que les plus beaux traits de l’homme surgissent dans les situations désespérées. La dignité, la solidarité, la fraternité, j’y crois. Ou en tout cas, je fais bien semblant sinon il y a de quoi devenir fou » avoue-t-il.

Ce film plusieurs fois récompensé * a remporté le Prix Louis Delluc 2011, du Meilleur Film français, bénéficie de l’interprétation étonnante et très distanciée d’André Wilms, dans le rôle de Marcel Marx. On y croise également Jean-Pierre Darroussin qui incarne le commissaire Monet. On y aperçoit également Pierre Étaix ou encore Jean-Pierre Léaud, dans des seconds rôles.

La mise en scène de ce film tendre et généreux, aux plans très composés, rend hommage au cinéma français des années 30, à ce réalisme poétique des films de Carné et Prévert, entre autres. Il y a de la nostalgie chez Aki Kaurismäki qui a néanmoins réussi à faire ici un film optimiste sur la solitude.

Film (90’) + Bonus – Acteurs, acteurs?: entretiens avec André Wilms et Jean-Pierre Darroussin (21’) – Journal de Cannes (8’) Essais de Blondin Miguel (8’) – 2 Clips de Little Bob Blu-ray – Pyramide Video

Film ♥♥♥♥

Bonus ♥♥♥1/2

* Sélection officielle du Festival de Cannes 2011. Prix de la critique internationale, Prix du jury œcuménique (Mention spéciale)

Sur le même sujet