Le manteau d'Alberto Lattuada en DVD

Ce très étonnant film, de 1952, a été adapté d'une nouvelle de Gogol, un des auteurs préférés d'Alberto Lattuada (1914-2005), éditée en 1843.
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Il a transposé l’action qui se passait à Saint-Pétersbourg l'hiver, à Pavie, une ville de province, de Lombardie, au nord de l’Italie, bâtie sur les rives du Tessin.

Le film débute sur un ton très réaliste, proche du naturalisme de la nouvelle, néo-réaliste puisque nous sommes en Italie. Mais peu à peu le ton change avec l’intrusion d’effets comiques, pour ne pas dire burlesques car A. Lattuada a engagé pour incarner le rôle principal de Carmine De Carmine*, Renato Rascel, un acteur comique connu pour ses jeux de mots et qui a surtout travaillé dans les spectacles de variétés et les revues musicales.

Nous sommes au début des années 50, Carmine De Carmine est un modeste et médiocre employé aux écritures d’une mairie. Maladroit, pas très bien payé, il porte cet hiver un manteau troué dont ses collègues se moquent. Il n’a pas assez d’argent pour s’en payer un neuf. Le maire, qui a des de grandes ambitions politiques et se voit déjà sénateur, demande à Carmine de lui servir de secrétaire, à l’occasion de la visite des lieux d’un futur projet d’urbanisme. Mais ce travail va bien au-delà des compétences de Carmine. Incapable de prendre la moindre note, la lecture qu’il en fait au Conseil municipal tourne à la catastrophe.

Convoqué pour être renvoyé, il surprend une conversation qu’il n’aurait jamais du entendre. Elle est en tout très compromettante pour le Secrétaire général de la mairie qui devait le recevoir pour le licencier. De façon à ce que Carmine n’ébruite pas ce qu’il a entendu, non seulement, il ne sera pas viré mais se voit recevoir une prime de productivité de 10 000 lires... Avec cette somme ajoutée à quelques 15 années d’économie, Carmine pourra s’offrir un manteau neuf, sur de mesure de surcroît, avec un col en fourrure, qui fera bien des envieux.

Ce conte social ne manque pas d’humour dans le portrait d’un bureaucrate tout aussi craintif qu’insignifiant, étonnamment incarné par Renato Rascel qui donne parfois des accents chapliniens à son personnage.

Une curiosité, un film à part dans l’univers de la comédie italienne.

Film + Bonus – Le Manteau au fil du temps : dans un entretien avec la cinéaste Annarita Zambrano, Paolo Mereghetti, critique de cinéma, revient sur l’adaptation de la nouvelle de Gogol et la vision à la fois réaliste et fantastique d’Alberto Lattuada – Scènes alternatives – Carlotta

Film ♥♥♥

Bonus ♥♥♥

* Dans la nouvelle initiale, le personnage principal s’appelle Akaki Akakievitch Bachmatchkine.

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