Le Narcisse Noir en DVD et Blu-ray

Voici un film "magique" de Michael Powell et Emeric Pressburger car on ne l'oublie pas

Après un premier visionnage, on se demande même si on ne devrait pas enchaîner sur un second, pour en pénétrer l’âme...

Ce film, que d’aucuns qualifient de chef d’œuvre établit peu à peu un rythme, une dramaturgie magnifiquement filmée en Technicolor, qui ne manque véritablement pas de charme. La flamboyance des couleurs maîtrisée par le célèbre Directeur de la photographie, Jack Cardiff, participent de cet ensemble coordonné par The Archers . Cette structure de production britannique, soutenue par The Rank Organisation , que nous avons déjà évoquée, à l’occasion de la réédition des Chaussons Rouges (voir ici ).

Michael Powell et Emeric Pressburger, alors qu’ils étaient deux personnalités diamétralement opposées, autant le premier était souriant et jovial, autant le second était réfléchi et silencieux, ont conçu une œuvre d’art plurielle, d’une très grande cohérence plastique. Leur partenariat a pris forme avec la création de The Archers , en 1942. Tous leurs films, aussi ambitieux qu’inventifs, porteront dès lors la mention particulièrement originale?: "Écrit, produit et réalisé par Michael Powell et Emeric Pressburger". Ce crédit partagé contient l’essence même de leur collaboration et exprime toute leur complémentarité.

Un film sorti en 1947 : année de l'indépendance de l'Inde

Le Narcisse Noir , qui a été tourné avant Les Chaussons Rouges , est sorti en 1947 : année de l’Indépendance de l’Inde. Car l’histoire de ce film se déroule là-bas, inspirée d’un roman de Rumer Godden. Dans une Inde un peu déstabilisante au début. On ne sait si on ait dans une Inde fantasmée, pour ne pas dire d’opérette ou un documentaire maniéré... Michael Powell le reconnaît lui-même?: « J’ai commencé à travailler sur Le Narcisse Noir comme le ferait un réalisateur de documentaires, ou presque, mais j’ai fini par devenir un producteur d’opéra. » Car très vite, on est happé par l’atmosphère, la magnificence des décors, de la nature environnante, parfois vertigineuse...

Mais venons-en à ce récit. Une jeune religieuse, sœur Clodagh, qu’interprète Deborah Kerr, est nommée sœur supérieure à Mopu, un site de l’Himalaya, dans le Darjeeling, à 2?500 mètres d’altitude. Elle doit y créer la «?maison de la sainte foi?» dans les bâtiments de ce qui était autrefois un harem. Avec d’autres religieuses, mission lui a été confiée de bâtir un dispensaire et une école où elles enseigneront l’anglais. Elles seront épaulées dans leurs tâches par Mr Dean (incarné par David Farrar), un curieux personnage, un anglais installé depuis longtemps à Mopu et qui sert à l’occasion de médiateur avec la population locale, même si celle-ci entend poursuivre ses rituels traditionnels et vivre selon ses coutumes.

A vivre et travailler dans un ancien harem dont les décorations sont plus que suggestives va perturber la vie des religieuses. Mr Dean ne sera pas étranger à l’affaire car avant d’entrer en religion, certaines sœurs ont connu d’autres histoires et certaines voudront connaître d’autres expériences. Mr Dean ne manquera pas de dire : « Quelque chose dans l’atmosphère change tout ici en l’exagérant. » La jalousie naîtra notamment entre sœur Ruth et sœur Clodagh, la première jugeant l’autre trop proche de ce Mr Dean...

Avec ce film, il faut oublier tout a priori et se laisser porter. Certains plans relèvent parfois d’une symbolique trop appuyée mais ils participent de façon cohérente à cette "magie" que j’évoquais au début de cette chronique. Quand vous apprendrez que ce film a été entièrement tourné en studio à Pinewood, dans la banlieue londonienne, vous le regardez autrement. Quand vous saurez que toutes ces montagnes que l’on voit au loin, ne sont que des peintures, qu’en fait, les lieux évoqués ne correspondent à aucune réalité géographique... Le pouvoir d’illusion est ici grandissime. Pas un seul plan n’a été filmé en Inde. C’est la marque de l’immense talent de Michael Powell.

Un film à voir et à déguster, le témoignage d’un cinéma comme on n’en fera plus...

Film (97’) + Bonus – Il était une fois Le Narcisse Noir (Collaborateurs et proches des Archers se souviennent...) 24’ – Spectrum (Darius Khondji, Directeur de la photo livre une précieuse analyse du film et décrit son approche personnelle de la lumière au cinéma) 32’ – Blu-Ray - Carlotta

Film ♥♥♥♥

Bonus ♥♥♥♥

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