L'Enfant d'en Haut de Ursula Meier en DVD

Quand on habite dans un HLM, en bas dans une sombre vallée industrielle, et qu'en haut des montagnes, qui vous entourent, des gens profitent du soleil...

Cette situation a donné des idées à Simon, 12 ans, qui n’en manque pas. Malgré son jeune âge, il a monté sa "petite entreprise". En fait, tous les jours, il emprunte la télécabine qui le mène aux sommets des pistes. Là-haut, il vole tout ce qui peut avoir un rapport avec le sport alpin?: gants, lunettes, skis, casques, chaussures, etc. Il les revend, en bas, aux jeunes de la cité HLM qui profitent du peu de neige dont ils disposent mais surtout des tarifs très attractifs que leur propose Simon, pour leur équipement.

On ne sait pas grand-chose de lui, si ce n’est qu’il vit avec sa sœur, Louise, qui a un peu plus d’une vingtaine d’années. Celle-ci qui vient de démissionner à nouveau d’un de ces "boulots de merde", comme elle dit, auxquels elle semble habituée, va profiter des revenus que Simon va tirer de ses larcins. Au regard de la situation, Simon va prendre plus de risque, augmenter la cadence, pour subvenir aux dépenses courantes.

Là-haut Simon devient Julien

Simon quand, il est là-haut, s’est inventé un personnage. Il se fait appeler Julien, fait croire que ses parents dirigent un "très grand hôtel"... alors qu’il a dit à un commis de cuisine britannique, avec qui il traficote du matériel de ski, qu’ils sont décédés dans un accident de voiture... Là-haut, Simon joue un rôle qu’il abandonne revenu en bas. Au pied de la télécabine, il s’est débrouillé pour disposer d’un vestiaire. Il y laisse les habits de Julien pour redevenir Simon, c’est sa loge. Autant, Julien a une allure bourgeoise, poli, affable, serviable, s’essayant à parler anglais, autant Simon vit un rapport ambigu avec sa sœur dont le comportement change. Tout dépend si elle est seule avec lui ou si elle est avec un de ses amants. Elle l’aime ou le déteste. Lui que l’on devine angoissé par la peur du manque d’argent, d’affection, essaie d’oublier tout ça dans une activité débordante. Comme si plus il volera en haut mieux il se sentira en bas. Mais la réalité est toute autre.

Je ne dirai rien de plus sur ce film qui mérite véritablement d’être visionné car il est beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît. Le sujet aurait pu glisser vers le mélodrame or il n’en est rien et reste sur un mode réaliste. La mise en scène de Ursula Meier est sans affèteries et elle ne juge en aucun cas les protagonistes dont la misère sociale et psychologique est évidente. Elle se révèle de plus être une excellente directrice d’acteur. À ce titre, le jeune Kacey Mottet Klein, qui incarne Simon/Julien, a une présence exceptionnelle. Quant à Léa Seydoux, elle confirme ici son talent et nous ne pouvons que louer son ambition d’actrice en appréciant les choix de ses rôles et les défis qu’elle se donne, en acceptant d’interpréter des personnages pas si évidents que cela à tenir.

Un film à découvrir en attendant qu’Ursula Meier atteigne cette universalité que les frères Dardenne distillent brillamment mais il ne s’agit que de son second film pour le cinéma... Une vraie cinéaste à suivre.

Film (95’) + Bonus – Entretien croisé avec Ursula Meier et Agnès Godard (18’) – Scènes commentées par Ursula Meier et Léa Seydoux (28’) – Entretien avec Ursula Meier par Michel Ciment –dans le cadre de l’émission «? Projection Privée ?» sur France Culture- (50’) - Diaphana

Film ♥♥♥1/2

Bonus ♥♥♥

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