Les Chaussons Rouges enfin en DVD et Blu-Ray

Ce film, sorti en 1948, en Technicolor qui a été entièrement restauré en HD est un des monuments du cinéma mondial
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« Le plus beau film en Technicolor. Une vision jamais égalée » dit de lui Martin Scorcese*. Il a été signé par deux cinéastes précurseurs, Michael Powell et Emeric Pressburger, qui figurent avec Alfred Hitchcock ou David Lean parmi les grands maîtres du cinéma britannique.

Cette grandiose production est imprégnée d’une insaisissable magie, ce grand classique possède la capacité rare de marquer à jamais les esprits des spectateurs. Martin Scorsese, Francis Ford Coppola, Brian De Palma ou encore George Romero ont tous déclaré que leur envie de faire du cinéma n’aurait pas été aussi définitive sans leur toute première vision du film. « Je peux me le repasser image par image dans ma tête. (...) C’est le plus grand film que je connaisse sur la création artistique. C’est pour cela qu’il nous a touchés à ce point, le ballet est une métaphore de toutes les œuvres artistiques » nous dit Brian De Palma. Francis Ford Coppola est plus radical encore en proclamant que Les Chaussons Rouges est « Le seul film à voir avant de mourir. »

Mais que nous raconte ce film devenu mythique ?

Tout commence quand un groupe d’étudiants, qui a fait la queue pendant six heures, pénètre enfin dans la salle où un nouveau ballet de la Compagnie de danse Lermontov doit être interprété. L’un des étudiants Julian Crasner sera fort surpris d’entendre un des morceaux qu’il a composé parmi les thèmes de la musique d’ouverture du ballet, signé de l’un de ses professeurs au Conservatoire. C’en est trop. Il s’insurge et après la représentation va à la rencontre de Boris Lermontov à qui il explique son cas. Ce dernier, qui fait référence dans son domaine, lui dit sagement : « Il est bien plus déprimant d’avoir à voler que d’être volé... » et l’engage pour être le nouveau répétiteur de l’orchestre à Covent Garden, mythique salle de spectacle et de concert de Londres.

Le même soir, Boris Lermontov est invité à une réception chez la tante d’une jeune danseuse : Victoria Page. Cette dernière s’arrange pour rencontrer le célèbre directeur de ballet. Tout d’abord agacé de se sentir approché par une jeune ambitieuse, Boris Lermontov ne tarde pas à interroger Victoria : « Pourquoi voulez-vous danser ? » Et cette dernière de lui répondre du tac au tac : « Pourquoi voulez-vous vivre ? » Il l’engagera dans sa troupe.

Le thème du film est lancé. Peut-on concilier vie privée et art ? Boris Lermontov est catégorique en la matière. Il virera sans ménagement une danseuse étoile qui venait d’annoncer qu’elle allait se marier. « La danseuse qui s’abandonne aux douceurs suspectes de l’amour ne sera jamais une grande danseuse. Jamais ! » Victoria va devenir alors son interprète préférée. Il veut faire d’elle une grande danseuse et lui fait interpréter tous les plus grands rôles du répertoire.

" Les Chaussons Rouges " est le titre du nouveau ballet que compte monter le très exigeant Boris Lermontov. Il a tout d’abord confié à Julian Crasner le soin d’écrire les arrangements d’une partition déjà écrite avant de lui faire confiance pour récrire le tout. Lermontov en explique ainsi le contenu : « Le ballet est tiré d’un conte d’Andersen**. C’est l’histoire d’une jeune fille qui brûle d’envie de danser avec des chaussons rouges. Elle obtient ces chaussons, danse et au début elle est heureuse. Le soir venu, fatiguée elle veut rentrer chez elle. Mais les chaussons rouges ne sont pas fatigués. Ils ne le sont jamais. Ils la font danser dans les rues à travers monts et vallées, à travers champs et forêts, nuit et jour. Le temps passe... l’amour passe... la vie passe... mais les chaussons rouges dansent toujours. Qu’arrive-t-il à la fin ? Elle meurt. »

Le ballet est la pièce maîtresse du film

Un film dans le film qui fera dire à des professionnels qu’enfin existait « un vrai film sur la danse avec de vrais danseurs. » Pas besoin d’être balletomane pour apprécier ces 17 minutes de pur bonheur cinématographique. Le talent de Michael Powell est à son apogée, porté par la direction artistique du peintre et décorateur Hein Heckroth. On n’assiste pas à la projection d’un ballet filmé sur scène car la caméra nous amène, nous transporte à l’intérieur même de l’univers conçu par H. Heckroth.

Victoria Page, bien que harcelée par Boris Lermontov qui lui rappelle sans cesse la nécessité de se consacrer à son art, va néanmoins tomber amoureuse de Julian Crasner, le brillant compositeur de la musique des " Chaussons Rouges ". Elle devra en tirer les conséquences, Julian aussi...

Mêlant mélodrame et représentation théâtrale, Powell et Pressburger ont conçu une œuvre d’art plurielle, d’une très grande cohérence plastique. Leur partenariat a pris forme avec la création en 1942 de leur société de production The Archers. Tous leurs films porteront désormais la mention particulièrement originale : "Écrit, produit et réalisé par Michael Powell et Emeric Pressburger". Ce crédit partagé contient l’essence même de leur collaboration et exprime toute leur complémentarité.

Parabole amère sur le monde du spectacle et de la création artistique, ce film doit sa réussite au talent conjugué des membres de son équipe. Que ce soit la mise en scène fantastique de Michael Powell, l’écriture aiguisée de Pressburger, le Technicolor parfaitement maîtrisé du chef-opérateur Jack Cardiff, les chorégraphies de Robert Helpmann, la partition de Brian Easdale, sans oublier les interprétations de la danseuse Moira Shearer (qui incarne Victoria Page) et d’Anton Walbrook (qui interprète ce fabuleux personnage qu’est Boris Lermontov).

« Les Chaussons Rouges est un film insolent, envoûtant par sa manière d’affirmer que rien ne compte plus que l’art, et que l’art vaut qu’on meure pour lui. » dira plus tard, dans ses mémoires, Michael Powell.

Un film exceptionnel qui devrait figurer dans toute DVDthèque ou Blu-Raythèque de tout cinéphile qui se respecte.

Coffret Collector (2 DVD) – Film + Bonus – La restauration des "Chaussons Rouges" présentée par Martin Scorcese – Il était une fois les "Chaussons Rouges" – Rencontre avec Thelma Schoonmaker Powell – Ballet Flamboyant – Blu-Ray (avec les mêmes Bonus) - Carlotta

Film ♥♥♥♥♥

Bonus ♥♥♥♥

* qui ajoute : « Il n’y avait quasiment rien d’écrit sur Michael Powell et Emeric Pressburger quand nous étions jeunes réalisateurs. On se demandait comment le même homme qui avait fait Une Question de Vie ou de Mort , Les Chaussons Rouges , Le Narcisse Noir et Le Colonel Blimp pouvait aussi avoir fait Le Voyeur . En fait, nous avons pensé pendant un moment que Michael Powell était un pseudonyme utilisé par d’autres réalisateurs. »

** intitulé en réalité Les Souliers Rouges

Sortie le 9 novembre

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