Les Femmes du Bus 678 en DVD

Ce film égyptien de 2010 de Mohamed Diab est sorti un mois avant la fameuse "Révolution" qui secoua le pays
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Il connut un succès considérable. Il est basé sur des faits réels, à savoir le premier procès pour harcèlement sexuel qui eut lieu en 2008. Une enquête, à l’époque, avait démontré que deux tiers des égyptiens s’étaient rendus coupables d’une manière ou d’une autre de pareil harcèlement. 83% des égyptiennes déclaraient en avoir été victimes...

Mohamed Diab, qui a suivi le procès, décida d’en tirer un scénario pour réaliser un court-métrage. Mais Boushra, une chanteuse très populaire en Égypte, à qui il avait proposé le rôle lui fit changer d’avis. Ce ne serait plus un court mais un long métrage, qui plus est, elle le produirait.

C’est à travers le portrait de trois femmes, de classe sociale différente, que le très convaincant Mohamed Diab (l’entretien qu’il donne en Bonus est à voir absolument) nous livre un portrait de l’Égypte contemporaine. Fayza, Seba et Nelly souffrent ou ont souffert de l’attitude de leurs contemporains. Combien de femmes préfèrent prendre le taxi plutôt que le Bus 678?? Elles préfèrent dépenser de l’argent plutôt que se faire sans arrêt tripoter par des mâles en manque. À croire que pour ces derniers, il s’agit d’un sport national, un tabou dont personne ne parle... Les règles de la chasteté dictées par la religion ne pouvant que créer des frustrations d’ordre sexuel.

Un film engagé pour une juste cause

Le scénario du film est assez bien ficelé. Il a parfois recours à des subterfuges devenus aujourd’hui éculés (la même scène vue et revue en fonction du protagoniste) mais le tout est rondement bien mené et dresse un bilan peu flatteur pour un pays qui se voudrait en développement. Mohamed Diab signale, dans les Bonus, que les deux autres pays où les femmes souffrent le plus de harcèlement sexuel sont l’Inde et le Mexique. Mais le point commun entre ces pays n’est non pas religieux mais économique... « Le harcèlement n’est pas un problème spécifiquement égyptien. Cela touche de nombreux pays en développement car il fait son lit de la pauvreté, de l’oppression et de l’ignorance » nous dit-il.

Ce film n’existerait pas, comme nous l’avons dit, sans la volonté de la chanteuse Boushra, dans le rôle de la traditionaliste Fayza, mais également sans Nelly Karim dans celui de Seba, celle qui exhorte les femmes à se révolter, à humilier ceux qui les humilient, et Nahed El Seba (vue dans l’excellent Les Femmes du Caire , chroniqué ici ) qui interprète Nelly, celle qui malgré les pressions de toute sorte poursuit son action en justice.

Prix du Public au Festival du Cinéma Méditerranéen de Montpellier et «Coup de Foudre?du Public» pour l’hebdomadaire professionnel Écran Large , ce film mérite largement d’être visionné tout autant par les hommes que par les femmes.

Film (98’) – Bonus : Entretien avec Mohamed Diab (20’) Pyramide Video

Film ♥♥♥1/2

Bonus ♥♥♥♥

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