Les Neiges du Kilimandjaro de R. Guédiguian

Après un polar et un film historique, Robert Guédiguian revient pour notre plus grand bonheur sur ses terres en DVD et Blu-ray

Né dans le quartier populaire de l’Estaque, il désirait revenir sur les lieux où il a commencé à regarder le monde et « voir comment il est aujourd’hui, pour en tirer, peut-être, deux ou trois choses universelles » comme il dit. Et il a réussi avec ce film, renouant avec ses fondamentaux tant sur la forme que sur le fond avec ses acteurs fétiches : Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin et Gérard Meylan.

Il s’est inspiré pour ce faire d’un poème de Victor Hugo : Les Pauvres Gens* . Dans le poème il y a de la bonté, de la générosité. Avec son scénariste (Jean-Louis Milesi), il a su introduire de la contemporanéité, une dimension syndicale sinon politique et cette capacité à oublier, propre à l’être humain, et qui selon Nietzsche est la condition du bonheur comme celui que l’on partage avec ses amis.

À la suite d’un compromis avec la Direction de son entreprise, Michel Marteron (Jean-Pierre Darroussin), délégué syndical a été licencié. Il a accepté qu’un tirage au sort soit effectué et désigne 20 personnes sur l’ensemble des effectifs. Alors qu’il aurait très bien pu ne pas inscrire son nom sur l’une des fiches mises dans l’urne, il l’a fait, refusant tout passe-droit, et c’est lui-même qui s’est désigné...

Un cinéma de la générosité

Cela fait trente ans que Michel et Marie-Claire (Ariane Ascaride) s’aiment et vivent près de leurs enfants, petits-enfants, qui les comblent. Ils ont aussi des amis. Ils sont fiers des combats qu’ils ont menés mais il est temps pour eux de passer à autre chose. Tout du moins le croient-ils car leurs consciences sont aussi transparentes que leurs regards. Il est sûr que l’inactivité mine de temps à autres Michel mais Marie-Claire, qui continue de travailler comme aide-ménagère, sait le recadrer, à sa manière.

À l’occasion de leurs 30 ans de mariage, ils vont organiser une fête. Ce sera l’occasion pour eux d’inviter leurs amis et pour Michel d’inviter les dix-neuf autres licenciés de son ancienne entreprise. Mais une surprise les attend. Les invités se sont cotisés pour leur offrir un voyage en Tanzanie, un safari au pied du Kilimandjaro**. Ils ont pensé à tout : billet d’avion, séjour à l’hôtel mais aussi argent de poche pour les divers défraiements...

Tout va voler en éclat quand un beau soir, alors qu’ils jouent aux cartes avec Denise, la sœur de Marie-Claire (Marilyne Canto) et Raoul (Gérard Meylan) son mari, deux individus, armés et masqués, pénètrent chez eux. Ils sont molestés. On les attache et on leur vole leurs cartes bancaires ainsi que les billets pour la Tanzanie et l’argent récolté pour leurs frais de voyage. Tout un monde s’écroule pour Michel et Marie-Claire. Leur désarroi sera d’autant plus grand quand ils apprendront que l’un de leurs agresseurs est un de ces licenciés tirés au sort par Michel...

Le documentaire qui figure dans les Bonus est remarquable car il nous démontre comment Robert Guédiguian travaille depuis qu’il fait du cinéma, en fait « depuis qu’il ne fait plus de politique », comme il dit, avec toujours cette même bande de copains marseillais pour la plupart qu’ils soient comédiens ou techniciens. Robert Guédiguian aime travailler "en famille" et cela se sent ici, à travers le sentiment de solidarité qui se dégage du film.

« Un film populaire est un film qui révèle aux gens la grandeur qu’ils ont en eux » disait André Malraux. Un film simple, authentique, généreux et humain qui parle de pardon sans les travers de la religiosité.

Un grand et beau film à voir absolument.

Film (105’) + Bonus – De la famille et d’un amour immodéré documentaire sur Robert Guédiguian de Angelo Bozzolini et Federica De Paolis (66’) – Blu-Ray - Diaphana

Film ♥♥♥♥

Bonus ♥♥♥♥

* Quand on lui posa la question de savoir comment l’idée lui était venue de prendre comme point de départ ce poème, il répondit : « La fin du poème, l’adoption des enfants de la voisine par le pauvre pêcheur et qui découvre que sa femme l’a devancé en les ramenant chez eux, est absolument bouleversante. Un tel élan de bonté, un tel excès de cœur, c’est exemplaire. Et, en plus, il y a cette concordance, ce geste amoureux des deux personnages, l’homme et la femme, qui sont à égalité dans la générosité. J’ai immédiatement pensé que ça ferait une magnifique fin de film. Il ne restait plus qu’à trouver un chemin contemporain pour arriver à cette fin là. »

** La chanson « Les Neiges du Kilimandjaro » sera chantée par les enfants lors de l’anniversaire de mariage (La musique de cette chanson de 1966 a été composée par Pascal Danel qui en a été l’interprète, les paroles de Michel Delancray et les arrangements, dans sa version initiale, de Laurent Voulzy).

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