L'Etrangère de Feo Aladag en DVD

Un film grave, bouleversant, sur la condition féminine d'une jeune turque d'origine allemande, partie se marier à Istanbul et obligée de revenir à Berlin

Après avoir été comédienne, Feo Aladag a décidé de passer derrière la caméra. L’idée de ce film, qu’elle a écrit, produit et réalisé, pour avoir une liberté artistique complète, a germé dans son esprit après avoir tourné plusieurs spots institutionnels pour Amnesty International sur le thème le la « Halte à la violence aux femmes ». Si la jeune Umay (magnifiquement incarnée par Sibel Kekilli, vue dans Head On de Fatih Akin , en 2004), qui n’a que 25 ans, a décidé de retourner en Allemagne c’est pour protéger son fils (Cem) et elle, de la violence de son mari Kemal.

Mais son retour à Berlin est fort mal vécu par sa famille, prisonnière de ces valeurs surannées que sont respect des traditions et des coutumes. En séparant le fils de son père, elle aurait fait de lui un "bâtard", ce qui serait "insupportable", au sein de la communauté. Son père, profondément traditionaliste n’a que faire d’entendre la souffrance de sa fille. Un fils doit rester avec son père, un point c’est tout.

Le désir universel d'être aimé

Alors qu’Umay ne cherche qu’à se rapprocher de sa famille, elle ne va qu’attiser animosité et violence à son égard. Comme le dit Feo Aladag : « ce film évoque le désir universel d’être aimé par ses proches pour ce que l’on est, et non pour le style de vie qu’on a choisi. »

Obligée, une nouvelle fois, de partir, Umay va devenir cette "Étrangère" à l’intérieur de sa propre famille qui ne l’estime pas, qui ne l’accepte plus, qui ne l’aime plus et qui, dans le respect d’une tradition absurde, va l’exclure. Elle qui vit dans un pays, où même si elle y est née, elle ne sera jamais qu’une immigrée. En Turquie, on la considérait comme une allemande, en Allemagne comme une citoyenne de seconde zone. Umay connaîtra néanmoins quelques moments heureux avec Stipe, un collègue de travail

Un film courageux, dérangeant, fort de la détermination de sa réalisatrice et de son actrice principale. Le jeu de cette dernière est d’une rare intensité. A noter qu’à part les rôles d’Umay, de sa mère et de son père, qui sont tenus par des professionnels tous les autres sont le fait sinon d’amateurs sinon d’acteurs dont c’était le premier film. Sa réalisatrice a su prendre le temps, avant tournage, de les mettre en condition sinon en relation. Cela donne à ce premier long-métrage, très sobre, une profondeur, une hauteur de vue inhabituelle.

L’Étrangère , coup de cœur du public, a reçu de nombreuses récompenses dans les Festivals du monde entier : Tribeca, São Paulo, Montréal, Marrakech, etc.

À voir de toute évidence.

Film (1h55) + Bonus – Entretien avec la réalisatrice et l’actrice principale – Scènes coupées – Wild Side Video

Film ♥♥♥♥

Bonus ♥♥♥

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