L'Exercice de l'État en DVD et Blu-ray

Ce film de Pierre Schœller nous plonge dans la vie d'un ministre et de son cabinet ministériel

On ne saura jamais si Bertrand Saint-Jean, magnifiquement incarné par Olivier Gourmet, ministre des Transports est de droite ou de gauche mais on le verra à l’œuvre. Comme le dit son réalisateur, le talentueux Pierre Schœller, «L’Exercice de l’État n’est pas un film à clefs, ni à références. » Il s’est concentré sur la pratique du pouvoir à travers ceux qui l’incarnent et s’y vouent.

On y voit comment donc fonctionne un cabinet ministériel, dont le directeur, Gilles, en digne serviteur de l’État, doit gérer tous les dossiers du ministre. Michel Blanc trouve peut-être ici un de ses plus grands rôles. La scène où, le matin, alors qu’il se prépare et écoute pour la énième fois l’oraison funèbre qu’a prononcée André Malraux lors des transferts des cendres de Jean Moulin au Panthéon, est un grand moment. Gilles en connaît les moindres mots, les moindres intonations. Il y trouve sans doute le souffle qu’il va introduire dans les discours de son ministre.

C’est ce dernier qui est mis en avant, c’est lui que l’on connaît, c’est lui l’homme public dont les moindres propos doivent être maîtrisés, soigneusement calibrés car c’est lui qu’on écoute sinon qu’on entend... Il incarne la parole publique. Il se doit donc d’apporter les premières réponses aux tragédies auxquelles il est confronté. Ici, l’accident d’un autocar transportant des enfants. « À aucun prix, il ne faut ralentir le ministre, mais au contraire toujours le porter et l’encourager. Le nourrir de positivité. Les collaborateurs les plus proches font un gros travail de training positif, surtout quand le patron prend un coup... Cela participe de la déréalisation qui entoure les hauts responsables » nous signale Pierre Schœller.

Le pouvoir sans forcément les moyens...

Et un ministre prend des coups non seulement de l’opposition mais au sein même de sa majorité, si ce n’est des membres du gouvernement auquel il appartient, ce qui est le cas ici. Car Bertrand Saint-Jean est en désaccord notamment avec le ministre de l’Économie et des Finances qui veut privatiser les gares. Mais un ministre est aussi un être solitaire, bien que parfois trop entouré, par une attachée de presse (ici interprétée par Zabou Breitman) notamment. S’il est un homme de pouvoir, il n’en a parfois que les attributs et non les moyens. D’où le besoin parfois de s’évader des contingences de la fonction... d’autant que Bertrand Saint-Jean n’est pas issu du sérail, il n’est pas un élu, n’a aucun mandat local et cherche à en obtenir un.

Ce film est passionnant parce qu’il est porté par des acteurs d’exception et qu’il est mené tambour battant, avec une grande maîtrise, du début à la fin. Filmé sans effets racoleurs, il est souligné par un environnement sonore et musical de premier ordre, signé par Philippe Schœller, compositeur et frère du cinéaste.

Ce film a reçu le Prix du Meilleur Film Français décerné par le Syndicat français de la critique de cinéma. Le César 2012 du Meilleur Acteur dans un Second rôle a été attribué à Michel Blanc. Ce film a reçu également le César du Meilleur Scénario Original et celui du Meilleur Son..

A voir absolument si on s’intéresse un tant soit peu à la vie politique ou si, tout simplement, on veut voir un vrai bon film.

Film (110’) + Bonus – L’accident, construction d’une scène (4’) – L’image sonore (entretien avec Philippe Schœller) 12’ – Entretien avec Pierre Schœller , par Michel Ciment (Extrait de l’émission «?Projection privée?» sur France Culture) 50’ – Blu-Ray - Diaphana

Film ♥♥♥ 1/2

♥♥♥

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