Lullaby de Benoit Philippon en DVD

Ce premier long-métrage ne manque véritablement pas de charme. Benoît Philippon sait d'évidence créer une atmosphère et nous y maintenir.

Celles et ceux qui sont sensibles au jazz ou encore aux ambiances du réalisateur Wong Kar-Wai ( My Blueberry Nights , 2046 , In the Mood for Love entre autres) seront aux anges avec ce film qui pour diverses raisons n'a pas connu, en salle, le succès qu'il mérite. Son édition DVD va réparer, je l'espère, cette injustice.

Sam ne se remet pas du décès de Joséphine. Cela fait un an qu’elle a disparu et qu’il a arrêté de chanter et jouer du piano, dans ce club de New York. Alors qu’il a un appartement, il se réfugie dans cet hôtel où il l’a rencontrée la première fois. Il y attend un hypothétique appel téléphonique. C’est dans cette même chambre d’hôtel, où il passe son temps à voir et revoir Certains l’Aiment Chaud (de Billy Wilder, en 1959), qu’il va rencontrer, de façon tout à fait loufoque, pour ne pas dire incongrue : Pi. Cette jeune femme, qui a trouvé refuge dans la salle de bains, se refuse de le voir. Elle ne s’adresse à lui qu’à travers la porte fermée et profite de ses absences pour s’éclipser. Une étrange et absurde relation va s’installer entre eux.

Sam est non seulement musicien mais également libraire, pour arrondir ses fins de mois. Mais son manque d’entrain fait que les clients manquent à l’appel. C’est George, le gérant de l’hôtel, qui finalement fera que Pi rencontrera véritablement Sam. Elle réussira à le redynamiser et l’amour s’occupera du reste. En parallèle, William, un jeune black qui vient jouer sur le piano que Sam possède dans l’appartement qu’il laisse ouvert, lui redonnera envie de rejouer et de découvrir d’autres musiques. Peu à peu Sam retrouvera goût à la vie.

Cette comédie romantique véhicule une ambiance assez magique, au-delà de la rencontre entre deux personnages dont finalement on ne sait rien. La photographie est hyper soignée, jouant sur une gamme chromatique se référant à 2046 de Wong Kar-Wai : vert, rouge, doré. Le travail du Directeur de la photographie, Michel Amathieu, est remarquable. L’ambiance musicale est également parfaitement maîtrisée, mélangeant jazz, hip-hop et chansons de Charlie Winston.

Au-delà de l’intelligence de son scénario, une grande partie de la réussite de film repose sur son casting. Pi, tout d’abord que Clémence Poésy incarne. Cette actrice française parfaitement bilingue, le grand public l’a vue dans les Harry Potter mais elle a joué aussi dans un film que j’avais beaucoup apprécié : Bons Baisers de Bruges *. C’est Rupert Friend qui joue le rôle de Sam, ce jazzman détruit, à la gueule d’ange. On l’a vu dans Orgueil et Préjugés ** et dans Chéri de Stephen Frears***. L’immense et étonnant acteur qu’est Forest Whitaker ( Le Dernier Roi d’Ecosse* ***, Bird* ****) joue ici le rôle de George, gérant d’hôtel mais aussi ange salvateur.

Un premier film qui crèe sa différence, hors des sentiers battus, en imposant un univers attachant. Dommage qu’il n’y ait pas de véritable Bonus.

Film seul – Studio 37/Orange

Film ♥♥♥

No Bonus

* en 2008, de Martin McDonagh, avec Colin Farrell et Ralph Fiennes

** en 2006, de Joe Wright, avec Keira Knightley, Matthew MacFadyen

*** en 2009, de Stephen Frears, avec Michelle Pfeiffer

**** en 2007, de Kevin Macdonald

***** en 1987, de Clint Eastwood

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