Portrait d'une enfant déchue en DVD et Blu-ray

Un film admirable, de Jerry Schatzberg, qu'on a failli ne jamais voir

Tout simplement parce qu’il a été réalisé, en 1970, par quelqu’un qui était plus connu, à l’époque, pour être photographe de mode, donc quelqu’un de superficiel (!), que cinéaste. C’est grâce à Pierre Rissient, qui le découvrit au Festival du Film de San Francisco, que ce film connut le succès en France et est devenu un film culte aujourd’hui outre-Atlantique. Un film rare, resté invisible depuis longtemps, qui bénéficie enfin d’une restauration Haute Définition.

Le même ostracisme des critiques américains frappa les deux seconds films de Jerry Schatzberg : Panique à Needle Park (avec Al Pacino) et L’Épouvantail (avec Al Pacino et Gene Hackman). Ce dernier film remarquable reçut la Palme d’Or au Festival de Cannes, en 1973, sans quasiment avoir été visionné par les critiques US. L’un d’entre eux écrivit, sur un ton méprisant, qu’il ne s’agissait que d’un « film de photographe » alors qu’il est bien tout le contraire.

Un très grand rôle pour Faye Dunaway

Mais revenons à ce Portrait d’une Enfant Déchue , dont le rôle principal est tenu par Faye Dunaway. Elle était déjà une star à l’époque, pour avoir connu le succès avec Bonnie and Clyde (de Arthur Penn, en 1967), L’Affaire Thomas Crown (de Norman Jewison, en 1968) et L’Arrangement (de Elia Kazan, en 1969). Elle incarne ici Lou Andreas Sand, un pseudonyme* pris en hommage à Lou Andreas-Salomé qui fut la maîtresse de Friedrich Nietzsche et de Rainer Maria Rilke. Elle est un ancien mannequin qui a sombré dans la dépression et qui vit recluse dans une maison isolée, face à l’océan, où elle se consacre à la poésie, à la sculpture. Aaron Reinhardt, un ancien photographe devenu cinéaste, est venu s’entretenir avec elle car il désire réaliser un film sur sa vie, elle qui fut une égérie de la mode.

Pour dresser ce portrait, Jerry Schatzberg s’est, en fait, inspiré de la vie tourmentée du top-model , Ann Saint Marie, avec qui il aimait travailler. Arrivée à la trentaine, elle sombra peu à peu dans la dépression car « au fur et à mesure des années, les créateurs, entre autres, dirent régulièrement, à propos d’elle, qu’ils souhaitaient avoir des "mannequins plus jeunes", des "nouveaux visages" pour leurs collections. Cela l’affecta énormément... » nous dit Jerry Schatzberg, qui enregistra près de trois heures d’entretien avec elle. Il reconnaît néanmoins qu’au final le scénario se compose de 85% de fiction et de 15% d’éléments de la vie d’Ann Saint Marie ou d’indices qu’elle a pu lui confier.

Un premier film totalement maîtrisé d’un des meilleurs cinéastes indépendants des années 70, un solitaire resté à l’écart de ceux qui allaient fonder ce qu’on a appelé "Le Nouvel Hollywood" (Coppola, Scorcese, De Palma) après coup. Les amateurs de cinéma découvriront dans les Bonus les arcanes de ce film, notamment le travail remarquable de Pierre Rissient. On apprend aussi comment après un premier scénario écrit par le scénariste français Jacques Sigurd, il travailla avec Carole Eastman qui écrivait à l’époque sous le pseudonyme d’Adrian Joyce, nom sous lequel elle est créditée au générique.

Un film magnifique, superbement interprété par Faye Dunaway. À voir absolument.

Film (99’) + Bonus – Le film révélé (Pierre Rissient raconte sa découverte du film en 1970, au Festival du film de San Francisco) 13’ – Illusion et réalité (Entretien de Jerry Schatzberg avec Michel Ciment) 51’ – Blu-Ray - Carlotta

Film ♥♥♥♥

Bonus ♥♥♥♥

* son vrai nom est Emily Versene

Sortie le 22 février

Sur le même sujet