Poupoupidou enfin en DVD = Que du Bonheur...

Cela fait plaisir de voir enfin un film français passer hors des sentiers battus.

Il s’agit du second long-métrage de Gérald Hustache-Mathieu, un cinéaste sur lequel, à mon avis, on peut d’ores et déjà compter. Il a un ton, un style, qui lui est propre, un sens cinématographique évident. Il est malin et bourré d’idées.

« Il aura fallu que j’attende d’être morte pour qu’un mec bien s’intéresse à moi » nous dit la voix off de Candice Lecœur. Le "mec bien" c’est David Rousseau, un écrivain, un auteur de polar, qui au-delà d’être en panne d’inspiration est venu en Franche-Comté dans le cadre de la succession de son oncle. A peine est-il arrivé dans le Jura, en plein hiver, qu’une affaire locale attire son attention. On vient de retrouver sous dix centimètres de neige le corps de Candice Lecœur. Elle est connue pour avoir été la présentatrice météo de la chaîne de télévision locale et avoir été l’égérie de "Belle du Jura", allant même jusqu’à figurer en photo sur le couvercle de la boîte du fromage en question.

Tanné par son éditrice, David Rousseau, lui apprend qu’il tient enfin le sujet de son prochain roman. Le titre en sera No Man’s Land . Il désirerait d’ailleurs prendre pour pseudonyme, Magnus Horn pour être raccord avec l’environnement glacial des lieux (Mouthe, la ville la plus froide de France), et, nous le devinons, surfer sur la vague de succès des polars scandinaves.

Candice Lecœur se serait suicidée. On a retrouvé près d’elle un flacon de somnifères. Quant à son corps, il se trouvait dans une zone inter-frontalière entre la France et la Suisse excluant de fait toute enquête. Ce qui fut le cas : les gendarmes classant vite fait, bien fait, l’affaire. Cela ne contente pas David Rousseau qui subodore un coup monté. « Drôle d’idée de venir se suicider au milieu de nulle part. Surtout dans un endroit où il n’y aura aucune enquête, non ! » Désirant en savoir plus, David Rousseau va enquêter, à la manière de son écrivain fétiche, James Ellroy, bientôt aidé par un gendarme qui lui aussi doute des circonstances du décès.

Candice Lecœur s’appelle en fait Martine Langevin. Ce n’était pas un nom de star. Découverte par un photographe alors qu’elle travaillait dans une station-service, elle a opté pour ce pseudonyme. « Ma seule chance de devenir quelqu’un, c’était de devenir quelqu’un d’autre. » a-t-elle écrit dans son journal intime. Qui plus est, elle sait, elle a l’intime conviction, que son destin est lié à celui de Marilyn Monroe. Elle est née comme elle un 1er juin. Elle aussi mesure aussi 1m64. Elle aussi a pris un pseudonyme. Marilyn est née sous le nom de Norma Jane Mortenson, fut baptisée sous celui de Norma Jeane Baker, se fit appeler Norma Jean avant de devenir celle que tout le monde connaît.

Poupoupidou est un vrai film, avec un début, un milieu et une fin.

Je ne plaisante pas en écrivant cela à propos d’un film français car cela est devenu rare chez les jeunes cinéastes. Point ne sert de se fourvoyer dans les ellipses, d’arborer son diplôme de la Femis quand on n’a rien à raconter et encore moins à dire.

Merci Gérald d’avoir su jouer de tous les codes du cinéma, de nous avoir fait croire que les paysages enneigés du Jura pouvaient sortir d’un film américain des frères Cohen. Je fais une incise à propos de cette contrée en rappelant que Jean-François Stévenin a réalisé, dans cette même région, Le Passe-Montagne , un excellent film sorti en 1978. Merci encore d’avoir ponctuer Poupoupidou de quelques touches humoristiques. Merci d’avoir pris pour incarner David Rousseau ce très étonnant acteur qu’est Jean-Paul Rouve qui se révèle un grand comédien derrière son air de ne pas y toucher. Merci aussi pour Sophie Quinton qui incarne à merveille, dans toute sa fragilité, Candice Lecœur.

A voir absolument en attendant le prochain opus de G. Hustache-Mathieu.

Film + Bonus : Making-of (34’) – Diaphana

Film ♥♥♥♥

Bonus ♥♥♥

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