Si Tu Meurs, Je Te Tue de Hiner Saleem en DVD

Il y a de la fraîcheur, de la fantaisie, dans ce film au sujet pourtant grave, qui aurait pu être traité à la façon d'une tragédie.

Hiner Saleem est un cinéaste kurde, d’origine irakienne, réfugié en France. Son grand-père parlait du peuple kurde en ces termes : « Notre passé est triste, notre présent est catastrophique mais heureusement, on n’a pas d’avenir. » « Nous sommes un peuple qui finit par faire ce qu’il ne veut pas. » dit-on d’ailleurs dans le film.

C’est contre cette fatalité que veut se battre Siba en voulant rester libre de ses choix, de ses faits et gestes. Elle incarnée par la très touchante comédienne kurde, d’origine iranienne, réfugiée elle aussi en France* : Golshifteh Farahani. Siba vient en France retrouver Avdal, son fiancé. Mais quand elle arrive à Paris, elle ne sait pas qu’il vient de décéder brutalement de façon naturelle.

Avdal avait sympathisé avec Philippe, qu’interprète avec une étonnante présence sincère et généreuse : Jonathan Zaccaï. Ce dernier, au passé un peu louche, au début du film, il sort de la prison de la Santé, se retrouve aux yeux de l’administration, responsable du corps d’Avdal. C’est soit la fosse commune, soit la crémation.

Philippe va donc tenter, via la diaspora Kurde de Paris, de joindre Siba au téléphone. Il va tomber sur une bande de sept frères Kurdes, au comportement assez décalé, dont le meneur voudra s’occuper de tout. La famille d’Avdal sera mise au courant de son décès et son père embarquera pour Paris afin de rapatrier le corps mais pas Siba.

Devant respecter les délais que lui a fixés l’administration française, en la matière, Philippe a fait incinéré le corps d’Avdal plutôt que le voir enterré dans la fosse commune. Cependant cette pratique est contraire à la religion musulmane d’où problème avec le père d’Avdal. Qui plus est, ce dernier désire que Siba épouse dorénavant un autre de ses fils. Mais Siba a d’autres idées en tête.

Un film fort sympathique, plein de charme et de talent, dédié à la liberté des femmes, tourné à l’économie mais non sans talent. Hiner Saleem se garde bien d’avoir voulu faire un film communautariste. « Mes films me ressemblent. Je ne fais pas des films kurdes ou des films français, je fais les deux à la fois. Certains disent que l’exil déracine. Je crois plutôt qu’il enrichit les racines. »

A voir absolument car c’est une excellente surprise à la fois originale, drôle et émouvante.

Film + Bonus : Interview de Hiner Saleem, etc. – Ocean Films

Film ♥♥♥♥

Bonus ♥♥♥

* Elle a été forcée à l’exil par le gouvernement iranien qui n’a pas apprécié sa participation au film de Ridley Scott : Mensonges d’État , avec Leonardo DiCaprio et Russell Crowe, sorti en 2008.

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