Talk Radio d'Oliver Stone en DVD

Ce film de 1988 s'inscrit dans la filmographie d'Oliver Stone entre Wall Street et Né un 4 Juillet

A cause d’une mauvaise distribution aux USA, il ne connut pas le succès des deux autres alors que ce film méritait nettement mieux. Démonstration ici.

Oliver Stone dit de son personnage principal, Barry Champlain, qu’il est « honnête et authentique » mais qu’il est aussi « haïssable» mais « mérite notre attention et nous tient en haleine. » Mais qui est ce Barry Champlain? L’animateur de l’émission de radio Night Talk sur les ondes nocturnes de KGAB, une station FM du Texas. Barry, toute la nuit durant, converse avec ses auditeurs qui sont nombreux à l’appeler au téléphone, dans le secret espoir de passer à l’antenne.

Les mots vous briseront

Barry n’est pas tendre avec eux et a plus que tendance à les provoquer. « Ce pays est dans une sacrée merde?! Il est pourri jusqu’à la moëlle. Faut se décider à faire quelque chose. » Ils constituent la matière première de son émission et lui permettent de rebondir sur leurs propos, sans les ménager pour autant. Le problème est que cette émission, comme toutes celles du même genre, laisse la libre parole à un bon nombre de détraqués, de fous, de dingues et autres révisionnistes en tout genre. Le choix, en amont, des intervenants, n’est pas aussi simple à faire qu’à le dire. Barry Champlain a beau les stigmatiser. « Pierres et bâtons vous rompront les os mais les mots vous briseront à vie! » aime-t-il à leur rappeler. Mais ils n’en ont que faire pour la plupart. L’antenne leur est ouverte et ils en usent, en abusent et certains en viennent à le menacer. Mais Barry se croit au-dessus de tout ça, lui qui se dit être "la langue la plus rapide du Texas". « Tu sais de quoi j’ai le plus peur? D’être ennuyeux. »

Le scénario de ce film est basé sur deux éléments. Tout d’abord, la pièce de théâtre éponyme qu’Eric Bogosian écrivit et joua, avec succès, sur scène à New York. Il incarne ici, à nouveau, de façon totalement éblouissante le rôle de Barry Champlain*. Sa pièce n’avait qu’un acte et durait moins d’une heure. Le second élément est un livre de Stephen Singulan, Talked to Death , consacré au destin tragique d’Alan Berg, un animateur radio, de Denver, Colorado, qui fut abattu par des extrêmistes de droite, en 1984. Eric Bogosian et Oliver Stone revisitèrent l’ensemble pour nous offrir ce film aux dialogues étonnants et aux saillies parfois fulgurantes d’un personnage provocateur, révolté pour ne pas dire parfois incendiaire.

Oliver Stone a réussi là un film d’une étonnante acuité sinon d'actualité. Il a réussi une mise en scène d’une extrême mobilité. Alors que l’action est principalement cantonnée dans le confinement d’un studio de radio, il a su créer une dynamique qui nous captive. Comment filmer une personne seule face à un micro? Il a su y répondre et avec talent.

Un film qui ne laisse pas indifférent.

Film (104’) + Bonus : Filmer la Colère (un entretien avec Oliver Stone sur Talk Radio ) de Robert Fischer (27’) - Carlotta

Film ♥♥♥♥

Bonus ♥♥♥

* Il reçut pour ce rôle le Prix du Meilleur Acteur au Berlinale (Festival International du Cinéma de Berlin) en 1989.

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