The story of G.I. Joe de William A. Wellman

Loin des outrances de certains films, tournés dans les années 40, à la gloire de l'armée, celui-ci, tourné en 1945, est d'une sobriété étonnante

Il est l’œuvre d’un cinéaste au caractère plus que tranché, William A. Wellman, qui avait la réputation d’être un "metteur en scène rebelle". Il fut long à se décider avant d’accepter de réaliser de façon remarquable ce film, conçu par le producteur Lester Cowan. Il le jugea néanmoins après comme étant le meilleur qu’il ait jamais signé. Il ne jurait en effet que par l’aviation* pour avoir été pilote de l’Escadrille Lafayette et avoir reçu la Croix de Guerre, lors de la Première guerre mondiale.

Le scénario repose sur les dépêches qu’Ernie Pyle, correspondant de guerre, écrivait «en direct» du front, durant la Seconde Guerre mondiale. Ses articles repris par pas moins de 400 quotidiens et 300 hebdomadaires américains de l’époque lui valurent de recevoir le prestigieux prix Pulitzer, en mai 1944. Ernie Pyle ne s’attachait pas à décrire la stratégie des états-majors d’alors. Il tenait à relater avant tout le sort de ses hommes confronter 24h/24h à la guerre. Il exigea de partager le quotidien des fantassins, notamment ici ceux de la Compagnie C du 18ème Régiment d’infanterie. Il centra ses articles sur leur métier de soldat mais également sur leurs conditions de vie, pataugeant dans la boue, combattant la peur car la mort est omniprésente, l’ennui, la fatigue si ce n’est l’épuisement. Ce film sortit en France sous le titre Les Forçats de la Gloire . Avec cette compagnie, dont il relata chaque jour les combats, il alla sur le front en Afrique du Nord et en Italie. «? La guerre n’est pas romantique, quand on est en plein dedans ?» écrira-t-il lui qui voulait la décrire du point de vue d’un « ver de terre ».

Proche du style du journaliste

La mise en scène de William A. Wellman est d’une très grande sobriété, comme je l’ai déjà signalé, proche de l’apparente simplicité de style du journaliste, mais d’une très grande efficacité, sur le mode elliptique, dans un souci évident de réalisme. Il fut en fait entièrement tourné en Californie, intégrant quelques images d’actualité, relatant les combats en Italie. Près de 150 véritables fantassins de l’armée américaine firent de la figuration dans le film avant d’aller combattre dans le Pacifique, où beaucoup d’entre eux trouvèrent la mort. C’est également sur ce front qu’Ernie Pyle fut mortellement blessé, lors de la bataille d’Okinawa.

La ressemblance de ce dernier avec l’acteur Burgess Meredith qui l’incarna, tant au niveau physique que gestuel, a marqué les critiques de l’époque. Ce film permit de plus à Robert Mitchum, qui n’avait jusqu’alors interprété que de petits rôles, d’accéder au rang de vedette. C’est lui qui joue le rôle du Lieutenant Walker, commandant de la Compagnie C. Ce rôle lui valut d’être nominé pour l’Oscar du Meilleur Acteur dans un Second Rôle.

Au-delà des qualités intrinsèques de ce film, il est à noter la qualité exceptionnelle des Bonus. Sur le plan cinématographique, il y a The Battle of San Pietro . Ce documentaire réalisé par ce très grand cinéaste qu’était John Huston a été filmé au plus près des combattants, sur le front, lors de la campagne en Italie de la 5ème Armée américaine durant (automne 1943-hiver 1944) et plus précisément dans la vallée de la Liri, lors de la prise de la ville de San Pietro qui était aux mains des allemands. Film-jumeau de The Story of G.I. Joe , leur vision parallèle éclaire et magnifie l’autre de façon passionnante. Il y a également un autre Bonus remarquable, le propre de cette collection est d’accompagner le DVD du film d’un livre. Le travail de Michael Henry Wilson est ici exemplaire. Au travers de son livre, Le Ciel ou la Boue , on apprend des tonnes de choses à propos du film et des conditions de son écriture et de sa réalisation.

Cet ensemble est une véritable réussite.

Film + Bonus – Le Ciel ou la Boue : un livre inédit de Michael Henry Wilson (80 pages) – The Battle of San Pietro , documentaire de John Huston - Collection Classics Confidential – Wild Side

Film ♥♥♥♥

Bonus ♥♥♥♥♥

* Il fit une entrée fracassante à Hollywood, à l’âge de 23 ans, en atterrissant sur le terrain de polo de l’acteur Douglas Fairbanks. Ce dernier lui avait promis un rôle dans un film et Wellman commençait à trouver le temps long en tant que pilote instructeur sur une base de San Diego. Il commença donc sa carrière à Hollywood, en 1919, en tant que comédien jouant dans Knickerbocker Buckharoo , aux côtés de son mentor, et dans Evangeline , film mis en scène par Raoul Walsh. Il réalisa ses premiers films à partir de 1920 avant de connaître la consécration avec Wings , en 1927, qui fut couronné par le premier Oscar de l’histoire de ce trophée de l’industrie cinématographique américaine.

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