Two Gates of Sleep en DVD

Ce premier long-métrage, d' Alistair Banks Griffin, dont le titre semble inspiré de L'Odyssée d'Homère*, est d'une beauté et d'une puissance rare

Ce film n’est pas sans rappeler les œuvres de Terrence Malick que l’on aurait patinées avec quelques touches de David Lynch.

Ce film indépendant américain mérite véritablement le détour. S’il n’est pas un chef d’œuvre absolu, il n’en est pas loin. Autant dire qu’Alistair Banks Griffin est un cinéaste à suivre de toute évidence. Ce film démontre les qualités de son auteur et réalisateur et le talent indéniable de son directeur de la photographie : Jody Lee Lipes.

Les deux frères Jack (incarné par Brady Corbet) et Louis (David Call) vivent avec leur mère, Bess (Karen Young), aux confins de la Louisiane et du Mississipi. Ils semblent vivre à l’écart de tout. Même la télévision est difficile à capter dans cette région à la nature sauvage et luxuriante. On croit deviner que Jack et Louis travaillent comme bûcherons mais aussi qu’ils passent leur temps libre à chasser. Quant à Bess, on ne sait pas ce qui l’a réduit au silence. Très certainement la mort de son époux. On la voit souvent devant les ruines d’une maison dont il ne reste plus que la cheminée de pierre. Un incendie ? Au-delà de son comportement hiératique, les quelques propos qu’elle tient sont aussi déroutants que délirants.

Honorer la dernière volonté de leur mère

À sa mort, Jack et Louis annoncent néanmoins au Dr Benjamin?: « On va faire ce qu’elle voulait ». Ces deux "taiseux" vont donc fabriquer le cercueil de leur mère et, contre toute logique, le porter jusqu’à l’endroit où elle désirait être enterrée.

Il n’y a rien de mystique dans ce film mais il dégage une force impressionnante. J’ai évoqué Terrence Malick, David Lynch mais on pourrait également se référer à Andreï Tarkovsky, Bruno Dumont ou encore Apichatpong Weerasethakul.

Laissons la parole à son auteur : « Ce qui m’importe le plus en ce qui concerne l'art et le cinéma est de concevoir un ensemble, une expérience passionnante et expressionniste pour le spectateur, une réaction viscérale. En pensant à ce premier long métrage, je me suis davantage tourné vers la création d'un conte parlant de régénération et de transcendantalisme, de la terre et l'esprit : fugacité du corps, consommation, béatitude.»

Un véritable coup de cœur. À voir d’urgence...

Film (76’) + Bonus – Gauge (Court-métrage inédit d’Alistair Banks Griffin) 10’ – Damned Distribution

Film ♥♥♥♥

Bonus ♥♥1/2

* Étranger, les songes sont difficiles à expliquer et tous ne s'accomplissent point pour les hommes. Les songes sortent par deux portes, l'une de corne et l'autre d'ivoire. Ceux qui sortent de l'ivoire bien travaillé trompent par de vaines paroles qui ne s'accomplissent pas; mais ceux qui sortent par la porte de corne polie disent la vérité aux hommes qui les voient. Je ne pense pas que celui-ci sorte de là et soit heureux pour moi et pour mon fils.

Rhapsodie 19, L’Odyssée , Homère

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