Une bouteille à la mer de Thierry Binisti en DVD

Nous sommes à Jérusalem, en septembre 2007, quand un nouvel attentat secoue la ville
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Tal, une jeune française de 17 ans, installée ici avec sa famille est en témoin. Nous sommes au cœur du conflit israélo-palestinien, lors de la seconde Intifada . Mais la vie continue et à 17 ans, c’est l’âge aussi des premières fois : premier amour, première cigarette, premier piercing. Néanmoins, au lendemain de l’attentat, elle décide d’écrire une lettre à un palestinien imaginaire.

«Je m’appelle Tal Lévine, j’ai bientôt 17 ans et j’habite Jérusalem. Hier soir, il y a eu un attentat près de chez moi […] Toi qui trouveras cette bouteille, réponds-moi. Dis-moi où tu l’as trouvée. Qui tu es. Parle-moi de toi. S’il te plaît.» Tel est le contenu du mot signé bottle@newaccess.com. Elle le glisse dans une bouteille qu’elle confie à son frère Eytan pour qu’il la jette à la mer, près de Gaza, où il fait son service militaire.

Quelques semaines plus tard, elle recevra un mail signé d’un mystérieux « Gazaman ». C’est Naïm, un jeune palestinien de 20 ans qui lui répond et avec qui Tal va partager ses interrogations et son refus d’admettre que seule la haine peut régner entre les deux peuples. Naïm finira par la surnommer « Miss Peace ». Il appendra que Tal est française. Cela l’incitera à apprendre cette langue au Centre culturel français de Gaza, trouvant là peut-être un moyen d’échapper à sa condition.

Une bouteille à la mer est toujours porteuse d'espoir fut-ce dans la mer de Gaza

On ne jette jamais une bouteille à la mer que quand la situation est désespérée mais avec le secret espoir qu’elle soit découverte. C’est le cas ici. Un film sensible qui respecte l’innocence, l’immaturité de son héroïne principale, chez qui une certaine conscience politique s’éveille. Un film qui est aussi à l’image des relations israélo-palestiniennes qui naviguent entre attirance et rejet, proximité et distance…

Mais laissons la parole à Valérie Zenatti, co-scénariste et auteur du roman initial : « On peut en effet voir cette relation comme une métaphore, avec cette fin qui remet à plus tard le “vrai” rendez-vous. Tal et Naïm n’ont jamais été aussi proches et pourtant ils ne se rencontrent pas réellement ! Et c’est précisément ce que ressentent les populations sur place : leur rendez-vous avec eux-mêmes et avec l’histoire est toujours remis à plus tard. Entre le début du film, quand la bouteille est jetée à la mer, et la fin, où Naïm quitte Gaza au point de passage d’Erez, il n’y a géographiquement que 3 ou 4 kilomètres ! Mais quel chemin parcouru par chacun d’entre eux… »

Un film délicat qui tente de s’approcher au plus près d’une réalité brutale et qui, à aucun moment, ne verse dans le démonstratif. Un film qui doit beaucoup à la qualité de ses jeunes interprètes, Agathe Bonitzer, dans le rôle de Tal, et Mahmoud Shalaby, dans celui de Naïm.

Ce film, de nombreuses fois récompensé par ailleurs, a reçu le Prix National Lycéen du Cinéma 2012.

Film (97’) + Bonus – Rencontre entre Thierry Binisti, Valérie Zenatti (auteur et scénariste) et le Jury du Prix national lycéen du cinéma Entretien de Th. Binisti et V. Zenatti avec Kathleen Evin Témoignages de Gregory Philipps et Schéhérazade Zerouala sur le fil – Diaphana

Film ♥♥♥

Bonus ♥♥♥

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