user_images/189548_fr_gilles3.jpg

GILLES RANNOU

Publié dans : Les articles Histoire de Gilles Rannou

Staline et l'île aux cannibales

Quand un monstre de l'Histoire, Staline, engendre l'inimaginable.

Le communisme : pensée politique ayant pour but d'aider les plus démunis. Mais pas pour Staline qui a préféré les déporter et les laisser mourir de faim les poussant ainsi au cannibalisme.

L'exode :

1933, la politique d'industrialisation à marche forcée. et le plan quinquennal laissent l'empire soviétique dans un état lamentable. L'Ukraine connaît cette année là une famine qui fera plusieurs millions de morts (de 2,6 à 5 millions de victimes selon les estimations) Plus généralement, et s' il subsiste encore plus qu'un doute sur le caractère volontariste de la famine ukrainienne, c'est l'URSS et sa population qui crève de faim cette année. Le monde paysan n'a alors de solution que de quitter les campagnes pour rejoindre les grands centres urbains dans l'espoir d'y trouver un emploi. Ainsi, des dizaines et dizaines de milliers de gens vivant dans les campagnes s'exilent vers les villes créant une population de mendiants qui n'a de solution que de voler et tuer pour survivre.

La purge :

Vu comme des contre-révolutionnaires par le pouvoir, et en premier lieu son chef, Joseph Staline, il décide de vider les villes de ces éléments jugés indésirables sur les trottoirs des villes. C'est alors que ce met en place un plan de déplacement de ces populations avec pour but de collectiviser des régions comme la Sibérie et le Kazhakstan pour y exploiter les ressources naturelles dans le cadre de . KoulaksAinsi, tout individu qui n'obtenait pas le passeport lui donnant le droit de circuler librement dans les rues des cités, était un élément susceptible d'être déporté. Si ce n'était pas moins de deux millions de personnes qui étaient visées par cette effroyable utopie lancée par Félix Dzerjinskidont la phrase est éloquente : "Il faut peupler avec les éléments parasites et socialement dangereux de nos villes les zones inhospitalières du pays." , le sort de six mille d'entre eux laisse pantois quiconque est muni d'une conscience.

L'île aux cannibales :

S'ils ne furent pas les seuls à être victimes de cette aberration bureaucratique, leur sort n'en est pas moins symbolique. Comme beaucoup d'autres, les six mille déportés de l'île de Nazino furent installés sur des terres inhabitables, incultivables avec aucun moyen de survie sur place. Et si comme dans bien d'autres endroits, ses déplacés ennemis du communisme étaient des criminels, beaucoup parmi eux étaient aussi membres du parti ou proches de celui-ci ayant commis commes seule erreur d'avoir oublié leur passeport et d'être raflé par le NKVD qui avait des quotas à respecter. Une fille de douze fut ainsi amenée car séparée de sa mère durant quelques minutes dans une gare et sans passeport. L'improvisation de la machine bureaucratique soviétique engendre alors l'inimaginable. Ainsi, Le 18 mai 1933, 4 556 hommes, 332 femmes et 27 cadavres de ""éléments socialement nuisibles" morts durant le voyage sont débarqués sur l'île de Nazino, située au milieu du fleuve d'Obaux dimensions plus qu'exigües pour un tel nombre de personnes : 3 kilomètres de longueur sur 500 mètres de largeur. Un tiers ne peuvent tenir debout. Et cette île n'est qu'un marécage sur lequel rien ne peut pousser. Trois mois plus tard, ils ne sont déjà plus que 2 200 à avoir survécu dans ces conditions épouvantables. Dès le lendemain du « débarquement » des rumeurs font état de « cadavres découpés et de viande humaine cuite et consommée » . Durant les semaines suivantes, plusieurs dizaines de corps sont découverts sur lesquels le foie, le coeur, les poumons, les seins et les mollets ont été prélevés. Le 27 mai, un nouveau convoi de déportés arrive à Nazino. Le 29 mai, le premier cas de meurtre suivi de cannibalisme est recensé. la monstruosité stalinienne elle même n'aurait pu imaginer un tel désastre.

Si les survivants commencent à manger les cadavres pour survivre, se forment en parallèle des gangs de criminels qui se regroupent entre eux et pourchassent leur cible afin d'en découper des morceaux sur leur corps et les manger. Des femmes sont retrouvées vivantes et attachées à des arbres mais les seins découpés. Les autorités sont complètement dépassées et c'est alors la loi du plus fort et de la survie qui entraînent l'humain dans ses pire retranchements.

Il fallut l'intervention d'un instructeur du parti, Vassili Velitchko, pour que prenne fin cette tragédie. Dans une lettre adressée directement à Staline, il relate les conditions de vie et de mort des déportés de Nazino. Qu'il décrit ainsi « l’homme a cessé d’être un homme. Il s’est transformé en chacal. »

Suite à ce courrier, Staline après avoir fait mener lui même une enquête, mettra un terme à ces peuplements et déplacements sauvages pour s'orienter vers une autre forme d'enfermement pas plus enviable, les Goulags ....

Sources :

A voir :

Quand Staline créa l'impensable : l'île aux cannibales

A lire :

L'Ile aux cannibales. 1933, une déportation-abandon en Sibérie, par Nicolas Werth. Perrin, 212 p., 17 euros.

À propos de l'auteur

user_images/189548_fr_gilles3.jpg

GILLES RANNOU

bonjour,

Intéressé par l'actualité, la culture, le
  • 315

    Articles
  • 18

    Séries
  • 1

    Abonnés
  • 0

    Abonnements

Poursuivez la discussion!