Benoît Poelvoorde : portrait d'un clown triste

Plus connu pour ses rôles de grand bête dans les grosses comédies , Benoît Poelvoorde n'est pourtant jamais aussi bon que lorsqu'il joue les clowns tristes.
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Si au début de sa carrière, le comédien belge s’est appuyé sur ses facultés à endosser le déjanté de service ou la caricature de la bêtise humaine, Benoît Poelvoorde a d’autres facettes dans son jeu qui touchent à l’émotion.

Le déjanté :

Passé le choc C'est arrivé près de chez vous ', film à l’humour grinçant entré dans la catégorie culte, et qui a permis à une partie du public de découvrir le comédien belge, la carrière de Benoît Poelvoorde après ce succès aurait pu se résumer à des rôles de grand déjanté, rôle qu’il a poursuivi avec bonheur dans Les Carnets de Monsieur Manatane mais pas seulement.

Certains s' évertuent à l’utiliser dans des personnages pathétiques, grotesques, sans nuance étouffés par la bêtise et souvent aussi par la bêtise des différents scenarii comme par exemple dans le très mauvais Astérix aux Jeux Olympiques ou encore dans le pauvre Rien à déclarer voire le Boulet même si dans ce dernier film, le duo avec Gérard Lanvin fonctionne plutôt bien. Ces personnages sont le plus souvent plus fatigants qu’hilarant.

Le clown triste :

Cependant, Benoît Poelvoorde n’excelle jamais autant que lorsque les réalisateurs ont la bonne idée de lui proposer des personnages à plusieurs traits de caractère où quand la bêtise, certes encore présente, côtoie la tristesse, le désappointement. Et ils permettent à cet acteur de montrer un visage humain. Il n’est jamais aussi bon lorsqu’il est en mesure de montrer les blessures de son personnage, de montrer le poids de son désarroi et de sa tristesse. Dans le très beau Les Convoyeurs attendent , son personnage peut faire preuve d’une bêtise sans limite. Il est irascible, colérique, par moment ignoble mais il est aussi touchant dans cette bêtise car on sent en lui une sorte de détresse à ne pas pouvoir obtenir ce qu’il veut, à pouvoir offrir ce qu’il veut à sa famille. Il se sait un loupé et dès lors retourne son ambition vers son fils pour acquérir une Lada au terme d’un concours, voiture devenue le symbole d’une réussite sociale pour celui qui ne possède qu’une mobylette et ceci au risque de perdre toute sa famille…

Ce même jusqu’au boutisme, on le retrouve dans le film Podium , même si l’œuvre est moyenne, le comédien y réalise une réelle prouesse artistique qui lui aurait pu lui valoir un César Dans ce long-métrage, Benoît Poelvoorde allie grotesque, ridicule, intransigeance mais aussi un être désabusé en soif de reconnaissance, qui n’arrive pas à se contenter de ce qu’il a, de ce qu’il est. Alliant humour et émotion, Benoît Poelvoorde touche le spectateur avec toutes ses fêlures. Et c’est ce même type de personnage que l’on retrouve dans Le Vélo de Ghislain Lambert ou encore Les portes de la Gloire . De héros de l’histoire, il est le plus souvent le antihéros qui n’arrive pas assouvir ses ambitions. Triste, seul, et le plus souvent incompris, un regard de chien battu, il n’a que sa colère comme arme, arme dans laquelle s’alternent humour, pitié et tristesse.

Aussi, peu à peu, certains réalisateurs mais d’abord réalisatrices, qui ont sans doute vu le potentiel dramatique chez cet acteur, lui proposent des rôles plus graves ou plus posés comme Anne Fontaine avec un vétérinaire ambigu et amoureux d’ Isabelle Carré , choix que certains ont pu considérer alors comme risqué mais qui lui valut une nomination aux césars. Nicole Garcia va plus loin en le faisant jouer dans un drame choral en 2005, Selon Charlie . Dans sa deuxième collaboration avec Benoît Mariage pour le film Cowboy , Poelvoorde y interprète avec gravité un journaliste désabusé en quête d’une autre vie à travers un projet de film.

Ce qui ne l’empêche pas de continuer à tourner dans des grandes farces ou comédies plus ou moins réussies comme Les Émotifs Anonymes , mais un rôle calme, posé, ou collaborer avec Benoî t Delépine et Gustave Kervern dans des fables anarcho-sociales ' Louise-Michel , ou Mammuth .

Ainsi, Benoît Poelvoorde plaît, semble t-il, beaucoup dans des personnages de grand clown irascible, gueulard, bête à manger du foin. Paradoxalement, cet amuseur public est un grand dépressif et il n’est jamais aussi convaincant et touchant que lorsqu’il endosse la peau du clown triste avec toutes ses fêlures, sa misère, rôles qui le conduisent peu à peu à s’exprimer dans des drames. Peut être que ceci explique cela. Quoiqu’il en soit, Benoît Poelvoorde déclare régulièrement vouloir arrêter le cinéma parce que déçu par ce milieu et n’y trouvant pas ce qu’il cherche mais peut être qu’avec un retour aux sources dans Monsieur Manatane présente les nuits belges - Saison 1 , projet dans lequel, il semble vouloir régler quelques comptes,le comédien belge arrivera de nouveau à exprimer tout son talent, son ironie et humour noir.

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