Caligula était-il vraiment fou?

Avec Néron, Caligula représente sans doute l'archétype de l'empereur romain fou. Mais était-il vraiment ce fou que les pages d'histoire décrivent ?
627

A la demande du Sénat, Caligula accède au pouvoir suprême en l’an 37.et succède ainsi à l’empereur Tibère. Mais après des premiers mois calme au sommet de l'Empire, il tombe malade et l'empire romain bascule dans la folie. Cependant, si maladie et folie coïncident, il est possible que Caligula s'est aussi défié d'un pouvoir qu'il n'a peut être pas voulu.

Une jeunesse militaire et un surnom:

Né en 12 avant JC, fils de Germanicus , le petit Gaïus César est un descendant direct d' Octave /Auguste , le premier empereur romain ainsi que du célèbre Marc - Antoine .Dès l'âge de quatre ans, Gaïus rejoint son père en campagne militaire. Aussitôt adopté par les légions de son père, on lui fit vêtir les habits du légionnaire et chausser des caligas, les sandales de soldat romain. En découlera son surnom Caligula, traduisible par « petites bottines ou godasses » un surnom qui lui restera et qu'il finira par honnir. A cette époque, Gaïus ne montre aucun signe de déséquilibre mental. Il est même d'une grande intelligence et sensibilité.

Caligula, sain d'esprit à Capri.

Mis à l'abri auprès de son oncle Tibère à Capri pour échapper aux innombrables intrigues de sa famille et contre sa famille, Gaïus durant ce temps ne montre pas là non plus qu'il pouvait être atteint d'un quelconque problème mental comme semble le confirmer Suétone " Jusqu'ici, nous racontions l'histoire d'un prince. Le reste, ce sera celle d'un monstre ". (Caligula, Vie de Caligula , XXII ). En effet, La suite des écrits de Suétone ne manquent pas de qualificatifs pour décrire le règne de Caligula. Alors que le peuple honnissait l'empereur Tibère, il accueillit Caligula avec bienveillance et continua à le soutenir malgré ses dérives contrairement à Suétone, l'écrivain latin qui ne voyait donc en Caligula qu'une espèce de monstre, un fou démoniaque.

Le règne fou de Caligula:

Arrivé au pouvoir en l'an 37, les coups de folie de Gaïus César Caligula sont célèbres. De sa volonté de nommer son cheval consul, en passant par l'ordre de faire ramasser des coquillages à son armée jusqu'au désir fou de construire un pont pour atteindre la lune, Caligula a effectivement marqué son règne par quelques extravagances. Celles ci ont longtemps été vues comme des coups de folie mais elles avaient aussi leur source ailleurs.

En effet, de sa volonté de voir son cheval, Incitatus, revêtir le titre de consul, à qui il dédia un temple de marbre avec mobilier, esclaves et prêtres,il faut aussi y voir de la part de Caligula une volonté de se moquer des consuls et du consulat dans son ensemble, des consuls qu'il ne voyait que comme des asservis au pouvoir, des « béni oui-oui ». Quant aux coquillages qu'il fit ramasser à ses soldats, la tradition voulait que ces olingo soient jetés à la mer en l'honneur du Neptune mais il s'avère qu'il exigeât ce ramassage de coquillages pour se moquer de ses légions qui refusaient d'embarquer en mer et y faire la guerre. Par ailleurs pour montrer et démontrer sa toute puissance, il fit se prostituer toutes les femmes de sénateurs qui n'osèrent même pas protester.

Un pouvoir subi, un pouvoir tourné en dérision:

Oui, il est possible de croire que le pouvoir rend fou mais dans le cas de Caligula, il est difficile de l'affirmer sans penser par ailleurs que l'empereur s'est amusé de ce pouvoir. En effet, ayant assisté à tant d'horreurs et de complots durant son enfance, ce pouvoir semble t-il, il ne le voulait pas et une fois arrivé sur le siège impérial, Caligula décida de s'en amuser et de le tourner en dérision, provoquant les institutions, provoquant consuls et sénateurs mais qui supportaient tous les caprices de leur empereur sans broncher. Un asservissement qui exaspérait l'empereur qui ne voyait alors plus de limites et se laissa aller à ce que beaucoup considérèrent alors comme de la mégalomanie et la folie.

Parce que folie, il en est tout de même question mais toujours liée à la démesure d'un pouvoir qui n'avait aucune opposition. Ainsi, il est fort probable qu'il mena une véritable vie de débauche, entrecoupée d'une relation incestueuse avec sa soeur Julia Drusilla .. Il aurait fait tuer et torturer maints personnages dans son entourage. Instaurant le principat comme son aîné Auguste, il se prend alors pour un dieu vivant. Oui dans tous ces faits révélés, il faut y voir sans doute aussi de la folie. Cette folie serait peut être due à un empoisonnement quotidien de sa soeur Aggripine la Jeune, future mère de Néron?.Mais cette démence est sans doute aussi la conséquence d'un pouvoir qui ne connaît pas de limites et qui ne connaît pas d'opposition, un pouvoir dans les mains d'un homme trop jeune (il avait alors que 25 ans) et qui ne voulait sans doute pas de cet héritage..

Caligula assassiné:

Le 24 janvier 41 vers midi, Caligula revenant d'un spectacle, se retrouva entouré de gardes prétoriens. Chærea et ses complices passaient à l'action et assassinèrent l'empereur de trente coups de couteau. Il avait 28 ans. Cæsonia, la fidèle épouse de Caligula fut à son tour exécutée et leur petite fille Claudia, fut sauvagement écrasée contre un mur. Ce sont les tenants des pouvoirs, sénateurs , consuls et praticiens qui voulaient la pertes de l'empereur, las peut être et enfin d'être ridiculisés par un homme. Paradoxalement, cet empereur dit fou, garda toute l'affection de la plèbe et de ses légions. Succédèrent à Caligula Claude puis Néron , le dernier empereur de la dynastie Julio - claudiens la dynastie probablement la plus décriée des dynasties romaines impériales.

Sources:

Suétone, « Vie des douze Césars , » Les Belles Lettres, 1931

André Arcellaschi, " Caligula, Roman historique ", éditions .Amalthée, 280 pages,2008

Régis Martin, « Les douze Césars, du mythe à la réalité », éditions Perrin, 441 pages, 2007,

Patrick Le Roux, « L'empire romain », éditions P.U.F, collection que sais je, 128 pages,1994

Pierre Renucci « Caligula l'impudent » éditions In-folio, 228 pages, 2007

A lire :

Albert Camus « Caligula », pièce ce théâtre, éditions Gallimard, 1972

A voir:

Caligula de Tinto Brass avec Malcolm McDowell , durée 2h15,1979

Sur le même sujet