Christophe de Vallambras auteur-réalisateur de documentaires

A l'occasion de la diffusion de son premier documentaire sur France 5, Christophe de Vallambras a eu la gentillesse de répondre à nos questions.
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Journaliste à France 2, Christophe a voulu se lancer dans la réalisation de documentaires. Sa première destination a été la Colombie avec au bout de l'aventure, un film « Colombie à la recherche de l'Eldorado » dans le cadre de l'émission « Echappées belles »

Bonjour Christophe, pourquoi la Colombie pour votre premier documentaire?

En tant que journaliste, j’ai souvent eu l’occasion d’être confronté à l’actualité sombre de ce pays. Elle a forgé une image de violence, désormais très ancrée. C’est ce que j’explique en préambule de la version longue de mon film ; lorsque l’on évoque la Colombie, les mêmes mots reviennent toujours : narcotrafiquants, paramilitaires, guérilleros, enlèvements…

Je ne peux pas me résoudre à penser que tout un pays peut se résumer à cette image de violence. J’ai, en tout cas, décidé de ne pas m’en tenir là. C’est ce que permet le documentaire, un parti pris. Le mien est de montrer une autre Colombie. Sa réalité, mais en marge des armes.

Les « Routes mythiques » de l’émission « Echappées belles » proposent un itinéraire sensible et personnel sur les traces d’une histoire, en préservant toute la liberté et la spontanéité de la découverte durant le voyage.

J’ai donc troqué mon statut de journaliste contre celui d’auteur – réalisateur pour aller voir ce que la violence a occulté de la Colombie.

Quel angle avez-vous choisi pour aborder ce pays en proie à de nombreuses difficultés?

J’ai voulu prendre le contre-pied total de cette triste image. C’est en Colombie qu’est née la légende de l’Eldorado, un fabuleux trésor caché. Je suis parti à sa recherche.

Il ne s’agissait évidemment pas tant de faire fortune que de découvrir les richesses méconnues du pays : une diversité ethnique extraordinaire, des civilisations antiques remarquables, des paysages et des univers d’une variété et d’une force saisissantes, des Colombiens aux 1000 visages, attachants, l’espoir d’un pays sortant lentement d’une époque sombre qui l’a asphyxié…

Pour autant, vous le soulignez, le pays est encore en proie à de nombreuses difficultés, il n’était pas question de les nier. La première séquence du film, je le souhaitais ainsi, illustre les conséquences des violences vécues pendant toutes ces années (et tout n’est pas réglé, loin de là) par la population colombienne ; plus tard j’évoque les disparités sociales abyssales ;l’état de la sécurité quotidienne ; les difficultés économiques… Mon film est la découverte d’un pays, dans toute sa réalité, avec simplement un autre regard : ce ne sont plus les armes et la violence qui sont au cœur du sujet, mais la Colombie et ses habitants.

Votre image de l'Eldorado avant votre documentaire et qu'en est-il en réalité?

Je suis vraiment parti sur une idée de recherche de trésors. Les richesses « concrètes » du pays parsèment le film, depuis les formidables statuettes et sculptures antiques, jusqu’aux inestimables œuvres en or, en passant, aussi, par les champs de café qui nourrissent de nombreuses familles, l’architecture remarquable de certains quartiers, des sites naturels d’une variété et d’une beauté à couper le souffle, une culture richissime, de Gabriel Garcia Marquez aux peuples indigènes qui préservent un mode de vie ancestral…

Mais, effectivement, ma notion d’Eldorado a évolué au cours de mon voyage et, surtout de mes rencontres. A chaque personne que j’ai croisée dans le cadre du tournage, j’ai posé la même question, simple : quel est VOTRE Eldorado, votre plus grand espoir de richesse ? Pas une seule ne m’a répondu qu’elle souhaiterait la fortune. J’ai entendu parler de bonheur, de famille, d’égalité, de culture, de fierté, de respect de la nature, d’amour de la Colombie aussi… jamais d’argent, beaucoup d’espoir.

C’est pour cela que je conclue mon film en expliquant qu’au terme de ma route, finalement, s’il y avait un Eldorado à trouver pour moi là-bas, sûrement était-il dans cette autre image de la Colombie.

Quels ont été les moments forts de cette aventure?

Je crois que c’est la multiplication et l’étonnante variété des moments forts qui en sont un en soit.

Ce pays présente tellement de visages qu’en le traversant on a le sentiment de traverser un continent tout entier. De la bouillonnante côte pacifique au désert minéral de la Tatacoa, des montagnes de Los Nevados à la tentaculaire Bogotà, des vallées luxuriantes de la Cauca à la côte caraïbe aux parfums coloniaux et caribéens mêlés.

Certaines rencontres m’ont aussi particulièrement ému. J’ai découvert une diversité ethnique exceptionnelle. Les Colombiens descendent des populations indiennes indigènes qui peuplent le territoire depuis près de 3000 ans, métissées par les familles de colons espagnols et des esclaves africains qu’ils ont amenés avec eux. Au final, la Colombie d’aujourd’hui a 1000 visages et des dizaines de langues et dialectes différents, mais je garde l’image d’un point commun d’accueil et de gentillesse très attendrissant.

Et des moments plusdifficiles, plus tendus?

En ce qui nous concerne, durant notre traversée du pays de l’extrême sud de la côte pacifique à la côte caraïbe, au nord du pays, mon équipe et moi n’avons pas été confrontés à la moindre atteinte sérieuse à notre sécurité.

Dans les quartiers très pauvres, à Medellin par exemple, nous étions accompagnés de contacts locaux capables de garantir notre sécurité. Situation qui serait identique dans de nombreux quartiers sensibles du monde, en France y compris.

Le long des routes, l’armée est omniprésente et les « pêches miraculeuses » des bandes armées, ces massives vagues d’enlèvements aveugles, ne semblent plus avoir autant cours.

En revanche il nous a fallu prendre quelques précautions dans les zones les plus sensibles, après avoir pris conseils auprès de diverses sources, officielles ou personnelles, et croisé les informations.

Sur la côte pacifique, où se sont réfugiés de nombreux groupes armés et trafiquants chassés de la forêt amazonienne de l’est du pays par les militaires d’Uribé, nous ne sommes allés qu’à Tumaco.La ville est extrêmement pauvre et nous avons observé une certaine discrétion dans nos déplacements et tournages, pour ne pas exciter les convoitises. Mais nous n’avons pas senti de menace particulière.

En revanche, durant notre séjour sur place, 20 personnes ont été enlevées alors qu’elles voyageaient dans une barque, 2 ont été gardées en otages (des politiques locaux.)

Tumaco est très proche de la frontière équatorienne et, surtout, l’unique route qui permet d’accéder à la ville traverse des territoires déserts où peuvent se replier les groupes armés. Nous étions conscients de ce risque, nous sommes arrivés et repartis en avion.

Combien de temps a duré le tournage?

Le tournage sur place a duré un peu moins d’un mois.

Et la post production?

La post production a nécessité à peu près deux mois de travail, notamment pour le montage. Les « Routes mythiques » sont d’abord déclinées sous forme de feuilletons : 4 épisodes de 15 mn, diffusés dans l’émission « Echappées belles ». Il faut aussi monter le film principal d’une heure et demie qui fera l’objet d’une diffusion particulière, en lieu et place de l’émission, et une version de 52 mn, notamment destinée aux diffusions internationales.

Que vouliez-vous montrer ou démontrer au téléspectateur?

Je voulais montrer l’autre Colombie, celle où la violence et les armes n’ont pas la raison du dernier mot ; et, peut-être aussi, c’est vrai, démontrer qu’un autre regard sur les choses peut réserver quelques surprises.

Au bilan, quelle satisfaction principale ressentez vous après cette première expérience?

Très humblement, je crois avoir atteint l’objectif que je m’étais fixé d’offrir une autre vision de ce pays, avec ses atouts et ses difficultés, mais une image au-delà des prismes habituels.

Je sais qu’il faudra encore du temps avant que la Colombie ne vienne à bout des problèmes compliqués des narcotrafiquants ou des bandes armées, moins puissantes mais toujours présentes. Cependant, ma satisfaction principale est d’avoir pu montrer que la violence « n’est pas » la Colombie, ce qui, m’ont confié nombre d’entre eux, tenait à cœur aux colombiens que j’ai pu rencontrer sur ma route.

La diffusion de votre documentaire a t-elle reçu un bon accueil?

Les commentaires à votre article le diront mieux que moi.

Prochaine destination?

L’aéroport de Roissy… je vous raconterai les détails plus tard.

« Colombie : à la recherche de l’Eldorado » feuilleton de 4 fois 15 mn dans l’émission « Echappées belles » le samedi à 20h35 sur France 5 (15, 22,29 octobre et 5 novembre). Soirée spéciale, film version longue d’1h30 le 17 décembre (toujours 20h35 sur France 5) et rediffusé le 25 décembre à 15h00.

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