Dalton Trumbo, l'insoumis

Dalton Trumbo est le réalisateur d'un seul film mais quel film : Johnny got his gun !

Et c’est sans doute ce qui contribue aussi à la singularité de ce personnage. Ecrivain-scénariste engagé et enfin réalisateur, Dalton Trumbo aura marqué l’histoire du cinéma par son unique réalisation, Johnny got his gun. (Johnny s’en va t’en guerre, titre en français)

Portrait d’un scénariste humaniste:

Né en 1905 dans le Colorado, Dalton Trumbo écrit dès le début des années trente des articles dans diverses revues pour devenir le rédacteur en chef d’Hollywood Spectator , une revue de critiques cinématographiques. En parallèle, il écrit des scenarii pour des réalisateurs et est reconnu comme l’un des meilleurs et mieux payés des scénaristes d’Hollywood. Enfin, le 3 septembre 1939, soit deux jours après le début de la deuxième guerre mondiale, sort son livre Johnny got his gun qui connaît un énorme succès au point d’être épuisé. Alors que l’extrême droite américaine demande à ce que le roman soit réédité, l’écrivain-scénariste s’y oppose. Membre de plusieurs mouvements notamment l’Anti Nazi league et le comité de défense des droits des noirs, Dalton Trumbo est connu pour ses idées et son engagement à gauche. La guerre achevée, commencent les ennuis pour l’écrivain-scénariste. En 1947, il refuse de répondre lors de l’audience de la commission des activités anti-américaines et fera partie de la liste noire des dix d’Hollywood.

Un blacklisté qui fait la nique au Maccarthysme:

Après avoir purgé une peine de 11 mois dans un pénitencier fédéral, Dalton Trumbo s’exile au Mexique où il continue d’écrire des scenarii sous des pseudonymes alors que son nom est rayé des génériques des films auxquels il a collaborés. Ainsi, et ironie du sort, lors de son exil, il est récompensé par l’oscar du meilleur scénario en 1956 pour Les clameurs se sont tues sous le nom d’emprunt Robert Rich, oscar qu’il n’ira chercher qu’en 1975 ! En 1960, alors que le Maccarthysme s’est épuisé et a fini de sévir depuis 1957, avec l’appui d’Otto Preminger et Kirk Douglas, Dalton Trumbo peut enfin revenir aux Etats-Unis. Son nom réapparaît au générique d’ Exodus d’Otto Preminger et à la demande de celui-ci ainsi que de Spartacus de Stanley Kubrick , film racontant la quête de liberté d’un esclave et qui peut être vu comme un joli pied de nez aux tenants du Maccarthysme. Dalton Trumbo poursuit sa carrière et finit par assouvir son ambition de mettre en images son roman Johnny got his gun après avoir essuyé plusieurs refus des producteurs américains. Il rend les armes en 1976 à la suite d’un infarctus.

Johnny got his gun: Un livre, un film:

Adapté de son livre éponyme, Johnny got his gun est donc le seul film que Dalton Trumbo ait jamais réalisé. L’histoire est celle du calvaire de Joe Bonham qui engagé volontaire et plein d’enthousiasme pour partir sur les champs de bataille durant la première guerre mondial, est atrocement blessé le dernier jour du conflit. Privé de ses jambes, de ses bras, de l'usage de la parole, de la vue, de l'ouïe et l'odorat, Joe prend peu à peu conscience de son état et de sa situation cependant que le seul contact qui lui reste avec l’extérieur est la sensibilité de sa peau. Les militaires sont persuadés d’avoir devant eux un légume et veulent utiliser Johnny comme cobaye refusant de l'euthanasier pour d’obscures raisons idéologiques teintées de religiosité mais surtout pour des raisons scientifiques. Seule une infirmière prend pitié de lui et essaye de lui donner un peu d’humanité. Ce film plein de pudeur, sans voyeurisme, Dalton Trumbo ne filmant pas le corps mutilé de Johnny, est un film choc qui par l’intermédiaire d’une voix off fait part au spectateur des sentiments du héros et de l’intolérable souffrance dans laquelle il est plongé. Cette voix off qui finit par réclamer, par supplier qu’on l’euthanasie, supplique qui ne trouve pas d’écho.

Au même titre que son livre, le film à sa sortie, fait grand bruit à un moment où les Etats-Unis sont empêtrés dans la guerre du Vietnam. Ce film, récompensé en 1971 au festival de Cannes par le Grand prix spécial du jury et Prix de la Critique internationale, est un film dans la droite lignée des idées d’humaniste de Dalton Trumbo. C’est un film militant, un film contre la guerre, un film antimilitariste et peut être pour l’euthanasie. C’est un film qui a marqué l’histoire du cinéma non seulement par son sujet, par sa qualité mais aussi par la personnalité de son auteur/réalisateur, Dalton Trumbo.

Sur le même sujet